Pour un nouveau Front populaire

Publié le par Henri LOURDOU

 

Face aux urgences socio-environnementales et au danger d'extrême-droite, la nécessité d'un large rassemblement qui réponde aux angoisses collectives

 

A bien des égards, la situation actuelle rappelle celle des années 1930 : crise économique persistante, crise de confiance dans les partis traditionnels et les institutions, montée de la xénophobie et de partis populistes d'extrême-droite.

Cependant, elle comporte des aspects radicalement nouveaux : globalisation irréversible des enjeux que marque l'aspect écologique de la crise, recherche tâtonnante de formes de régulation supranationales, tant au niveau européen que mondial, apparition d'une conscience citoyenne démultipliée par l'usage d'Internet.

 

Face à ce double aspect de la situation, il faut à la fois s'inspirer des leçons de l'Histoire et inventer des réponses nouvelles.

 

Si l'on part des enjeux immédiats, il semble clair qu'il faut d'abord répondre à la décomposition en cours du champ politique hexagonal.

Les dernières échéances électorales de 2014 (municipales et européennes) ont marqué en France l'effondrement du principal parti gouvernemental et sa division, l'absence d'émergence d'une alternative à Gauche, l'effritement du principal parti de Droite, et la montée impressionnante du parti populiste d'extrême-droite.

Face à ce qui apparaît comme un véritable champ de ruines, il importe donc d'établir comment reconstruire une majorité répondant à tous les enjeux évoqués plus haut.

 

Partir de l'exemple du Front populaire de 1936 me semble de bonne méthode.

Et tout d'abord du programme. Car c'est de la réponse aux angoisses qui poussent trop de nos concitoyens à se chercher des bouc-émissaires qu'il faut partir. Et la question des alliances en découlera.

Celui de 1936 se résumait en un double triptyque qui ne fut pas pour rien, me semble-t-il, dans le succès du rassemblement.

"Pour le pain, et contre la misère. Pour la paix, et contre la guerre. Pour la liberté, et contre le fascisme."

Ce tryptique s'appuyait sur un programme de réformes élaboré par des intellectuels issus du mouvement syndical et non des partis, dont ils n'étaient que des membres marginaux : le courant "planiste" était alors aussi exotique que le sont encore les écologistes aux yeux de beaucoup, mais il était le seul à avoir des idées précises de réformes structurelles. Et c'est lui qui a imposé les mesures-phares que furent les nationalisations et la réduction du temps de travail.

Aujourd'hui, une nouvelle version d'un tel triptyque s'impose :

Pour le bien-vivre, et contre le stress, la malbouffe et toutes les pollutions. Pour la planète, et contre le dérèglement climatique et la destruction de la biodiversité.

Pour l'universalité des droits, et contre la xénophobie et la fermeture des frontières.

Cela traduit essentiellement le fait que les enjeux sont aujourd'hui globaux et ne peuvent se limiter au cadre national, car ils sont pour beaucoup des enjeux environnementaux.

Cela traduit aussi le fait que ces enjeux sont aujourd'hui plus complexes, et non immédiatement visibles.

Comme en 1936, les mesures-phares incarnant un tel programme ne peuvent être que des mesures novatrices portant des réformes structurelles : transition énergétique, revenu universel, relocalisation des productions...

 

Le deuxième point de comparaison est celui des forces politiques susceptibles de porter un tel programme.

En France plus qu'ailleurs, la structuration du champ politique, pour des raisons historiques et institutionnelles, se fait à partir du clivage Gauche/Droite.

Or, un des signes de la crise actuelle est la tendance à la décomposition des forces qui structurent ce champ. Tendance, et non réalité achevée. J'y insiste car on voit resurgir, comme dans les années 30, avec les différentes dissidences des partis établis, l'illusion de la table rase et d'une reconstruction totale à partir de rien.

Les différents signaux de fragmentation des partis établis (au PS, comme dans le Front de Gauche ou à EELV) ne sont que les symptômes d'une crise d'orientation, et non le signe de leur mort prochaine.

Il s'agit donc de recomposer un rassemblement à partir, et non en-dehors ou contre les partis existants. Cette recomposition doit avoir l'ambition d'être la plus large possible. Elle ne doit par exemple pas écarter a priori certains centristes (comme les ex-Verts qui ont rejoint le Modem).

Ce rassemblement doit avoir une vocation majoritaire et non se cantonner à un pôle de radicalité impuissant qui se contente de dénoncer la trahison des autres...

 

Enfin, le 3e point de comparaison est celui de l'échelle la plus pertinente de l'action politique.

En 1936, malgré le contexte international très tendu, tout s'est joué dans le cadre national. Aujourd'hui, il est clair que le niveau le plus pertinent est le niveau européen, pour influer sur le cadre mondial.

Un nouveau Front populaire n'aurait pleinement son sens que dans la construction d'un rassemblement européen majoritaire autour de son programme.

 

En résumé, nous devons travailler aujourd'hui au rassemblement le plus large autour des 3 priorités :

-pour le bien-vivre

-pour la planète

-pour l'universalité des droits humains

Ce rassemblement doit d'abord se construire au plan national en mettant à l'agenda de tous les partis ces 3 exigences, et en en démontrant à la fois l'urgence et le bien-fondé.

Mais il doit se prolonger impérativement dans le cadre européen pour construire une nouvelle majorité dans l'UE.

 

Henri LOURDOU, le 14 juillet 2014.

 



Publié dans politique, unir les gauches

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