Savoir s'opposer à bon escient

Publié le par Henri LOURDOU

 

Le 23 juillet 2008


SAVOIR S’OPPOSER A BON ESCIENT

Le « sarkozisme » est-il un pré-totalitarisme ? Question à peine provocatrice quand on voit le discours tenu par certains leaders socialistes sur la « monocratie » !

Soyons sérieux, mais surtout soyons vigilants de façon un peu plus intelligente.

La question n’est pas si incongrue quand on considère certaines choses.

Deux traits du sarkozisme sont à certains égards inquiétants, surtout quand on y ajoute certaines attentes collectives majoritaires aujourd’hui.

Le volontarisme absolu résumé par le slogan « Ensemble tout devient possible » est à rapprocher de ce trait majeur du totalitarisme analysé par Hannah Arendt dans son ouvrage classique, « Les origines du totalitarisme » (elle cite d’ailleurs en exergue Daniel Rousset : « Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible », in « L’univers concentrationnaire »).

A cela on peut ajouter la prétention au « parler vrai » (là encore un rapprochement trouvé dans le récit d’Ella Maillart sur son voyage vers l’Afghanistan en 1939 : « un Allemand fort réservé m’avait dit 2 ans plus tôt qu’Hitler était le seul homme d’Etat ayant le courage de dire la vérité », p104 de « La voie cruelle », PBPayot).

Cela ne vaudrait pas preuve et ne saurait emporter l’adhésion, s’il ne fallait y ajouter tout ce que « l’air du temps », autrement dit les attentes collectives peut apporter dans le sens des solutions extrêmes.

Notons donc que, malgré son impopularité, Sarkozy est majoritaire dans l’opinion sur 2 points essentiels : la revendication de baisse des impôts, et la politique de l’immigration basée sur la méfiance vis-à-vis des étrangers.

Autrement dit tout ce qui repose sur la confiance envers les autres.

Que cette méfiance majoritaire se transforme en peur, et nous aurons le terrain prêt pour la bête immonde.

C’est pourquoi il est vital pour l’opposition démocratique de savoir s’opposer à bon escient.

L’affaire de la révision constitutionnelle constitue de ce point de vue un contre-exemple inquiétant.

Ni l’enjeu, ni la façon dont il a été présenté par la majorité du PS (hélas suivie par Les Verts) ne sont convaincants.

Au lieu de se focaliser sur une question institutionnelle très éloignée des préoccupations des citoyens, et sur des divergences somme toute mineures, l’opposition ferait mieux de travailler à reconquérir la majorité des esprits sur les 2 points majeurs évoqués précédemment.

-Réhabiliter l’impôt et la solidarité en posant de façon transparente et réaliste la question difficile du financement de la protection sociale et des services publics ;

-Réhabiliter l’immigration et les régularisations de sans-papiers en tenant là aussi un discours de vérité sur l’état du monde, sans pour autant verser dans l’angélisme et la démagogie.

C’est sur ces 2 points qu’on attend une opposition digne de ce nom.

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