Ecologie et économie

Publié le par Henri LOURDOU

 

Ecologie et économie :

 

1) Un nouveau paradigme.

 

L'écologie politique apporte une nouvelle vision de l'économie en rupture avec les conceptions traditionnelles de Droite comme de Gauche.

 

Deux éléments historiques en fondent la pertinence :

-nous sommes entrés dans l'ère du monde fini;

-l'Europe et les pays du monde atlantique ne sont plus le centre du monde.

De ces deux constats résulte une mise en cause radicale de notre modèle productiviste basé sur la croissance du PIB.

 

Deux économistes français expriment bien ces deux constats.

 

Pour le premier, René PASSET, dans un ouvrage récent qui fait déjà référence (« Représentations du monde et de l'économie à travers l'Histoire ») écrit :

Nous avons atteint les frontières de l'économie matérielle. Le temps du « monde fini » a commencé. D'une part, la nature surexploitée ne peut plus être considérée comme ce « bien libre » dont nous parlaient les premiers classiques, inaltérable et inépuisable, véritable don du ciel ne relevant pas du calcul économique. La question de sa reproduction fait intrusion dans le champ de l'économie. D'autre part, la production de richesses permettrait globalement de satisfaire les besoins fondamentaux sur la planète. Dès lors le problème prioritaire de l'économie est moins de vaincre les pénuries que de répartir les richesses, et parfois de gérer la surabondance. 

(…) De ce “passage aux limites” découle un changement de terrain de la rationalité économique. Hier la performance quantitative était le critère fondamental du bien-être, et c'est l'efficacité de l'appareil productif qui la conditionnait. Désormais c'est sur le terrain des conséquences et des finalités humaines que s'apprécie la rationalité. (…)

Ce déplacement du champ de la rationalité, loin d'avoir une portée purement théorique, implique un retournement complet des critères de choix et de gestion économique. De variable d'ajustement, la personne retrouve son statut de finalité; les principes de régulation et d'échange international s'inversent; de ressource à exploiter et à saccager, la nature regagne son rôle de matrice sans la préservation de laquelle aucune forme de vie n'est possible sur la planète.(...)

S'agissant de la nation (…) S'agissant des relations internationales (…) S'agissant de la nature (…) En toutes ces matières, la solidarité se substitue à la compétition; c'est une exigence de rationalité dont il faut souligner qu'elle ne doit rien aux bons sentiments.” (Extrait cité dans “Le Monde Diplomatique”, octobre 2010 p 27.)

 

Pour le second, Bernard MARIS, dans sa chronique de “Charlie hebdo”, “Journal d'un économiste en crise” du 3 novembre 2010 : “Au journaliste qui me demande “Combien de temps la crise va durer ?” je réponds : trente ans. Le temps que le niveau de vie des Européens et des Américains du Nord descende et que celui des Chinois et des Indiens (et des autres : Brésiliens, Chiliens...) monte. La stabilisation de la mondialisation se fera par le salaire. “

Sous ce propos provocateur se cache une réelle inquiétude : celle de voir l'Union européenne continuer à jouer le jeu de la libre concurrence face à des partenaires qui n'hésitent pas à pratiquer le dirigisme économique.

Donner un “toit politique” à l'Europe devient un impératif de plus en plus urgent pour pratiquer une véritable politique économique commune.

Mais celle-ci ne pourra avoir de sens qu'en intégrant les nouveaux critères de choix et de gestion évoqués par Passet.

 

Donc une nouvelle approche de l'économie s'impose :

 

-En comptabilisant les facteurs environnementaux et en refusant le PIB et sa croissance comme la seule référence possible. Cela suppose la mise en place de nouveaux indicateurs dont “l'empreinte écologique” constitue la préfiguration.

 

-En faisant de l'emploi non une résultante mais un facteur déterminant des choix.

 

-Et donc en sortant de la société de consommation pour proposer une société du bien vivre refusant l'innovation pour l'innovation et contrôlant la technique au lieu de s'y assujettir aveuglément.

 

-Pour tout cela, une réhabilitation du politique et une rénovation de la démocratie s'imposent. L'existence de partis écologistes forts en est un élément incontournable.

 

2) Un programme de transition

 

Suffit-il pour autant de “voter écolo” pour changer l'économie en ce sens ?

On voit bien toute la difficulté politique à mettre en place un tel changement.

  Dans l'immédiat nous sommes conforntés à la question de la dette et des déficits publics qui menace la cohésion monétaire au sein de la zone euro.

L'euro a-t-il tué l'Europe ?” autrement dit pouvons-nous échapper à la dictature des marchés financiers en l'absence d'un vrai gouvernement démocratique européen ?

La réponse souverainiste (sortir de l'euro et récupérer notre souveraineté monétaire) serait-elle la bonne ?

On ne peut en tout cas que se poser la question de la re-localisation de la dette publique (celle de la France serait détenue à 70% par des non-résidents : j'ai également lu des chiffres beaucoup moindres), ce qui est aussi une façon de se poser la sempiternelle question de la répartition interne des richesses . Re-localiser la dette implique d'imposer davantage sa charge aux plus riches des Français. Cela doit aussi passer par une “restructuration” de la dette consistant à renoncer officiellement au remboursement d'une partie de cette dette, comme le suggère régulièrement Bernard Maris, en en faisant supporter le poids aux banques prêteuses. C'est une décision politique.

   

Il y a bien un niveau national qui reste pour l'instant le plus pertinent, dans la mesure où la démocratie s'exerce encore principalement à ce niveau et où les choix économiques sont avant tout des choix politiques. C'est en s'appuyant sur des choix nationaux décidés démocratiquement que l'on pourra peser sur les choix européens. Car ceux-ci restent cruciaux : sortir de l'euro (programme commun des souverainistes de Gauche et de Droite) est une option à courte vue. Elle ne peut déboucher que sur une guerre économique européenne suicidaire pour tous les combattants.


Dans ce choix national qui doit se trancher en 2012, la question de la transition écologique de l'économie doit se poser dans toutes ses implications :

 

-socialisation accrue des revenus pour sauver la protection sociale dont le coût explose sous l'impact du vieillissement de nos sociétés européennes (retraites, santé et dépendance) par la hausse des cotisations et impôts sociaux

 

-réduction considérable des écarts de richesse par une imposition accrue des plus riches

 

-malgré cela, stagnation voire régression du “niveau de vie” pour la majorité et notamment les classes moyennes

 

-mais maintien de services publics à un haut niveau grâce à cette mise en commun accrue des revenus

 

-et seulement en dernier lieu, dans le temps, construction de nouveaux modes de vie plus conviviaux et moins axés sur la consommation et les déplacements...compensant donc la baisse ou la stagnation du “niveau de vie”.

 

Ceci est le scénario le plus optimiste : celui d'une transition assumée socialement et démocratiquement.

 

Le scénario pour l'instant le plus probable est celui d'une austérité sans perspective par la poursuite du schéma déflationniste libéral européen : taille à la hache dans les dépenses publiques sans imposition supplémentaire des plus riches pour “ne pas faire fuir les capitaux”. Et donc déclin de la consommation subi par les plus pauvres en premier lieu. Et délitement des services publics.

 

Ce schéma-là, imposé encore par un FMI pas si réformé que DSK voudrait nous le faire croire (voir le plan imposé à la Roumanie en mai 2010) est pourtant craint y compris par les investisseurs internationaux (voir Le Monde du 3-12-10 p 14 : interview du patron du fonds américain Pimco qui met en avant le caractère "non raisonnable" des solutions visant à faire payer l'ajustement aux seuls contribuables et donc la nécessité de restrucuturations de dettes "permettant un partage du fardeau plus équitable").

 

Mettre en regard ces 2 perspectives :


-Mise en commun des richesses par un partage plus équitable

-Transition écologique des modes de vie et de l'économie,

d'une part;

 

-Coupes sociales et budgétaires sans effort fiscal redistributif

-Tentative de relancer la croissance,

d'autre part;

 

doit être notre travail de clarification politique, notamment en direction d'une Gauche aujourd'hui sans projet.

 

 

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