E.Badinter et les écolos

Publié le par Henri LOURDOU

Dans quel monde vit Elisabeth BADINTER ?

 

Il y a des gens qui ont le chic pour transformer une juste cause en objet de polémiques annexes qui brouillent les enjeux en divisant ceux qui auraient pu s'unir autour de cette cause.

Elisabeth Badinter en fait partie.

Ainsi avait-elle, en son temps, cru bon de défendre la cause des enseignants du secondaire, de leur place et de leur reconnaissance par la société...en pourfendant les nouveaux IUFM !

Aujourd'hui que les IUFM sont détruits par la grâce du lobby anti-pédago, on voit bien où en est la cause des prof ! jamais ils n'ont été aussi mal reconnus, ni aussi dévalorisés, jamais ils n'ont pu aussi mal remplir leurs missions d'instruction, mais aussi d'éducation et de socialisation des jeunes qui leur sont confiés.

Il en va de même aujourd'hui du féminisme.

En défendant fort justement les femmes qui ne souhaitent pas devenir mères ou allaiter ("Le Monde" du 13-2-10), E.Badinter cible particulièrement les écologistes. On aurait pu penser qu'il y avait pires antiféministes ! Elle va jusqu'à oser dire : « Si on accepte ce discours naturaliste, tel celui de la Leche League (…) c'est la fin de

la liberté de choix, mais aussi celle de la lutte contre l'inégalité des sexes. »

On peut accepter sa première conclusion (cela se discute), la seconde est par contre inacceptable.

Mais le plus grave n'est pas là. Il est dans la vision qu'a E.Badinter du monde dans lequel nous vivons. En disant qu'on serait passé de « moi d'abord » à « l'enfant d'abord » et au fait que « quand on fait un enfant on lui doit tout », elle ne parle que d'un tout petit monde : le sien.

Pour nous, enseignants de collège, qui voyons dans nos classes défiler toute la société, nous constatons chaque jour les dégâts commis par ces parents qui continuent à se comporter comme des égoïstes en laissant leurs enfants en état d'abandon éducatif, affectif, voire matériel. Le narcissisme de la société de consommation continue de produire à grande échelle des adultes immatures et irresponsables qui génèrent des enfants puis des adolescents révoltés et à la dérive, candidats à l'échec scolaire assuré.

De ce point de vue, E.Badinter a tout faux : dans sa conception de l'enseignement, qui ne serait pas concerné par ce genre de situation, dans sa conception du féminisme, qui se bornerait à revendiquer le droit à la non-maternité.

Les néo-malthusiens avaient au moins la lucidité de revendiquer la responsabilité du rôle de « parents suffisamment bons » (pour paraphraser Winnicott, l'un des meilleurs théoriciens de la psychanalyse,introduit en France par Gérard Mendel) : ils avaient intitulé leur mouvement « Génération consciente ». Il est vrai aussi qu'ils étaient un peu écolos. Car le refus de la maternité obligatoire n'est pas l'apanage des « antinaturalistes ».

Publié dans écologie

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