21 avril : ne pas se tromper de réponse

Publié le par Henri LOURDOU

21 avril : ne pas se tromper de réponse


 


La réponse aujourd’hui majoritaire chez les Verts (et fortement représentée sinon majoritaire dans les autres partis de Gauche) au choc électoral du 21 avril 2002 est celle de la radicalisation.

La Gauche plurielle aurait été sanctionnée (et Jospin en particulier) pour son excessive modération face à la « mondialisation libérale ». Seule une attitude de rupture anticapitaliste serait à même de remobiliser l’électorat populaire.


Cette réponse fait en partie l’impasse sur le vote-même du 21 avril : les 2,5 Millions de voix perdues par JOSPIN entre 1995 et 2002 ne sont pas passées en très grande majorité à l’extrême-gauche, mais à l’abstention. On dira que que ce retrait peut être interprété comme une étape intermédiaire entre la perte de confiance envers les réformistes et l’adhésion à un discours révolutionnaire ou radical. L’objection est recevable, mais reste hypothétique.


Il est aussi à noter la perte de voix du candidat CHIRAC : 0,7 Million de voix entre 95 et 2002. Et aussi le fait que le nombre de candidats multiplié (16 au lieu de 9) n’a pas rallié davantage d’électeurs au total, bien au contraire : 2,8 Millions d’abstentions en plus.


Cela tendrait à prouver que le discrédit n’affecte pas le seul réformisme de Gauche. Même si le PS est plus frappé que d’autres, c’est l’ensemble des partis qui est en panne d’attirance des électeurs.


 


Une non-prise en compte de la souffrance au travail ?


 


Ceci dit, concernant le seul PS, une analyse plus poussée, proposée par les sociologues  Christian BAUDELOT et Michel GOLLAC (« Libération », 20-4-03) est de diagnostiquer une cécité de ce parti face à « la souffrance au travail ». Cette souffrance, multiple, est vécue sur le mode individuel, ce qui expliquerait la dispersion des réponses électorales : de l’extrême-droite à l’extrême-gauche en passant par l’abstention.


Toutefois, ils ne nous disent pas comment les partis de la Gauche plurielle dans leur ensemble auraient pu « rallier ce mécontentement ne serait-ce que par un bulletin de vote ». Tout au plus élargissent-ils le constat : « L’émergence de cette souffrance a fait écho à d’autres touchant le domaine de la famille, de l’école, les quartiers… » (sic). Mais tout-à-fait contestable devient le raccourci qui suit : « Le vide laissé par la gauche sur la question du travail a ouvert un espace au discours sécuritaire. Si vous êtes sur la point de craquer au travail et que, lorsque vous rentrez chez vous, vous vous êtes fait cambrioler, ce n’est plus supportable. » Faut-il comprendre, que des gens heureux au travail supportent facilement d’être cambriolés ? Non, en réalité la question du discours sécuritaire et de l’écho grandissant qu’il rencontre ne saurait être entièrement rabattue sur le mal-être au travail.


Elle doit être aussi traitée pour elle-même : pourquoi une telle montée de l’anomie sociale ? Vaste question qu’il faudra bien aborder pour la gauche. La réponse esquissée par Jospin de « prendre en compte le besoin de sécurité des classes populaires » à travers un renforcement des mesures répressives est clairement insuffisante. Mais la négation du problème l’est encore plus.


 


Une demande de radicalité ?


 


Là encore, la supposée « demande de radicalité » de la part des électeurs de gauche demande à être pour le moins approfondie. Un sondage d’opinion réalisé les 6 et 7 juin 2003 (en pleine mobilisation contre la réforme des retraites donc), fait apparaître les résultats suivants. A la question « Souhaitez-vous que dans les années qui viennent l’orientation du PS soit :


-franchement de gauche


-plutôt de centre-gauche


-au centre »


l’ensemble des Français répondent :


à 35% au centre


à 31% plutôt de centre-gauche


à 22% franchement à gauche


et les sympathisants PS :


à 46% plutôt de centre-gauche


à 34% franchement à gauche


à 15% au centre »  (Sondage publié dans « Le Monde » du 13-6-03).


Voilà qui devrait interroger pour le moins le discours de la radicalisation. Et nous pousser à examiner d’autres hypothèses concernant la perte d’adhérence des partis.


 


Une demande de démocratie participative ?


 


Et si la perte de confiance dans la classe politique provenait davantage de son mode de relation aux électeurs que de la politique menée ? Si la réponse au mal-être dans le travail était davantage entre les mains des travailleurs eux-mêmes que dans celles des politiciens (fussent-ils d’extrême-gauche) ? Si, pour finir, ce n’était pas le « réformisme » (il semble que le mot demeure tabou pour certains apparatchiks Verts) qui était en cause, mais la façon dont il est porté ? Et donc pas la question de l’alliance avec le PS, mais le travail à mener en amont et en aval d’une telle alliance ?


Bien sûr cela pose d’autres questions que celles d’un simple (?) accord électoral avec la mouvance altermondialiste et d’une surenchère verbale avec le PS.


Quelles sont-elles ?


1)     Comment permettre l’expression des « gens de la base » au plus près de leurs frustrations, sources du malaise social ?


2)     Comment permettre à cette expression de trouver un débouché concret, c’est-à-dire de peser un tant soit peu et de permettre un retour gratifiant vers ceux qui l’émettent ?


3)     Comment articuler cela à la démocratie représentative qui constitue le champ spécifique de ceux « qui font de la politique » ?


Mon expérience et ma conviction depuis plus de 30 ans sont que c’est dans le cadre de leur acte de travail quotidien que les gens recherchent une reconnaissance sociale. C’est ce qui fonde mon engagement syndical, depuis plus de 20 ans.


J’ai pu constater que les réunions syndicales les plus fructueuses, celles où l’expression a été la plus large et la plus appréciée de tous, sont celles où la question du métier commun aux participants était abordée dans le concret de son expérience.


Cela rejoint l’approche théorique développée depuis plus de 30 ans par Gérard MENDEL, selon laquelle la crise de notre temps est avant tout une crise de croissance de la démocratie à dimension psychologique.


Sa réponse (voir notamment son dernier livre « La démocratie est en panne ») est de postuler  la généralisation de formes de consultation basées sur le vécu collectif commun au plus près des problèmes posés. Cela seul permettrait de recoudre le lien rompu entre les citoyens et les politiques. Et plus largement entre les appareils des grandes organisations et leur base.


Travailler à promouvoir des formes de consultation adaptées pour ressourcer et relégitimer  la décision politique ne serait-il pas plus opportun que courir après la démagogie d’extrême-gauche ?


Henri LOURDOU

Le 15-02-04.


Publié dans politique

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