HOMMAGE A ARLETTE DUBALEN

Publié le par Henri LOURDOU

HOMMAGE A ARLETTE DUBALEN
Nous sommes tous des survivants : c’est ce que nous rappellent certains événements. Avec la disparition d’un être cher, c’est un morceau de nous-mêmes qui s’en va. C’est aujourd’hui ce que je ressens.
Je ne connaissais Arlette que depuis 9 ans, et j’ai pourtant l’impression de l’avoir toujours connue.
Arlette était comme moi une enfant de Mai 68. Elle n’a jamais renié ce qui fut le meilleur de ce printemps-là : la révolte d’une partie de la jeunesse contre tous les pouvoirs établis et contre toutes les fausses évidences de la « société de consommation ».
C’est en Mai 68 que débute son engagement : elle a 25 ans et elle est une jeune enseignante auxiliaire d’Anglais. C’est Louise Cazaubon dit-elle (interview à « La Semaine des Pyrénées » du 3 avril 97) qui « l’a poussée et aidée à sortir de sa timidité » en s’impliquant syndicalement dans le courant de « l’Ecole Emancipée » qui regroupait alors les pédagos libertaires et trotskystes opposés aux courants social-démocrate et stalinien dominants de la FEN, syndicat alors hégémonique dans l’enseignement. Elle y fait notamment la connaissance de Gaby Cohn-Bendit, qui est resté un ami et a posé un pied dans les Hautes-Pyrénées, où il revient régulièrement.
Son entrée en politique se fait aux municipales à Tarbes en 1977, la ville où elle a toujours vécu depuis l’âge de 3 ans. Elle participe, avec Michel Geoffre, qui restera son complice, à la mise en place d’une liste intitulée « Décider ensemble et vivre autrement ». Cette liste n’aura aucun élu.
Mais en 1983, Paul Chastellain l’inclut dans sa liste majoritaire avec l’étiquette d’ « écologiste ». Elle restera conseillère municipale de Tarbes de 1983 à 2008 : dans la majorité jusqu’en 2001.
En 1995, elle monte une liste écologiste, qui ne fusionne avec la majorité de Gauche qu’au second tour après un score de plus de 9% au premier.
En 1992, elle avait réussi une élection difficile au Conseil Régional en réalisant l’union des écologistes avec Michel Geoffre : ils avaient siégé successivement, lui de 1992 à 1995, elle de 1995 à 1998, dans le cadre de ce que nous appelions alors le « tourniquet », censé garantir le renouvellement constant des élus et éviter le cumul des mandats.
C’est durant cette période que son action fut la plus féconde : mise en place de la collecte sélective des déchets ménagers sur Tarbes, création de l’association Récup’actions, dont elle est restée présidente jusqu’au bout. Elle alliait ainsi ce qui furent ses deux préoccupations majeures : la défense de l’environnement et la lutte contre l’exclusion et les discriminations.
C’est cette dernière qui explique son engagement dans la défense des réfugiés demandeurs d’asile avec la création, avec d’autres, de l’association UDA (Urgence Demandeurs d’Asile) en 2002, devenue depuis groupe local de la Cimade.
Les années 2000 représentent par contre pour elle une suite de déceptions : échec aux municipales de 2001 (dû aux divisions de la Gauche locale), échecs des élections de 2002 (présidentielles puis législatives), division locale des écologistes, qui ne commencera à s’effacer qu’avec la création d’Europe Ecologie en 2009. Arlette se retire progressivement de la vie politique : son dernier engagement est la participation en 2008 aux élections municipales et cantonales, où elle accepte d’être ma suppléante sur le canton de Tarbes 4 .
Elle était restée coopératrice d’ « Europe Ecologie Les Verts ». Sa pugnacité, sa chaleur, sa générosité et son intelligence politique resteront pour nous un exemple. Arlette, tu avais raison : « Ce n’est qu’un début, nous continuerons le combat ».
« Nous (la France) sommes en retard de presque trente ans : les élus appliquent la politique de l’autruche et se disent « après moi le déluge ». Ils ont seulement l’idée d’être réélus, sans tenir compte de l’intérêt du futur. Moi ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce qu’on va laisser aux autres générations. On est en train de tout bousiller sur notre planète, et il faudrait peut-être se poser des questions. » (Arlette DUBALEN, Hebdo-Bigorre, Le Journal des Pyrénées, 25 janvier 2000).

Henri LOURDOU , le 3 septembre 2012 .

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