Paul LIDSKY Les écrivains contre la Commune

Publié le par Henri LOURDOU

Paul LIDSKY Les écrivains contre la Commune

Paul LIDSKY

Les écrivains contre la Commune

Suivi de

Des artistes pour la Commune

(La Découverte POCHE n°535, mars 2021, 238 p.)

 

 

Cet ouvrage dont la première édition date de 1970 a été réédité en 1999 avec une postface.

Sa présente réédition est très bienvenue.

Avec une grande rigueur et une modération exemplaire dans l'expression, il analyse les écrits de nombreux écrivains de façon très éclairante.

On y découvre une violence verbale outrancière qui n'est pas sans rappeler celle qu'ont déchaînée les Gilets Jaunes il y a deux ans.

A noter toutefois que les progrès de la démocratie depuis un siècle et demi ont obligé les censeurs des Gilets Jaunes à des propos beaucoup moins violents.

Car ce qui frappe d'emblée le lecteur dans les nombreux passages cités, c'est l'extraordinaire violence des propos, qui accompagne d'ailleurs l'extraordinaire violence de la répression.

De la même façon, si la répression policière du mouvement des Gilets Jaunes a dépassé les limites de ce qui est aujourd'hui considéré comme notre Etat de Droit, celle, carrément militaire, à l'encontre de la Commune se situe dans un registre bien supérieur.

Il faut cependant considérer la profonde différence de contexte : après une guerre d'invasion et un siège de Paris qui a duré de la mi-septembre 1870 à début mars 1871, la Commune fut un mouvement insurrectionnel armé contre le gouvernement élu réfugié à Versailles. La guerre civile qui en résulta opposa la Garde nationale parisienne composée de volontaires recrutés durant le siège à l'Armée vaincue par les Prussiens, dirigée par des militaires professionnels.

Ce fut, comme en juin 1848, une véritable "guerre de classes" opposant la classe des possédants à celle des prolétaires.

Ce sont bien alors deux mondes qui n'ont presque rien en commun qui s'affrontent.

 

Aujourd'hui nous n'en sommes plus là en France : il y a bien un monde commun entre Macron et ceux qui ne l'ont brûlé qu'en effigie, celui d'un mode de vie consumériste et d'une communication omniprésente.

Mais aussi, un partage de valeurs alors représentées par la seule Commune : celui de l'égalité des droits et de la fin de l'Autorité et de la Tradition.

Aujourd'hui les Communards apparaissent comme des pionniers, et leurs adversaires comme d'affreux réactionnaires. Et l'auteur remarque qu'il n'aura fallu pour cela qu'une vingtaine d'années : le temps pour la société de s'acclimater à la République démocratique.

Ainsi, de furieux anti-Communards comme Anatole France et Emile Zola deviennent, trente ans après, des Dreyfusards convaincus.

Alors que d'autres s'enfoncent dans la nostalgie d'un Ordre révolu, et vont rejoindre l'autre camp, auprès de la majorité des officiers supérieurs de l'armée. Celle-là même qui réprima la Commune et déploie ses talents massacreurs dans les conquêtes coloniales.

Troublante ambigüité d'une époque qui n'eut de Belle que le nom.

 

Toujours est-il que l'analyse sémantique et stylistique des écrits anti-Communards fait apparaître, tant chez les écrivains de renom (Flaubert, Sand, les frères Goncourt, A Daudet, A Dumas fils...) que chez les écrivains oubliés une grande convergence. Elle n'est pas sans rappeler les thématiques racistes, ici appliquées à la "race ouvrière et déclassée des artistes et journalistes dépravés", avec une mention spéciale pour la misogynie la plus éhontée.

Cela passe par l'animalisation et le stéréotypage de personnes réduites à des objets de peur et de haine.

 

Après une telle épreuve, l'auteur offre une bouffée d'air frais en mettant heureusement en avant les artistes très nombreux qui ont participé à ou soutenu la Commune, contrairement à leurs confrères écrivains.

Certains, là aussi, sont très connus, comme Gustave Courbet; mais d'autres, qui ont pour beaucoup souffert de la répression et de la censure qui ont duré une bonne dizaine d'années, sont des découvertes.

C'est ainsi que je découvre Charles-Romain Capellaro en tant qu'auteur de la sculpture qui constitue mon "avatar" : la République des droits de l'homme, inaugurée à Pézenas le 14 juillet 1887, et dont il existe plusieurs reproductions, notamment à Aurillac :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Romain_Capellaro

 

Bref , une lecture roborative.

Publié dans Histoire

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