Khaled KHALIFA "Eloge de la haine"

Publié le par Henri LOURDOU

Khaled KHALIFA "Eloge de la haine", roman traduit de l'arabe (Syrie) par Ramia SAMARA, Sindbad-Actes Sud, mai 2011, 328 p (Edition originale au Liban en 2008).

 

Selon la 4e de couverture, Khaled KHALIFA est né à Alep en 1964; après des études de Droit, il se consacre à l'écriture. Scénariste réputé de plusieurs films et séries télévisées, il a publié jusqu'en 2011 trois romans qui l'ont placé parmi les écrivains syriens les plus reconnus.

 

Sa notice wikipédia en français ne comportant pas de notice biographique, j'ai eu recours à la notice en anglais : elle précise qu'il a passé 13 ans à écrire "Eloge de la haine" (le titre français est la traduction littérale du titre arabe : Madih al-karahiya). Le livre publié initialement à Damas en 2006, mais rapidement interdit, est donc republié en 2008 à Beyrouth. KHALIFA a déclaré que cette interdiction d'origine bureaucratique ne représentait pas les plus hauts niveaux du gouvernement et il a joué le jeu de négociations entre les artistes et les autorités syriennes pour faciliter la liberté d'expression. Son oeuvre n'a pas pour but de défendre quelque idéologie politique que ce soit. En réponse à des questions sur ce livre il répond qu'il l'a écrit en défense du peuple syrien et pour protester contre les souffrances qu'il a endurées en raison des dogmes religieux et politiques qui ont tenté de nier sa civilisation vieille de dix mille ans.

Son 4e roman, "Pas de couteaux dans les cuisines de cette ville" [« La sakakin fi matabikh hadhihi al-madina »], trad. de Rania Samara, Arles, France, Sindbad/Actes Sud, coll. « La bibliothèque arabe. Les littératures contemporaines », 2015 , 240 p, est paru en 2013 au Caire. Son sujet est "le prix qu'ont payé les Syriens sous le pouvoir du parti Baas" depuis qu'il a été présidé par Bachar AL-ASSAD. Il a gagné le prix Naguib MAHFOUZ de littérature.


 

"Eloge de la haine", dont la narratrice est une jeune fille de la bourgeoisie commerçante traditionnelle d'Alep, met en scène les deux forces qui se sont affronté tout au long des années 1980 en Syrie : l'islamisme radical des "Frères musulmans" et le régime baasiste appuyé sur la communauté alaouite.

Ces deux forces ne sont pas nommées explicitement dans le roman, pour des raisons que la notice biographique précédente explique aisément.

A travers l'itinéraire personnel de son héroïne, on peut percevoir le passage de la tradition à la modernité. Mais aussi les différents avatars de l'islamisme radical de ces années 80, entre le Liban, Londres et l'Afghanistan, ainsi que les visages de la répression imposée par le régime d'Assad père (qui touche également les "marxistes"); mais surtout les impasses de la haine communautariste dont l'héroïne s'émancipe en prison au contact des autres victimes de la répression.

Un roman profus, aux personnages multiples (on s'y perd un peu parfois dans les dédales de la nombreuse parentèle de l'héroïne -qui n'est, elle non plus jamais nommée), mais par là-même d'une grande richesse. Il montre notamment bien le lien entre frustration sexuelle et développement de la haine porteuse de violence extrême.

Une clé utile donc pour comprendre mieux le déchaînement de violence depuis 2011 dans ce pays déjà marqué par les affrontements violents.

En sortir suppose une émancipation des modèles traditionnels, dont la narratrice nous donne l'exemple.

Les déplacement massifs de population y contribueront-ils ? C'est aussi un des enjeux de l'accueil et de l'intégration des exilés.

 

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