Pierre MONATTE, une autre voix syndicaliste

Publié le par Henri LOURDOU

« Pierre MONATTE, une autre voix syndicaliste »

par Colette CHAMBELLAND

(Editions de l'Atelier, 1999, 192p)

 

Je relis cette courte biographie très bien documentée et pensée (Colette Chambelland est la fille d'un compagnon de Monatte, Maurice Chambelland, elle a fréquenté le milieu dont elle parle et sait donc « lire entre les lignes » une documentation écrite par ailleurs abondante).

Pierre Monatte (1881-1960) est le principal représentant du « syndicalisme révolutionnaire », issu de l'anarchisme, qui a dominé la CGT d'avant 1914. Il a créé en 1925 une petite revue « La Révolution prolétarienne » qui a perduré jusqu'en 1992, et à laquelle je me suis abonné, jeune lycéen, en 1971.

Je suis frappé par la parenté d'esprit que je me reconnais avec lui : la boulimie de lecture et la priorité accordée à l'écrit sur l'oral, l'indépendance de pensée revendiquée qui en résulte et la droiture allant jusqu'à l'intransigeance dans la défense de certains principes, comme « le refus d'arriver » qui a fait refuser à Monatte certaines hautes responsabilités. Le remords perpétuel d'avoir un temps cédé à l'attrait d'un modèle qui s'est avéré mortifère, celui du communisme russe dans le cas de Monatte, du communisme chinois dans mon cas. La défense de l'unité syndicale, y compris contre ses propres amis, tant que l'essentiel n'est pas en jeu : Monatte a refusé la scission de 1922 entre CGT réformiste et CGTU révolutionnaire, mais il a par contre soutenu celle de FO en 1948 contre une CGT entièrement stalinisée. De la même façon, j'ai refusé de suivre à Sud-Solidaires les oppositionnels de gauche au sein de la CFDT, parce que, comme en 1922, l'essentiel ne me semblait pas en jeu dans les dérives gestionnaires de la direction CFDT, que ce soit en 1995 ou en 2003.

De la même façon je partage son souci constant du haut degré d'information maîtrisée qui est nécessaire à une action syndicale efficace, et son refus des braillards jusqu'auboutistes et cantonnés dans la proclamation, son refus du sectarisme et de la fermeture d'esprit.

Monatte incarne vraiment le meilleur de la tradition libertaire française : de celle que l'on peut qualifier de libéral-libertaire et qu'a su réincarner un Cohn-Bendit. Il a su dépasser à la fin de sa vie son refus du parlementarisme et s'ouvrir à un réformisme exigeant : celui que revendiquait un Gilbert Wassermann (venu de de la tradition eurocommuniste italienne). Ce qui me fait penser à ces deux formules. L'une de Claude Sicre (des Fabulous Troubadours) : « Il faut être révolutionnaire et intelligent. » L'autre de José Bové : « Il faut savoir être radical et pragmatique ». Deux façons de dire que la meilleure façon de défendre l'exigence révolutionnaire c'est de revendiquer le réformisme.

Avec le corollaire d'une certaine exigence éthique qui permet de distinguer les compromis nécessaires des compromissions.

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