L'avenir de l'UE selon Yann Moulier Boutang

Publié le par Henri LOURDOU

 

L'avenir de l'UE selon Yann Moulier Boutang :

s'appuyer sur la BCE pour franchir le pas fédéral

 

J'achète de loin en loin le nouveau journal de Michel Butel "L'impossible" avant tout pour lire la chronique économique de Yann Moulier Boutang. C'est chaque fois très éclairant, surtout en ces temps d'incertitudes.

La dernière chronique du n°13 (été 2013) est un assemblage de 3 saynètes intitulé "L'impossible (économique) est en cours".

Il nous met en garde sur le véritable enjeu qui se profile autour de la fameuse "troïka" qui gère la crise de l'euro. Dans ce trio composé du FMI, de la BCE (Banque Centrale Européenne présidée par Mario Draghi) et de la Commission européenne (présidée par José Manuel Barroso), la BCE a joué jusqu'ici le rôle de l'amortisseur de crise contre l'avis de la Commission, en outrepassant l'orthodoxie monétariste et ultralibérale, avec tout récemment l'aval du FMI reconnaissant par la voix de son économiste en chef le caractère contre-productif des mesures d'austérité budgétaires imposées à la Grèce.

Cette politique "non conventionnelle" s'appuie sur le Fonds de secours européen créé par le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), mais aussi sur une capacité d'intervention illimitée sur les marchés financiers : les OMT (Outright Money Transactions) en cas de défaut de remboursement d'un Etat. Cet engagement a rassuré les marchés et fait baisser la pression sur les taux d'intérêt des Etats potentiellement défaillants.

Le FMI l'a tardivement mais clairement cautionnée en faisant fuiter un rapport interne "confidentiel" établissant que la réduction des dépenses publiques grecques réduisait 3 fois plus que prévu initialement la croissance du PNB et soulignant "l'incompétence et l'obstination monétariste et néolibérale de la Commission de Bruxelles dans la gestion du cas grec."

Ainsi ce sont les technocrates de la BCE (à la quasi-unanimité : le seul conseiller des banques centrales européennes s'y opposant étant le représentant de la Buba, la Banque fédérale allemande, nommé par Merkel) qui ont refusé de fétichiser le marché, alors que les politiques de la Commission et du Conseil persistent dans le délire idéologique ultralibéral.

Mais franchir le pas fédéral nécessaire à un véritable sauvetage des économies européennes, ne se fera pas tout seul.

En Allemagne vient d'éclore un parti souverainiste, partisan de la sortie de l'euro : ses militants ont sais la cour constitutionnelle de Karlsruhe contre la validité des décisions non monétaristes de la BCE . Ce procès et son résultat seront cruciaux pour l'avenir du fédéralisme en Europe. Tout comme les élections législatives allemandes de l'automne prochain.

L'enjeu des élections au Parlement européen de juin 2014 risque donc d'être : la refonte complète des traités européens dans un sens clairement fédéral, avec un vrai budget européen assis sur une fiscalité européenne et la possibilité d'émettre des euro-obligations.

Là serait la vraie réponse à la crise : nous n'aurons plus le droit, en France notamment, de nous tromper sur les vrais enjeux.

 

"L'IMPOSSIBLE", n°13, été 2013, 7 €. En kiosques et dans les bonnes librairies.

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