Barouk Salamé "Une guerre de génies, de héros et de lâches"

Publié le par Henri LOURDOU

 

Barouk SALAME "Une guerre de génie, de héros et de lâches", Rivages/Thrillers, 2012, 284 pages.

 

Après nous avoir donné deux authentiques romans policiers sur fond de géopolitique contemporaine, "Le testament syriaque" en 2009 et "Arabian thriller" en 2011 (tous deux réédités en poche dans la collection Rivages/Noir), l'auteur qui signe Barouk Salamé nous raconte l'enfance du héros de ces deux romans, le commissaire Serge Sarfaty, durant la guerre d'Algérie.

C'est l'occasion d'apprendre que "Barouk Salamé" est lui-même d'origine algérienne. Mais c'est surtout, comme dans ses deux ouvrages précédents plus "récréatifs", l'occasion d'une formidable leçon d'Histoire, cette fois-ci sur cette guerre terriblement méconnue, la guerre d'Algérie.

On n'est pas sans se demander si les deux premiers n'ont pas été un simple prétexte pour amener à ce véritable règlement de comptes avec une mythologie historique symétrique et longtemps dominante : celle des nostalgiques de l'Algérie française d'un côté, et celle des inconditionnels du FLN de l'autre.

On savait déjà, grâce notamment à Edgar Morin, que le Mouvement National Algérien de Messali Hadj avait été physiquement liquidé par le FLN au nom de l'unicité du combat pour l'indépendance. Grâce à Germaine Tillion et Albert Camus que la question des moyens utilisés (le terrorisme aveugle contre les civils) avait posé débat parmi les partisans de l'indépendance.

Grâce à Barouk Salamé, on entre dans le détail de tous ces débats à partir du point de vue d'un enfant surdoué qui découvre la vie dans une famille de juifs militants de l'indépendance : sa grand-mère est une messaliste historique, ses parents, militants du Parti Communiste Algérien, ont décidé de rejoindre le FLN...Mais ils continuent à se parler et sont capables, les uns comme les autres de prendre du recul par rapport à leur engagement respectif.

Le livre est divisé en deux parties : la première concerne le séjour, plus ou moins clandestin, du jeune Serjoun avec sa grand-mère Rebecca dans un bourg de l'Atlas saharien à 300 km au Sud d'Alger, Djelfa, pendant 4 ans, de 1958 à 1962. La seconde concerne leur séjour à Oran durant l'été 1962, où Serjoun retrouve ses parents.

Le fil conducteur de cette histoire nous est donné par la remarque de Rebecca à son fils dans l'un des courriers clandestins qu'ils s'échangent, et qui entrecoupent le récit : faut-il accepter "le constat amer qui dit que la révolution est semée par des génies, arrosée par le sang des héros et moissonnée par des lâches" ? (p 125).

La récurrence de cette question lors des différentes révolutions pose en fait celle du rôle de la violence dans l'Histoire : loin de la sacraliser elle doit nous amener à nous en méfier quelles que soient les circonstances, et à l'éviter autant que possible. Avis à tous les adeptes inconditionnels du radicalisme à vue courte.


 

Et pour les nostalgiques de De Gaulle : "L'OAS nous n'y pouvions rien, l'Etat français n'est pas responsable (c'est le préfet par intérim d'Oran, le jeune énarque Jean-Pierre Chevènement, qui parle, à l'été 1962)

-Si les gaullistes n'avaient pas joué la stratégie de la tension, créé partout des comploteurs pour que leur grand homme arrive au pouvoir, cela ne serait jamais arrivé.(...) La clique de De Gaulle a bousillé ce pays, et je pense que les effets pernicieux de ses manigances sont loin d'être finis.(...) Moi je vous dis que votre De Gaulle a démoli ce pays.(C'est la grand-mère de Serjoun qui lui répond)" (p 172-173).

Publié dans Histoire

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