Désigner l'ennemi et le combattre

Publié le par Henri LOURDOU

 

"Désigner l'ennemi et le combattre"

 

Tel est le titre de l'éditorial de "Minute" ("hebdomadaire politiquement incorrect") du 14 janvier, dont la "une" est un "ordre de mobilisation générale" appelant "tous ses hommes en âge de combattre, quelle que soit leur race ou leur religion"(sic) à défendre la France contre "l'ennemi islamiste" qui a "DÉJÀ TUÉ SUR NOTRE SOL" et qui "TUERA ENCORE."

Nous ne saurions laisser l'extrême-droite occuper seule le terrain de la réponse à ces questions cruciales : quel est l'ennemi qui s'est manifesté le 7 janvier, et comment le combattre efficacement ?

 

"Minute" est un journal de référence de l'extrême-droite. Bien que peu lu et diffusé en kiosque, il constitue la nourriture intellectuelle de nombreux cadres du FN qui relaient donc ses idées.

Que dit en substance son éditorial ? Que nous avons à faire à une véritable "guerre de civilisations", qui se joue autant sur le plan moral que militaire. Que dans cette guerre, qui oppose l'Islam à l'Occident, l'Occident est attaqué et doit donc se défendre. Que l'ennemi, et c'est là un point crucial, est infiltré parmi nous et que ses combattants "en nombre inconnu et en tout cas bien supérieur aux 5e colonnes (...) se renouvellent sans cesse au fil des migrations".

Et, pour finir, que pour mener cette guerre il faut procéder à une "reprise morale" qui remplace les "Je suis Charlie", lointain écho en plus insignifiant du "Nous sommes tous des juifs allemands" de Mai 68."

 

 

Autrement dit nous avons là, clairement articulé, le discours qu'il va nous falloir combattre, si nous voulons en effet éviter le naufrage moral qui a complètement décrédibilisé la riposte américaine aux attentats du 11 septembre 2001, et qui se résume en un mot :"Guantanamo".

 

Bien désigner l'ennemi tout d'abord est en effet crucial, si on veut le combattre efficacement.

Ce n'est pas ce que fait l'extrême-droite. En assimilant les djihadistes à l'ensemble du monde musulman, elle stigmatise inutilement et de façon contre-productive toute une catégorie de population qui est très loin d'être homogène. C'est ce qu'a montré la palette extrêmement large des réactions aux assassinats des 7 et 9 janvier.

Un débat s'entame au sein du monde musulman sur la nécessaire modernisation et l'ouverture intellectuelle d'une religion qui s'est fossilisée, voire a régressé sous l'influence du modèle wahabbite des pétro-monarchies du Golfe. Ce débat doit être encouragé et non stoppé par une stigmatisation imbécile qui pousse au repli communautariste.

De la même façon, incriminer les "migrations", c'est stigmatiser l'ensemble des candidats à l'immigration en France, dont nombre des membres sont les premières victimes du djihadisme (en Syrie notamment). Que des contrôles soient opérés et des récits vérifiés est une chose, que l'on ferme totalement nos frontières en est une autre. En préconisant cela, l'extrême-droite ferme la porte à de nombreux combattants potentiels de la liberté, comme le furent ceux qui en 1933-39 avaient fui le fascisme et ont combattu pour libérer la France de l'occupation nazie.

Notre ennemi est bien le fascisme d'aujourd'hui, qui a nom "djihadisme" ou "islamisme armé", et son idéologie est le salafisme, version rétrograde de l'Islam. Non l'Islam et les musulmans en tant que tels. Ses combattants ne sont pas tous des immigrés, mais parfois de bons Français de souche convertis et endoctrinés à la façon des sectes.

Bien combattre l'ennemiest tout aussi crucial. Le réarmement moral dont nous parle "Minute" est le retour à la Chrétienté du Moyen Age, c'est-à-dire à feu le modèle autoritaire et patriarcal, dont Mai 68 a acté le délabrement inéluctable.

Cette nostalgie du partiarcat est aujourd'hui bien présente et semble occuper le haut du pavé éditorial, que ce soit avec Eric Zemmour ou avec Michel Houellebecq.

Elle est pourtant totalement illusoire.

Aujourd'hui, l'arme morale qui a rassemblé plus de 4 millions de Français dans la rue le 11 janvier est la croyance commune à la supériorité de la liberté d'expression, du libre-arbitre et de la prévention non-violente des conflits sur les solidarités communautaristes archaïques dont cette Chrétienté est l'un des modèles.

C'est avec ces armes-là que nous vaincrons le djihadisme.

 

Non que nous récusions tout usage de la violence en cas de situation d'urgence et en tant qu'ultime recours. Mais il ne saurait, sans dommage pour nos valeurs, s'agir d'une pratique systématique qui serait vite incontrôlée, injuste et contre-productive. Trop d'exemples passés hélas nous le prouvent.

Contrairement à une idée répandue, les écologistes ne sont pas absents de la réflexion sur les questions de Défense, ainsi que le montre le remarquable

rapport de la sénatrice de Paris, Leila AïCHI, "Livre vert de la Défense", de février 2014. Il en ressort que c'est à la fois dans une réelle prise en compte des nécessités d'une politique de prévention des conflits, qui intègre notamment les nouvelles menaces environnementales, et dans une intégration européenne renforcée (qui passe par le désarmement nucléaire), que notre nécessaire Défense a un avenir.

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