Philip KERR "La trilogie berlinoise"

Publié le par Henri LOURDOU

 

Philip KERR "La trilogie berlinoise" (Livre de Poche 31 644, 1020 pages)

 

"C'est toujours au moment où l'on pense que les choses ne peuvent plus empirer qu'on se rend compte qu'elles sont déjà bien pire qu'on ne le pensait. Et qu'elles empirent encore." dit le héros, Bernhard Gunther, en 1938, lorsqu'il apprend de son patron de la Kripo (la Police criminelle de Berlin) que les nazis viennent d'entamer l'euthanasie des malades mentaux.

Ces 3 romans policiers publiés sous le titre "Berlin noir" (en français dans le texte) chez Penguin books en 1991, ont pour toile de fonds la ville de Berlin en 1936 ("L'Eté de cristal"), en 1938 ("La pâle figure") et en 1947 ("Un requiem allemand").

De fait, leur ton général n'est pas rendu par la phrase ci-dessus. Bernhard Gunther est, dans le premier roman, détective privé : il a quitté la Kripo en mai 1933 par désaccord profond avec les nazis, mais il n'est pas pour autant un militant de quoi que ce soit. Il ressemble fortement au Philip Marlowe de Raymond Chandler : un idéaliste honteux, sceptique sur beaucoup de choses, qui pratique une ironie systématique sur tout ce qui l'entoure afin de se protéger.

Cela nous vaut un feu d'artifices de comparaison pseudo-cyniques qui frôle le procédé et menace le lecteur d'overdose. "J'entrepris le tour de la pièce. -Si je ne suis pas de retour dans cinq minutes, envoyez une équipe de secours, dis-je."(p 27)

Malgré cela on se laisse embarquer par la force et la précision du récit et le point de vue du narrateur, qui s'avère un sympathisant social-démocrate très lucide sur son époque et entraîné malgré lui au coeur des turpitudes du 3e Reich, puis de la Guerre froide.

La suite des aventures de Bernie Gunther est parue et je l'ai également dévorée. Elle nous amène à Vienne, puis dans l'Argentine de Peron et à Cuba sur fond de nazis exfiltrés et de guerre froide.

Le dernier livre paru nous fait revenir entre 1933 et 1936, lorsque Gunther est détective privé à l'hôtel Adlon : je ne l'ai pas encore lu.

Publié dans Histoire

Commenter cet article