Edgar Morin pour changer l'Ecole

Publié le par Henri LOURDOU

Réforme des lycées : mais où est passé le rapport Morin ?

On l’a un peu oublié (si l’on s’en est aperçu) mais la consultation sur les lycées du printemps 98 comportait aussi un “conseil scientifique” présidé par Edgar MORIN et destiné à réfléchir à la refonte des savoirs.

Celui-ci a organisé des journées thématiques qui devaient déboucher sur un rapport. Mais ses idées ont “soulevé tant de résistances” que celui-ci “sombra corps et biens”(p10).

On comprend bien le pourquoi de ces résistances à la lecture du petit livre qu’Edgar MORIN a tiré de cette expérience : “La tête bien faite”(Le Seuil, 1999, 160p, 98F).

Ceux qui ont déjà lu Edgar Morin savent l’impétuosité tourbillonnante de sa pensée : cet aspect formel a sans doute échauffé quelques têtes plus habituées au train-train bureaucratique. Mais sur le fond, il faut bien admettre 2 choses :

1)La réflexion d’Edgar Morin ne repose pas sur du sable : elle est le produit d’un travail au long cours de plus de 40 ans qui a abordé tous les aspects de la pensée ou presque en s’appuyant sur l’expérience de la Résistance, du communisme stalinien puis de la résistance au stalinisme et à ses métastases dans une perspective qui est restée clairement humaniste et démocrate .

2)Ses idées bousculent l’ordre scolaire établi déjà passablement vermoulu mais encore bien résistant.

Voilà qui engage à le lire de plus près.

Que dit-il en substance ? Que le découpage disciplinaire actuel des savoirs ne permet plus de répondre aux défis de l’heure. Il s’est construit en effet sur un paradigme dépassé (celui de la pensée cartésienne qui sépare et réduit les objets de savoir) qui alimente aujourd’hui l’hyper spécialisation et la passivité générale, la perte du sens et l’irresponsabilité. La recomposition des champs disciplinaires doit donc s’accompagner d’une nouvelle démarche d’appropriation des savoirs fondée sur leur contextualisation et leur mise en relation. L’interdisciplinarité n’est plus alors un supplément d’âme plus ou moins volontariste, mais une nécessité préalable.

Et Morin de faire des propositions de refonte des programmes pour les 3 degrés d’enseignement: primaire, secondaire et supérieur. Cela autour de 5 finalités (dont la formulation, dit-il, lui attira “les sarcasmes des Diafoirus et Trissotin”) :

-apprendre à organiser les connaissances

-apprendre la condition humaine

-apprendre le vivre

-apprendre l’incertitude

-apprendre la citoyenneté.

Finalités explicitées dans autant de chapitres préalables.

Pour réaliser de telles finalités, Morin rappelle la 3e dimension nécessaire du métier d’enseignant : à côté du fonctionnaire et de l’expert , il faut aussi le porteur d’une mission, animé d’une foi tempérée par l’amour .

Redonner du sens à ce métier ne passe-t-il pas par là ? Un engagement vrai dans notre mission de transmission ne pose-t-il pas, si l’on est honnête, la question de la recomposition révolutionnaire des savoirs posée par Morin ?

Au reste celui-ci ne se fait aucune illusion sur les résistances qu’il a suscitées : il ne compte que sur les dissidents. “Il faut commencer, dit-il, et le commencement ne peut être que déviant et marginal”(p115).

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