Cavanna

Publié le par Henri LOURDOU

 

"Je l'ai pas lu , je l'ai pas vu...mais j'en ai entendu causer"

C'était le titre de la rubrique de Cavanna dans "l'hebdo hara-kiri" que je dévorais chaque mercredi quand j'étais lycéen. Je me souviens des polémiques entre lui et Fournier sur la place de la science et l'écologie : Cavanna était un tenant du rationalisme des Lumières, et Fournier critiquait le complexe techno-scientifique et son oeuvre ultime : les centrales nucléaires. C'était mon vrai cours de philo, et il m'a beaucoup marqué.

Cavanna vient de mourir à 90 ans : je m'aperçois que ce serait l'âge de mon père s'il n'avait pas eu la mauvaise idée de nous quitter très prématurément.

Il n'aura donc pas eu l'occasion de voir mettre en oeuvre le projet "stop-crève" qu'il nous exposait à l'époque en argumentant que l'âge d'usure biologique normale de l'être humain était bien au-delà de 100 ans.

Je garde aussi un souvenir ému de la lecture de ses 3 titres autobiographiques : "Les ritals", "Les russkofs" et "bête et méchant", surtout le premier débordant d'amour pour son père. J'ai moins bien aimé "Les yeux plus grand que le ventre" en raison de mon féminisme romantique : je ne peux admettre la polygamie masculine, et j'ai toujours été l'homme d'une seule femme. Donc je ne pouvais comprendre ce refus de choisir qui posait Cavanna en victime.

Enfin mon troisième souvenir est pour le nouveau "Charlie hebdo" : lors de l'affaire Siné, j'ai bien senti la gêne de Cavanna, et j'ai aussi partagé cette gêne, bien qu'ayant combattu par la plume les outrances de certains soutiens de Siné (dont notamment Delfeil De Ton, dont je n'ai particulièrement pas apprécié le ton condescendant). La suite a bien montré que cette gêne était justifiée : Val a bien manipulé son monde pour servir sa carrière.

Cela montre aussi un trait de caractère que j'ai toujours apprécié chez Cavanna : l'absence de haine et de mépris. Par les temps qui courrent, c'est une qualité à cultiver...

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