Printemps 2000 : encore l'ambiguïté des anti-Allègre

Publié le par Henri LOURDOU

A propos des “15 universitaires qui appellent à sauver l’école” (Le Monde du 24-3-00)

 

Saluons tout d’abord la stratégie de communication : faire arriver à publier cette tribune à la veille d’une grande manifestation annoncée des enseignants (NB: j’y étais, mais pas pour les mêmes raisons) avec un appel en “une” et sous ce titre ô combien accrocheur : bravo ! (Alors que je n’aurais, dans le meilleur des cas -rêvons un peu!-qu’un petit coin de courrier des lecteurs pour y répondre succinctement...)

Ainsi donc la cause est entendue : les pédagogues réformistes détruisent l’école depuis 1981. Ce sont de doctes universitaires, garants de la Culture et de la Science qui nous le disent. Et pas n’importe lesquels : on relève des noms connus de ce qu’on appelait autrefois la “2eGauche” (Guy Coq, Marcel Gauchet, Philippe Raynaud, Paul Thibaud).

Dans une vie antérieure (?), ces mêmes universitaires avaient co-organisé un colloque intitulé “Enjeux scolaires/enjeux sociaux” (c’était en 1984 ou 85). Ils pactisaient alors avec ce qu’aujoud’hui ils abhorrent : les affreux pédagogues réformistes du Sgen-CFDT (jetons le masque : j’en suis). Après tout : seuls les imbéciles n’évoluent pas. Admettons donc cette prise de conscience tardive.

Là où le bât blesse cependant, c’est que ces universitaires, qui nous appellent à restaurer la dignité du savoir et la rigueur de la connaissance se laissent aller eux-mêmes à ce qu’ils critiquent : l’à-peu-près dans les informations, l’hypothèse globale non vérifiée par une enquête rigoureuse.

Par exemple, on aimerait savoir sur quoi se fonde cette affirmation péremptoire et pourtant désespérément allusive sur la nouvelle épreuve d’Histoire au baccalauréat. Il se trouve que je suis professeur d’Histoire en lycée et je ne vois pas à quoi cela correspond. Je soupçonne donc fort ici l’information de 2de main et non vérifiée. Cela jette quelque doute sur le crédit “scientifique” à accorder à leur thèse!

Mais trève de persiflage. Nos universitaires s’appuyent sur un réel désarroi de nombreux enseignants quant à leur statut et à leur mission. A ce désarroi, il faut répondre. Mais cela ne peut pas être par une thèse simpliste et paranoïaque, même parée du prestige de l’Université. Le débat sur l’école est aujourd’hui livré à des passions qui le transforment en polémique stérile. Il vaut mieux que cela. On attend des universitaires et des praticiens de l’école qu’ils soient capables de le porter de façon productive et argumentée sur des faits, non sur des on-dit et des préjugés.

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