Désarmement nucléaire : c'est le moment

Publié le par Henri LOURDOU

 

Jean BACON "Les Saigneurs de la Guerre. Brève histoire de la guerre et de ceux qui la font.", Phébus, 2003, Libretto n°217, 2006, 318 p.

("Journaliste au service français de la BBC pendant 10 ans, puis responsable de communication dans un grand groupe industriel, puis directeur d'un institut d'enseignement des langues vivantes (...) Jean Bacon n'est devenu historien que sur le tard (...) La publication en 1981 de son essai ravageur "Les Saigneurs de la Guerre" (...) fut un sacré coup de tonnerre (...). Considéré aujourd'hui comme un classique (...) Jean Bacon en propose cette fois une édition totalement refondue et qu'il estime définitive."- Note de l'éditeur)

 

Cette édition refondue et définitive s'appuie cependant sur une bibliographie antérieure à 1981 et porte toujours la marque du contexte de la fin de la Guerre froide, avec notamment toutes les conjectures du début des années 80 sur la relance de la course aux armements entre les 2 Superpuissances de l'époque, USA et URSS.

Néanmoins, par l'ampleur de sa réflexion il demeure bien un "classique", c'est-à-dire un ouvrage de référence, car il est allé chercher sa matière bien au-delà du contexte immédiat de son écriture.

La thèse centrale est à chercher elle aussi au-delà de l'ironie désespéré du ton de l'ouvrage. Au premier abord, on pourrait croire que l'auteur sacrifie à la thèse de la fatalité de la guerre et abonde au fond dans le sens des bellicistes, bien qu'il s'en moque cruellement.

La clé de l'avenir humain :

En réalité, pour le lecteur attentif, il pointe le facteur-clé d'un progrès possible de l'Humanité dans la voie de la pacification des conflits.

Il s'agit de l'abandon du fétiche de la souveraineté nationale au profit d'une "coopération efficace entre les peuples" (p 33)

Cette thèse s'abrite derrière la dénonciation ironique des supposés "songe-creux" :

"Comment peut-on (...) espérer rassembler, en un tout homogène, les Etats qui se répartissent sur la surface de la terre ? Il existe entre eux trop de différences de race, de religion, de langue, de culture. A part le fait -négligeable- qu'ils sont composés d'êtres humains, ils n'ont vraiment rien en commun." (p 33)

Et Bacon en profite pour nous glisser les noms des "marginaux " ou "fantaisistes" qui ont osé évoquer la nécessité d'un "gouvernement mondial unique" : Bertrand Russell, Nehru, Einstein, entre autres (ibidem et note)...

Mais, ajoute-t-il, "ces quelques voix isolées n'ont aucune audience. L'écrasante majorité des hommes pense tout autrement. Et nous sommes avec eux, car il n'est pas possible que le monde se trompe, que soient dans l'erreur nos guides, les hauts personnages qui éclairent notre route, nos respectables chefs, chefs de tout poil, chefs de gouvernement, chefs d'état-major, chefs de parti, chefs syndicalistes, chefs de rubrique, chefs de bureau, qui sur les ondes, dans la presse, dans les conversations, dans les réunions diplomatiques défendent avec un ensemble impressionnant le principe qui sape à la basetout projet de coopération efficace entre les peuples : celui de la souveraineté nationale." (p 33)


L'absurdité au pouvoir :


Est-il inutile de rappeler les nombreux méfaits de toutes les guerres ? Le fait que toute tentative d'en "civiliser" le déroulement a régulièrement été voué à l'échec ? C'est ce que pense Bacon, mais pourtant il le fait quand même, preuve que son pessimisme de façade ne peut totalement s'effacer derrière la croyance profonde dans la supériorité de la rationalité et de la recherche du bonheur.

Il n'en reste pas moins que notre monde va mal. Et une conférence récente organisée à Tarbes par le Mouvement de la Paix nous en a donné les raisons chiffrées, qu'il nous semble indispensable de rappeler ici.

Les chiffres qui suivent portent sur l'année 2013 et sont tirés de l'exposé réalisé à Tarbes devant une vingtaine de personnes le 15 avril 2014 par Patrice BOUVERET de l'association lyonnaise "Observatoire des Armements" qui publie l'excellent bulletin "Damoclès".

Selon le Sipri (Institut indépendant basé à Stockholm), les dépenses militaires mondiales se sont monté à 1 750 Mds (Milliards) de dollars ($), soit le double des dépenses de 2002.

40% de ces dépenses ont été réalisées par les USA (soit 1% de moins qu'en 2012, en raison du retrait américain d'Irak et d'Afghanistan); 10% par la Chine (au rythme de croissance actuel, elle dépasserait les USA dans 30 ans); 5% par la Russie; 3% par la France et l'Arabie Saoudite.

Ce qui vaut à notre pays de figurer dans le "top five" mondial.

Les dépense militaires de la France sont de 31 Mds € officiellement, mais estimées en réalité à 40 en intégrant les dépenses hors ministère de la Défense.

La loi de Programmation militaire votée en 2013 prévoit 23 Mds € pour l'entretien et le développement de notre "force de dissuasion nucléaire".

Les 5 pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU (USA, Chine. Russie, France, Royaume Uni) représentent à eux seuls 80% des dépenses militaires et 80% du commerce mondial des armes.

Or ce sont eux qui sont chargés de conduire les négociations mondiales sur le désarmement, toujours à l'agenda de l'ONU depuis le traité de non-prolifération nucléaire de 1968.

La proposition de désarmement nucléaire généralisé aujourd'hui approuvée par 110 Etats sur 193, se heurte toujours au veto de ces 5 Grands...

http://www.conflitssansviolence.fr/


 

La société civile mondiale : seul espoir d'un monde de paix


Nos forces sont apparemment dérisoires, et pourtant, grâce à notre mobilisation avec certaines ONG, nous avons déjà obtenu :


-Le traité d'interdiction des Mines et Bombes à Sous-Munitions (BASM) en 2010 http://www.sousmunitions.fr/

 

-Le traité de contrôle des ventes d'armes fin 2014

http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_le_commerce_des_armes

 

Il n'est pas utopique de penser que nous puissions parvenir à faire fléchir les gouvernements des 5 Grands, dont le nôtre, à l'heure où la recherche d'économies dans le budget de l'Etat est paraît-il à l'ordre du jour...

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