Violence et politique

Publié le par Henri LOURDOU

 

Note de lecture :

Mario CALABRESI « Sortir de la nuit », Gallimard, octobre 2008, 168 p.)

 

Né en 1970, il est le fils du commissaire Luigi CALABRESI, abattu par balles le 17 mai 1972 en sortant de son domicile. Le 22 janvier 1997, à l'issue de plusieurs procès, Adriano SOFRI, Giorgio PIETROSTEFANI, anciens dirigeants du groupe mao-spontanéiste « Lotta Continua », ont été condamnés pour avoir commandité l'assassinat, et Ovidio BOMPRESSI, militant de ce groupe, pour l'avoir commis. SOFRI et BOMPRESSI sont aujourd'hui libérés pour raisons de santé, et PIETROSTEFANI est réfugié à Paris.

Luigi CALABRESI avait été accusé d'avoir poussé par la fenêtre le militant anarchiste Giuseppe PINELLI lors d'un interrogatoire à propos de l'attentat de la piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969 (17 morts et 88 blessés). Il devint la cible d'une campagne de presse très violente : « Peu de temps après ma naissance, le quotidien « Lotta Continua » publiait un dessin où mon père, me tenant dans ses bras, m'apprenait à décapiter, avec une guillotine miniature, un poupon représentant un anarchiste. »(p 15).

Luigi CALABRESI avait 35 ans quand il est mort, sa femme, Gemma, âgée de 25 ans, était enceinte de son 3e enfant.

Le procès en diffamation intenté par lui, à la demande de sa hiérarchie, établit que non seulement CALABRESI n'était pas dans la pièce au moment où PINELLI est tombé de la fenêtre du commissariat, mais que cette chute est due à un accident lié à un malaise de l'intéressé et à la configuration des lieux. Mais le jugement intervint après la mort du commissaire. Par ailleurs la justice établit que l'interpellation et la garde à vue de PINELLI n'avaient pas eu lieu dans les formes légales, et aboutit à la mise hors de cause des anarchistes et à la piste d'un attentat fasciste. Le juge d'Ambrosio (devenu par la suite sénateur dans la majorité de centre-gauche de « l'Ulivo »), revient longuement sur les faits dans une interview au « Corriere della Sera »(p 69-74) : « Je dis qu'il n'y a aucune preuve que PINELLI ait été tué, et que tout plaide en faveur d'une chute pour cause de malaise (...) A ce moment-là des inscriptions sur les murs me traitaient de fasciste. Puis quand j'ai dit que ce n'étaient pas les anarchistes qui avaient posé la bombe, alors on m'a accusé d'être communiste. »

Ce manichéisme se nourrit de fausses informations répétées de façon acritique, telle la biographie fantaisiste de Luigi CALABRESI faisant de lui un élève de la CIA formé par un homme dont la simple chronologie permet de voir qu'il n'a pu le connaître...

Mais Mario CALABRESI ne s'arrête pas à son cas personnel : il fait la démarche d'aller au-devant des autres victimes collatérales des assassinats politiques des « années de plomb ». L'enquête est édifiante et permet de mettre en évidence l'assymétrie de traitement entre victimes et auteurs de ces assassinats. Sans s'y apesantir, il nous invite simplement à méditer sur la responsabilité politique.

En ce qui me concerne, ce livre au ton mesuré me conforte dans un parti déjà pris : ne jamais faire la moindre concession à ceux qui justifient, d'une façon ou d'une autre, l'assassinat politique.
Et même plus : ne jamais entrer dans la logique qui y conduit. A savoir la vision manichéenne de la politique qui se nourrit à la fois de la survalorisation morale de soi-même et des siens, et de la dévalorisation totale de l'adversaire
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Sur ce livre voir aussi le témoignage d'Adriano SOFRI.

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