Pourquoi la démocratie est en panne

Publié le par Henri LOURDOU

 

Gérard MENDEL : « Pourquoi la démocratie est en panne » (La Découverte, 2003, 240 pages, 17 Euros)

Construire la démocratie participative

 

 

Depuis un certain 21 avril 2002 et son résultat inattendu, il n'est plus possible d'esquiver la question : pourquoi notre démocratie représentative n'arrive-t-elle plus à nous représenter ?

Quelle crise de la démocratie ?

A cette question, beaucoup de réponses possibles. Toutes n'ont pas le même degré de pertinence.

Certains s'en tiennent paresseusement à la « trahison » de la Gauche (qui ne se distinguerait plus de la Droite), ou à l'excessive dispersion de l'offre politique qui entraînerait son illisibilité (16 candidats aux présidentielles de 2002 contre 9 seulement en 1995).

La première proposition reçoit clairement sa réponse de la politique menée par le gouvernement Raffarin comparée à celle du gouvernement Jospin. Quant à la seconde, ne prend-elle pas l'effet pour la cause ? Et si la dispersion de « l'offre » provenait d'une insatisfaction du côté de la « demande » ?

C'est de ce côté, plus difficile certes à explorer, que Gérard Mendel nous invite à creuser.

Du côté des organisations

Pour cela, il s'appuie d'abord sur quelques interventions de terrain auprès d'organisations syndicales et politiques de gauche. Il n'est certainement pas dû au hasard (et quoi que puissent en penser aujourd'hui certains néophytes prisonniers d'images médiatiques récentes) que ces organisations-là soient la CFDT, les Verts, le PS et, plus marginalement mais non moins significativement, la mouvance des « communistes critiques ». Ces interventions ont toutes eu lieu entre 1981 et 1995, avec des durées variables (interventions ponctuelles ou « au long cours »).

Leur point commun ? L'absence de débouché concret pour remettre en question le fonctionnement des uns comme des autres. Mais aussi la perception d'une attente insatisfaite de la part de la « base ». Quel que soit le positionnement idéologique des différentes organisations (réformiste ou révolutionnaire) leurs cadres dirigeants ont tous les mêmes réflexes : ils se considèrent implicitement propriétaires de leur organisation et véhiculent une conception familialiste de son fonctionnement, dans lequel ils jouent le rôle des parents. La convivialité, cultivée par les uns comme par les autres, a pour limite l'absence d'analyse des conditions de la délégation du pouvoir aux dirigeants. Or cette délégation aboutit à une confiscation lorsque le discours des dirigeants se construit sans écoute véritable de ce que leur base a à dire à partir de son vécu social propre.

Les base d'une démocratie "participative"

La négation de l'existence de différents niveaux de pratique sociale (et donc de vécu), existence induite par la division-même du travail et la nécessité de délégations de pouvoir qui s'ensuit, est à la base de cette confiscation. Il s'agit au départ de cécité plus que de mauvaise volonté.

Reconnaître donc les niveaux pertinents de coopération entre individus est la première condition de traitement du malaise démocratique. Le mot, un peu galvaudé, de « subsidiarité » correspond assez bien à cette recherche des coopérations fructueuses.

L'expérience de la sociopsychanalyse depuis plus de 30 ans valide ce qu'un peu de bon sens et de nombreuses expériences spontanées nous apprennent : c'est de leur identité de situation et donc de leur « faire commun » que les individus ont le plus à se dire et à profiter mutuellement.

De cette mise en commun peut émerger la démocratie participative au sens strict. Autrement dit la mise en place de compromis sociaux basés sur la reconnaissance effective des problèmes dans toute leur complexité.

"Crise des identifications" et régression idéologique

Cette pratique de la démocratie participative de base est l'antidote à la déficience psychologique que la « crise des identifications » induit dans nos sociétés modernes. La traduction intellectuelle de cette crise est la persistance du phénomène des gourous intellectuels et du recours aux discours et solutions simplistes.

La méconnaissance qui s'ensuit, et dont Mendel, pour finir, analyse les différents ressorts psychologiques, aboutit à de véritables constructions idéologiques remettant en cause l'essence–même de la démocratie au nom d'une forme d'autoritarisme au fond très archaïque.

Quel ressourcement pour la démocratie ?

L'enjeu d'un ressourcement de la démocratie par la mise en place de nouvelles formes de socialisation est au cœur du malaise social actuel.

Il s'agit bien, ainsi que le conclut l'auteur, après avoir, nous dit-il, longuement résisté à ce qui lui apparaissait comme trop dérisoire, d'arriver à une forme de « consultation » complétant la démocratie représentative, et non s'y substituant. Mais une consultation fondée sur des procédures rigoureuses et collectives, et non sur le laisser-faire, laisser-dire individualiste ou la pratique restrictive du mandat électif traditionnel.

Avis à tous ceux qui ne se résignent ni à la montée de l'abstention, ni à la dispersion de la représentation, ni à la progression de l'extrêmisme.

Henri LOURDOU, le 22-10-03.

(Article paru dans le bulletin de l’Apece « La démocratie dans l’école » n °50 de décembre 2003)

Publié dans Mendel

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