Etre au gouvernement et défendre nos convictions : le juste équilibre

Publié le par Henri LOURDOU

 

Etre au gouvernement, défendre nos convictions et être à l'écoute de la société :

Comment trouver le juste équilibre ?

Ci-dessous 2 prises de position de nos nouveaux ministres et 2 réactions d'adhérents-électeurs d'EELV.

Ils posent bien à mon sens la question du juste équilibre à trouver (nous ne l'avions pas trouvé entre 1997 et 2002) entre nos convictions, notre participation au gouvernement, et l'écoute de la société.

Je pense que nos ministres doivent user de leur parole de façon très circonstanciée : pour évoquer uniquement les dossiers sur lesquels ils ont la main, et les décisions sur lesquelles ils ont pu peser de façon décisive (les décisions et pas les promesses verbales : voir ci-dessous).

La parole du mouvement doit rester celle de son exécutif élu. Celle des députés et sénateurs doit rester conforme à nos engagements de congrès et à notre programme.

Quant aux militants de base, ils ne sauraient se transformer en courroies de transmission ni de nos ministres, ni de nos élus, mais au contraire en porte-voix de la société civile et singulièrement des écologistes de terrain, sans état d'âme sur la situation de nos ministres et élus : nous devons comprendre que leur liberté est contrainte par des rapports de force politique que notre tâche est de faire évoluer, à condition bien sûr qu'eux-mêmes s'en tiennent à la déontologie ci-dessus.



Extrait du discours de Cécile DUFLOT au Conseil fédéral du 23 juin 2012 :

Permettez-moi de vous dire un mot d’une polémique qui nous agite et nous préoccupe. Après la rumeur publique sur les permis de forer en Guyane, j’ai échangé directement avec le Premier Ministre. Je lui ai fait part de la préoccupation des écologistes. La nouvelle Ministre de l’Écologie m’a assuré non seulement que tous les enjeux environnementaux en Guyane seront amenés à être réexaminés, mais ils m’ont assurés que la réforme du code minier mettrait un terme définitif au recours à la fracturation hydraulique et tournerait la page de l’Histoire sur les gaz de schistes.

Je suis fière d’appartenir à un gouvernement qui écoute la voix des écologistes. Le souci de l’écologie, c’est le souci de notre gouvernement. Et ce gouvernement ne mettra jamais les intérêts particuliers avant l’intérêt général.

En particulier, je veux dire un mot tâche ardue qui m’attend et qui attend Pascal Canfin, ministre du développement. Le cycle politique qui s’achève a vu la gauche et les écologistes se saisir de l’ensemble des pouvoirs. Mais le contexte dans lequel nous arrivons aux responsabilités est un contexte explosif. Je ne veux pas que la malédiction de la gauche au pouvoir nous frappe cette fois encore.

Je ne souhaite pas d’espoirs déçus, je ne veux pas des promesses oubliées, je ne veux pas de rendez-vous ajournés. Je ne veux pas que le cycle « opposition-promesses-enthousiasme- renoncement-déception-défaite » recommence, éternelle roue de l’échec qui écrase de tout son poids l’espérance qu’une vie meilleure est possible.

Je ne veux pas que notre incapacité à transformer la société ouvre la porte aux populismes qui surfent sur la haine de l’autre. Je ne veux pas  que le Front National détourne la colère des déçus et la transforme à son profit. La gauche et les écologistes doivent réussir. Voilà notre responsabilité commune.

La situation du Président de la République et de son Premier Ministre n’est pas confortable. Regardez la situation en Europe. Regardez les chiffres de l’économie. Regardez la profondeur de la crise écologique, et la violence de la crise sociale. Nous avons la conviction qu’il faut des solutions nouvelles. Les écologistes répètent depuis toujours qu’il faut promouvoir un nouveau modèle basé sur la rupture avec le productivisme, un modèle plus juste socialement, plus innovant économiquement, et plus respectueux de l’environnement. Jamais une telle perspective n’a été aussi urgente.

Aurons-nous le poids nécessaire pour orienter la politique  de la France dans cette direction ? Seuls nous ne pouvons rien.  Mais si nous savons nouer des alliances dans la société, si nous savons mettre en mouvement des secteurs de la population pour appuyer nos propositions, si nous savons que la transformation sociale est toujours le fruit de l’action de la société mobilisée alors nous retrouverons des marges de manœuvre.

Dit en d’autres termes, je souhaite que l’écologie politique représente l’aile marchante de cette nouvelle majorité de la gauche et des écologistes.  J’invite nos parlementaires à ne pas se brider. Je l’ai dit nous serons des partenaires fiables et responsables. Nous serons loyaux envers le gouvernement et fidèles à nos convictions.

Et la première réaction sur le site eelv.fr :

Les propos concernant la situation guyanaise sont un peu étonnants : qu’en est-il des engagements de la nouvelle ministre sur les autorisations de forage retardées par sa prédécesseuse ? Par ailleurs l’engagement sur la réforme du code minier concernant l’interdiction de la fracturation hydraulique est hors sujet si l’on en croit FNE (« Le Monde » du 23-6) qui parle d’un procédé de forage d’ores et déjà interdit par le code de l’environnement.
Dans ces conditions l’affirmation « ce gouvernement ne mettra jamais les intérêts particuliers avant l’intérêt général » ressemble davantage à un acte de foi aveugle qu’à une vérité éprouvée.
On est un peu effrayé de ce manque de recul de nos ministres, que nos adhérents et électeurs sauront vite identifier.



RIO + 20 : le regard de Pascal CANFIN

Rio est-il un échec ? J’étais cette semaine à Rio au sein de la délégation française avec le Président de la République, Laurent Fabius, Nicole Bricq, et Benoit Hamon. J’ai donc participé aux négociations qui ont débouché sur la déclaration finale. Je souhaitais vous faire part de mon analyse sur le texte final. Quel jugement porter sur ce texte ? Si on le juge au regard de ce qui serait nécessaire pour inventer un mode de vie à 7 milliards d’humains, compatible avec les limites de la planète, alors, oui, ce texte est nettement insuffisant. Comme le font remarquer les ONG, Rio+20 .n’a pas apporté les réponses immédiates que l’urgence environnementale exige.

Toutefois « Rio+20 » n’est pas « Rio-20 » : nous avons évité la rupture avec les pays émergents. Pour avoir négocié jusqu’à tard dans la nuit, lundi soir, je peux témoigner, aussi paradoxal que cela puisse sembler, que le fait même d’avoir un texte était loin d’être acquis en début de conférence. Ce texte fait l’objet d’un accord mondial et c’est en soi est un acte politique fort. Il inclut des pays émergents pour lesquels l’acceptation d’une gouvernance multilatérale de la planète est encore loin d’une évidence quand leur priorité reste leur niveau de développement propre. A Rio, l’Union européenne unie, en liaison avec l’Afrique, a mis tout son poids politique pour éviter les régressions et obtenir quelques avancées.

Si l’on s’arrête sur le contenu du texte, le système des Nations-Unies reposant sur le consensus, cet accord manque évidemment d’objectifs contraignants. Pour autant, il offre des perspectives sur lesquelles nous pourrons construire. Je pense notamment à la plus grande visibilité donnée à la société civile. Plus que les Etats, les peuples peuvent être le moteur du changement vers le développement durable. Je pense aussi au renforcement du PNUE. Certes, Rio ne sera pas le temps de la création d’une agence pour l’environnement de l’ONU, mais ce cheminement continue son cours à travers ce renforcement.

Enfin, les Objectifs du Développement durable (ODD) sont nés à Rio. C’est la première fois que la communauté internationale se met d’accord sur le principe de cibles et d’indicateurs du développement durable. Si nous n’avons pas obtenu une liste de ces ODD, à l’issu de Rio+20, nous nous sommes entendus sur un calendrier et une méthode. Comme Ministre chargé du Développement, je m’engagerai pleinement, avec vous et la société civile, dans ce chantier qui s’ouvre.

La déception, qui peut être la votre et qui est aussi la mienne, ne doit pas nous empêcher de reprendre dès demain notre combat pour un monde soutenable, car l’urgence environnementale demeure. Rio+20 nous ouvre des chantiers, j’aurai à cœur de les mener à bien car construire la gestion soutenable de notre planète est plus que jamais notre priorité.

Pascal Canfin, ministre délégué au développement


Et la première réaction sur le site eelv.fr :

 

Electrice écologiste je suis scandalisée par la tournure que prend l’écologie alors que nous savons que nous sommes au bord du gouffre et que les « grands de ce monde » comme ils se définissent s’asseoient impunément sur les grands problèmes comme Fukushima, le barrage de belo monte qui va détruire tous les peuples autochtones de l’amazonie. Ce que nous attendons aujourd’hui nous citoyens du monde ce ne sont pas des blablas et des textes qui finiront comme bien d’autres au fond de consciences dont l’immoralité n’est plus à prouver mais des actes concrets qui nous prouvent que la roue est en train de s’inverser. J’ai personnellement voté pour EELV parce que ce parti défend une sortie rapide du nucléaire dans notre pays et du nucléaire en général à travers le monde et pour que nous nous montrions exemplaire à ce sujet. Hors force m’est de constater qu’au lendemain des élections et malgré les déclarations de Hollande au sujet des mines d’uranium en Afrique aucun membre d’EELV sur le territoire français n’est intervenu à ce sujet alors que nous avons placé plusieurs députés verts à l’assemblée nationale. Le gouvernement est prêt à autoriser l’extraction du gaz de schiste en Guyane mais la Guyane est si loin pourquoi s’en préoccuper puisque cela ne se passe pas à côté de chez nous. J’espère que dans les mois à venir EELV se montrera beaucoup plus offensif et montrera que nous n’avons pas mis ses députés au pouvoir uniquement pour y faire de la représentation. Nous attendons d’un groupe écologiste autre chose que de réagir sur certains événements mais aussi de poser des actions concrètes en s’opposant clairement aux décisions qui sont contraires à la sauvegarde de notre planète car c’est sur ce programme que vous vous êtes engagés. J’espère que vous ne l’oublierez pas parce que nous électeurs nous n’oublions pas pourquoi nous votons et ce que nous défendons.

Publié dans Verts et EELV

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