La fausse bonne idée de J.Julliard : une issue bonapartiste à la crise

Publié le par Henri LOURDOU

 

Hollande seul contre tous ?

La fausse bonne idée de J.Julliard d'une issue bonapartiste à la crise

 

Je n'avais pas lu d'éditorial de Jacques Julliard depuis longtemps, mais je savais que je ne serais pas déçu d'acheter "Marianne" en cette semaine-anniversaire de l'arrivée de Hollande au pouvoir.

Jacques Julliard est aujourd'hui devenu l'historien de référence de la Gauche en France, après la parution de son monumental "Les Gauches françaises. 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire" (Flammarion, septembre 2012, 944 p .)

Mais il fut pendant longtemps second éditorialiste au "Nouvel Observateur" avant de prendre la place de premier éditorialiste de "Marianne".

Sa connaissance très fine de l'Histoire politique et sociale s'allie à une sensibilité située au croisement des différentes Gauches, plombée (au bon sens du terme d'arrimé au sol et de bien aligné sur un solide équilibre) par un réalisme politique très pragmatique.

Son diagnostic de la situation est impeccable : Hollande est de plus en plus isolé, en raison d'une double opposition de droite et de gauche, d'un PS partagé plus que jamais en sensibilités et ambitions rivales, d'un abandon par les intellectuels, et enfin d'une opinion déçue.

Or sa tâche est "d'accompagner un pays dans son déclin et d'amortir les chocs", tâche la plus diffcile qui soit pour un chef d'Etat. Julliard convoque alors le précédent de De Gaulle en 1958.

C'est cet exemple qu'il donne à suivre à Hollande au motif que "les Français (qu'ils soient de droite ou de gauche, libéraux ou socialistes, conservateurs ou révolutionnaires) partagent le même invariant culturel qu'on pourrait appeler l'anarcho-bonapartisme." Autrement dit, ils passeraient leur temps à râler contre le pouvoir, mais seraient en attente d'un Chef providentiel.

D'où le conseil à Hollande : agissez en Chef en passant par-dessus tous vos opposants et en vous adressant directement au peuple.

Cette "solution" serait apparemment la plus simple et la plus "économique" du point de vue politique : ni élections, ni réformes de structure, mais la simple utilisation du mandat donné par l'élection du 6 mai 2012. Autrement dit l'usage à plein de la personnalisation du pouvoir donnée par la Constitution de la Ve République (et Julliard de fustiger au passage les tenants de la VIe comme des nostalgiques de la IVe qu'il honnit).

Mais tout cela repose sur cette idée discutable d'"invariant culturel", idée dont nous avons appris à nous méfier tant elle a souvent servi à justifier divers conservatismes au service d'intérêts dominants (en dernier lieu à propos du "mariage pour tous").

Qu'il y ait des habitudes, devenues parfois des réflexes, n'entraîne pas forcément qu'elles soient "gravées dans le marbre". On retombe ici sur deux conceptions de l'Histoire qui restent non tranchées : celle qui, attentive aux répétitions et aux régularités, met celles-ci en avant. C'est ce qui a donné dans les années 60 le courant "structuraliste". Et celle qui, attentive à l'événement, pointe plutôt les ruptures dans cet éternel retour du même.

Plus finement, on dira que les ruptures sont préparées par des mouvements souterrains qui en sont le véritable substrat. Dans cet appel contemporain à l'Autorité, qui nous rejoue comme un mauvais remake des années 30-40 (crise des démocraties et âge d'or des totalitarismes), on peut diagnostiquer une crise profonde et irréversible de cette même Autorité, ce qui appelle donc des solutions nouvelles dont les éléments sont déjà là : montée du participatif et partage comme jamais de l'information ne permettent plus à un Chef providentiel d'imposer ses vues par le seul pouvoir du Verbe.

Passer à la VIe République n'est donc plus revenir ipso facto à la IVe. Là-dessus on peut à bon droit contester le pronostic de Julliard, même si l'on n'a aucune garantie sur l'avenir.

Il s'agit seulement de savoir si l'on est prêt à prendre le risque du nouveau et de l'inédit, autrement dit à inventer nous-mêmes notre avenir.

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