Benoîte GROULT "Pauline Roland ou comment la liberté vint aux femmes"

Publié le par Henri LOURDOU

 

Benoîte GROULT "Pauline Roland, ou comment la liberté vint aux femmes", Livre de Poche n° 9741, 1993, 1e édition Laffont 1991, 246 pages.

Passionnante découverte que ce petit livre érudit et bien pensé sur la vie d'une précurseuse trop oubliée du féminisme.

Comme bien des pionniers, Pauline ROLAND a fait preuve d'une folle intransigeance sur des principes non reconnus en son temps, au début du XIXe siècle.

Passée d'un catholicisme romantique au saint-simonisme, elle a véritablement épousé la cause de l'égalité des femmes, qu'elle ne séparait pas du reste du genre humain.

Déportée en Algérie pour son opposition pourtant pacifique (et peut-être est-ce cela qui gênait le plus les autorités) au coup d'Etat du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, elle est grâciée, mais meurt à son retour, de maladie et d'épuisement. À l'âge de 47 ans.

C'est l'occasion de redécouvrir l'importance du "socialisme utopique" français, incarné par les noms de Saint-Simon et de Fourier, mais plus encore par la personnalité étonnante du continuateur de Saint-Simon, Prosper Enfantin, et le mouvement qu'il a su créer.

Ce mouvement, injustement traité par la tradition marxiste, avait en particulier mis au jour la question de l'égalité des sexes, rapidement reléguée au second plan par la question ouvrière, dont pourtant Pauline Roland et ses amies, Suzanne Voilquin et Flora Tristan notamment, ne la séparaient pas.

Au passage, utile mise au point sur la position des hommes de lettres de l'époque : antiféminisme viscéral de Proudhon et Baudelaire, sympathie de Hugo et Verlaine, qui ont tous deux chanté les louanges de Pauline Roland ; ambigüité de George Sand ("cette tête exaltée et généreuse qui avait les illusions d'un enfant, le caractère d'un héros")... Le féminisme avait encore un long chemin, et il n'est pas terminé.

Publié dans Histoire

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