Rassemblement de la gauche et des écologistes : verre à moitié vide ou verre à moitié plein ?

Publié le par Henri LOURDOU

Rassemblement de la gauche et des écologistes :

verre à moitié vide ou verre à moitié plein ?

 

Après l'ultime séquence électorale avant le grand rendez-vous présidentiel (et législatif...) de 2022, où en sommes-nous ?

Le bilan des élections régionales et départementales des 20 et 27 juin 2021 n'est pas évident.

Si deux faits le dominent (la poussée abstentionniste et le retour apparent des deux grands partis traditionnels, LR et PS) la combinaison des deux en rend l'interprétation difficile.

D'autant que d'autres faits, non négligeables, s'y ajoutent.

Tout d'abord l'absence de "figure présidentiable" évidente, tant à Droite (au moins 3 prétendants dont aucun ne se détache visiblement entre Bertrand, Pécresse et Wauquiez) qu'à Gauche (où Hidalgo peine à s'imposer).

Mais également (et surtout, à mes yeux) l'inachèvement de la décomposition et recomposition de la Gauche et de sa stratégie politique.

C'est ce dernier fait qui va ici me retenir.

 

Décomposition de la Gauche archaïque

 

Il est d'apparents triomphes qui sont édifiés sur du sable. C'est le cas de la victoire sans appel de Carole DELGA (PS) aux élections régionales en Occitanie.

Celle-ci s'est appuyée sur différents ressorts tactiques et sur des circonstances qui peuvent s'avérer fugaces.

Les ressorts tactiques sont tout d'abord une annexion verbale du discours écologiste dont le mélange avec des projets productivistes et climaticides avérés (LGV, autoroute Toulouse-Castres...) relativise fortement la portée.

Pour en authentifier cependant la crédibilité, Carole DELGA a procédé au débauchage individuel d'élus écologistes sortants ou d'une personnalité connue comme José BOVÉ.

Mais cet affichage est de portée pratique quasi-nulle tant la gouvernance autoritaire passée (et future) de DELGA verrouille toute marge de manoeuvre à ces virtuels partenaires. Au surplus, leur bilan d'élus régionaux parle contre eux : Agnès LANGEVINE, leur cheffe de file, a conduit par exemple l'élaboration d'un Plan Régional de Gestion des Déchets Ménagers dénoncé par Zéro Waste France et par FNE pour son manque de volontarisme. Ils se sont dissociés à maintes reprises des positions de leur groupe contre certaines décisions de la Présidente, et notamment de son abstention sur son soi-disant "Green New Deal" qui n'avait de "Vert" que le nom.

Bref, ils sont "allés à la soupe".

Quant à José BOVÉ, bien qu'il reste assis sur son confortable coussin de notoriété, il a poursuivi sa lente dérive de néo-notable local, marquée notamment par son approbation non concertée collectivement de l'implantation de la Légion étrangère sur le Larzac. Son ralliement de 1er tour à DELGA a cependant fait des dégâts dans l'électorat écologiste quand on considère le score de la liste MAURICE en Aveyron (6,34% : le plus bas score des 13 départements, contre une moyenne de 8,84%).

Le fait que cette liste autonome des écologistes n'ait pas atteint le score de 10% au 1er tour a permis à DELGA de refuser une véritable négociation de fusion avec sa propre liste au 2d.

Ainsi, il n'y aura pas de groupe écologiste au Conseil régional d'Occitanie en 2021-2027...sauf décision de façade d'en constituer artificiellement un à l'intérieur de la liste DELGA.

Ce score décevant a également été favorisé par la décision du PCF de rallier la liste DELGA dès le 1er tour, alors qu'il s'était allié à EELV en 2015, et par la stratégie solitaire et protestataire de LFI, initiée en 2017, et qui arrive au bout de l'impasse, avec une alliance avec le NPA qui plafonne à 5.06%...non sans susciter de forts débats en son sein.

A noter que le PCF a été bien récompensé de son ralliement, avec 15 postes d'élus contre 6 dans le Conseil sortant... Cela est-il bien représentatif de son influence actuelle ? En tout cas il ne disposera pas d'une minorité de blocage dans une assemblée dont la présidente ne comprend que le rapport de forces.

L'erreur selon moi d'EELV aura été de faire l'impasse, dans sa campagne, sur le bilan de la majorité sortante à laquelle il a participé de 2015 à 2021, et de ne s'être focalisé que sur le projet écolo pour 2021-2027; ainsi, certains électeurs n'ont pas compris les raisons d'une liste écolo autonome au 1er tour, et ont cédé au chantage au "vote utile" face à un RN placé en 1e position par les sondages.

De la même façon, il y a déficit de communication (mais cela relève en grande partie du monopole de la presse régionale par le groupe Dépêche qui a servi la version DELGA) sur les raisons de l'absence d'accord entre les deux tours. En effet la "presse DELGA" a insisté sur les questions de "places excessives" revendiquées par les écolos (pourtant en-deça de leur représentativité électorale : mais pourquoi s'embarrasser de ce genre de détail ?) par rapport à leurs résultats, alors que le désaccord a bien relevé, en réalité, du refus de toute discussion sur le fond des politiques à mener et de la volonté d'écraser toute velléité de pensée et d'action indépendantes.

Ce fonctionnement présidentialiste-autoritaire, centré sur la personne de la Présidente, est la marque d'un archaïsme qui fragilise cette apparente victoire sans appel.

D'autant que celle-ci a également été favorisée par des circonstances.

Celles-ci sont essentiellement l'abstention massive de l'électorat d'extrême-droite. Or celui-ci n'a pas disparu, et il peut ressurgir à l'occasion.

 

Sur le fond, la "gauche DELGA" est condamnée au dilemme suivant :

-ou bien elle prend au sérieux ses discours écolos et de démocratie participative, et elle devra alors remettre en question radicalement certains de ses projets et son fonctionnement autoritaire/clientéliste;

-ou bien elle reste enfoncée dans son sillon d'origine, et elle se coupera de plus en plus des aspirations écolos et partIcipatives.

 

Or, son penchant majoritaire va dans le second sens.

Il est donc de notre responsabilité de travailler, à d'autres niveaux que ce nouveau Conseil régional, tant dans d'autres enceintes de pouvoir que sur le plan associatif ou de la communication partisane, à une recomposition social-écologique et démocratique de la Gauche.

 

Recomposition de la Gauche

 

C'est bien autour du triple enjeu écologique, social et démocratique que la Gauche doit et peut se recomposer.

Pour cela, elle ne peut faire l'impasse, comme ont tenté de le faire les dirigeants régionaux du PS (et du PCF), en Occitanie, mais aussi ailleurs (Nouvelle Aquitaine, Bretagne...) sur la composante écologiste incarnée principalement par EELV.

Inversement, le "pôle écologiste"ne peut faire l'impasse sur la vieille gauche qui n'a qu'incomplètement rompu avec les modèles productiviste et présidentialiste du passé.

Ainsi, ce n'est pas autour de la personnalité d'un-e présidentiable pour 2022 que peut se construire une Gauche social-écologiste à vocation majoritaire.

Il est peut-être trop tard pour 2022, hélas, mais c'est bien sur la question du programme de gouvernement que doit porter le débat.

Or, celui-ci doit se construire d'abord localement. Et c'est bien ce qui, ça et là, commence à se structurer, comme l'ont montré certaines alliances aux élections régionales et départementales.

Poursuivre cette démarche et l'approfondir est bien la tâche de l'heure.

Car les enjeux sont là, et il faut y faire face.

Changement climatique, effondrement de la biodiversité, irréversibilité de la mondialisation, de la fin du patriarcat et de l'occidentalo-centrisme, sortie du capitalisme...Tout cela se conjugue et appelle des réponses concrètes et pragmatiques, à la fois locales, globales et réfléchies.

Réfléchies, car ce n'est pas d'une simple "croissance verte" que nous avons besoin, mais bien d'un véritable changement de civilisation porté par une politique radicale. Et cette idée ne résulte pas d'un parti pris idéologique, mais de l'observation de ce qui se passe : le système capitaliste en place ne peut s'extraire de sa triple dynamique productiviste, consumériste et extractiviste. Par ailleurs, la vieille façon de faire de la politique, basée sur le clientélisme autoritaire, est condamnée.

Il va donc bien falloir trouver les moyens d'en sortir. Et pour cela nous appuyer résolument sur les forces de vrai progrès que la dynamique-même du capitalisme a libérées : les aspirations à l'égalité, à l'autonomie et à la paix.

 

Ce n'est qu'un travail (de longue haleine) : continuons le début ! Investissons la vie associative pour nourrir les débats internes des partis. Investissons la vie des partis pour pousser aux débats de fond et au rassemblement. Et surtout, approfondissons le projet politique d'une véritable transition écologique, sociale et démocratique.

Le verre est à moitié plein : remplissons-le !

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