Pour un new deal vert européen

Publié le par Henri LOURDOU

 

Emmanuel TODD « Après la démocratie », Gallimard, nov 2008, 260 p.


Pour sortir du faux débat sur le protectionnisme

Un « new deal vert européen »


Emmanuel TODD a toujours été un penseur décalé. Annonçant, dans son premier livre en 1976, la chute de l'Empire soviétique pour la fin des années 80; analysant les comportements politques en France à la lumière des structures familiales les plus anciennes, et généralisant son propos à l'échelle planétaire; il s'est ensuite focalisé sur les impasses de la globalisation libérale, spécialement au niveau européen. Ce faisant, il s'est davantage situé dans l'air du temps; mais il a refusé l'enrôlement dans la nouvelle troupe national-républicaine et souverainiste.

Avec ce nouvel essai, il analyse la France du « moment Sarkozy » et s'interroge sur l'avenir de la démocratie dans le cadre européen.

Au passage, il note une corrélation historique entre élévation du niveau éducatif moyen et optimisme collectif. Et, dans ce cadre, la stagnation éducative de la France depuis 1995 et la montée du pessimisme culturel qui l'accompagne. Une observation utile par rapport aux débats de 2009 concernant l'Ecole, ses réformes et le budget de la nation.

La conclusion de son analyse : « La désorganisation actuelle de la vie politique française découle(...)de la dissociation géographique entre une société française qui n'a pas changé d'échelle et une économie qui hésite entre échelles européenne et planétaire. » (p 249)

Ecartant l'hypothèse, peu réaliste à ses yeux, d'un espace politique mondial démocratique, il propose de donner corps à une démocratie européenne : « Des institutions européennes existent déjà, dont il suffirait que des élites politiques responsables s'emparent pour réorienter l'économie dans un sens favorable aux peuples, et les réconcilier avec l'Europe »(p 250)

La condition en serait l'instauration d'un protectionnisme européen stoppant la spirale négative de la course aux bas salaires. La situation équilibrée du commerce extérieur européen le permettrait. Mais le principal obstacle est selon lui la mentalité « narcissique » en particulier du « tiers éduqué supérieur des classes moyennes » qui fait passer son intérêt immédiat de consommateur avant l'intérêt collectif...et son propre intérêt à moyen terme.

Politquement, cela suppose un consensus franco-allemand sur cette orientation car l'Allemagne « est le coeur industriel de l'Europe ».

Il s'agit donc de construire ce nouveau consensus sur l'idée d'un « new deal  européen » qui passe par la protection aux frontières pour bâtir une nouvelle demande intérieure correspondant à une offre de produits nouveaux répondant à l'urgence écologique. Ce sont ces produits-là qui permettraient une vraie relance de l'économie européenne et donc de l'emploi. Une véritable reconversion de notre économie qui ne peut se faire efficacement qu'à cette échelle. Mais cela suppose des institutions européennes gagnées à cette idée. Et donc d'abord de nombreux eurodéputés Verts élus aux élections de juin 2009.

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