Affaire DSK : l'essentiel et l'accessoire

Publié le par Henri LOURDOU

 

Affaire DSK : l'essentiel et l'accessoire

J'ai été, comme tout un chacun, saisi par cette affaire dont la justice pénale américaine vient de conclure le 23 août qu'elle n'avait pas lieu d'être jugée, « faute d'éléments à charge suffisants ».

« Le Monde » daté du 25 août y revient en annonçant dans sa « une » : « DSK, sexe et Amérique par Pascal Bruckner » titre de bas de page suivi du « chapeau » : « Justice Dans un point de vue, l'écrivain dénonce avec vigueur l'alliance des féministe et des conservateurs dans l'affaire Dominique Strauss-Kahn. Le PS, de son côté, doit composer avec le prochain retour de DSK en France après l'abandon des poursuites pénales. Pages 2 et 12, débats p 19 »

Cette présentation de « une » ne rend pas justice à la richesse du contenu du journal, qui, contrairement aux apparences, ne traite pas seulement l'accessoire de l'affaire (la convergence circonstancielle des féministes et des conservateurs américains, et les problèmes internes du PS), mais également l'essentiel : la question du respect des droits des femmes et de la remise en cause de la domination masculine.

Ainsi, il est question page 2 , dans « le blog du jour » de la manifestation des féministes américaines contre les motivations du classement sans suite de la plainte de Nafissatou Diallo. Après avoir expliqué que la décrédibilisation de la plaignante était un classique des plaintes pour viol, que « moins de la moitié des viols font l'objet de plainte » et que « 6% seulement des violeurs finissent par faire de la prison », Sonia Ossorio, la directrice de NOW (National Organization for Women, principale organisation féministe américaine) conclut :« L'affaire DSK-Nafissatou risque encore de décourager les vicitimes ». La correspondante du « Monde », Corine Lesnes, dont le blog « Big picture » est ainsi reproduit, conclut : « Les journalistes américains ont écouté avec beaucoup de sérieux. Il n'y avait pas un journaliste français à l'horizon. On ne saurait mieux illustrer le décalage des préoccupations. »

Page 12, il est question du « retour prochain de DSK qui embarrasse le PS » et du compte-rendu de l'audience du tribunal de New York rendant son ordonnance de non-lieu...par Corine Lesnes, qui fait état au passage de la manifestation féministe déjà évoquée.

Enfin page 19, la tribune de Pascal Bruckner (« Une bien triste image de l'Amérique. Naissance d'une inquisition démocratique, conservatrice et féministe ») est équilibrée par celle de Florence Montreynaud : « La prétendue « séduction à la française » n'est que de la violence sexuelle. Il est temps de repenser l'amour, loin des grands machos de ce monde. »

On n'épiloguera guère sur l'oxymore monstrueux produit par Pascal Bruckner associant « conservateur » et « féministe », tant il insulte le simple bon sens.

Par contre il n'est pas inutile de revenir sur la riche et opportune contribution de Florence Montreynaud. Car elle met en évidence quelques vérités langagières qui n'ont que trop longtemps pollué l'entendement commun.

Ainsi quand elle passe en revue les expression asymétriques qualifiant les comportements sexuels masculin et féminin.

« Une femme osant en public exprimer son désir à un homme est qualifiée d' "allumeuse", "provocante" ou "chaudasse", tous mots inusités au masculin. Alors que celui « qui ne pense qu'à "ça" » et "baise tous azimuths" est salué comme un "chaud lapin" ou un "don Juan", son équivalent féminin est une "grosse nympho" qu' "a le feu au cul". »

Derrière cette asymétrie langagière, il y a le lourd pouvoir machiste sur les femmes : et celui-ci se traduit régulièrement en violence. Une violence imposée socialement par l'éducation et la pression de l'exemple, transformés en normes.

Seul l'homme a le droit d'exprimer son désir, et il doit donc supposer qu'il est partagé à partir du moment où il l'exprime, car la femme, elle, doit rester dans une attitude de pudeur et de réserve qui ne lui permet pas de dire clairement « non ».

Ainsi, la plupart des viols ne sont pas ressentis comme des violences par ceux qui les commettent.

C'est ce faux consensus que l'affaire DSK-Diallo a permis de fissurer en libérant une parole féminine jusque-là contenue.

Peu nous importe au fond que DSK trompe régulièrement sa femme avec son consentement. Ce qui nous importe par contre, c'est qu'il ait un comportement clairement machiste, contradictoire avec les valeurs qu'il prétend défendre.

Car le féminisme n'a rien à voir avec le conservatisme. Il est un combat progressiste qui vise à libérer l'humanité, les hommes comme les femmes, de la violence et de la domination.

Ce combat-là devrait être celui d'une Gauche qui se respecte.

Publié dans politique

Commenter cet article