Deux chantiers prioritaires (6) : conclusion générale

Publié le par Henri LOURDOU

Deux chantiers prioritaires pour refonder la démocratie :

-la réforme constitutionnelle (6e République)

-la démocratisation de l'Europe

 

6-Conclusion générale

 

-La réforme constitutionnelle est-elle (encore) à l'ordre du jour ?

Daniel Cohn-Bendit aurait-il raison de dire : "Tous ceux qui croyaient qu'une VIe République était l'une des conditions du changement, moi compris, se sont trompés. C'est exactement le contraire." ("Le 1" n°160 du 21-6-17) ?

Apparemment, le profond renouvellement des députés ouvre une fenêtre d'opportunité pour un changement des habitudes parlementaires.

Mais cela sera-t-il dans le sens d'une vraie République parlementaire où l'Exécutif ne contrôle pas le Législatif ?

C'est bien sûr ce que souhaite Cohn-Bendit, et que nous souhaitons comme lui. Mais bien des choses militent au contraire dans le sens d'un renforcement du pouvoir de l'Exécutif. L'élection du Président, acquise avec un taux d'abstention inférieur à celui des élections législatives; l'effet induit de cette élection sur celle des députés (la "vague macronienne") : ceux-ci ne lui doivent-ils pas tous, ou presque, leur élection ; la pratique des institutions depuis 1958; et jusqu'au caractère composite, pour ne pas dire hétérogène, de la nouvelle majorité parlementaire, dont l'unité ne peut être garantie que par l'arbitrage présidentiel. Sans parler de l'opposition agressive et systématique des députés LFI et FN, éventuellement rejoints par ceux du PS, transformant tout débat possible en affrontement manichéen entre le Bien et le Mal.

Face à tous ces facteurs, ne peuvent peser que la volonté de débattre vraiment des jeunes néo-députés, l'écho favorable que cela peut rencontrer chez les électeurs, et la volonté du Président lui-même de favoriser le débat. C'est bien peu. On peut espérer que cela se mette effectivement en place, mais rien n'est moins sûr.

 

Faut-il alors considérer que ce blocage du débat va réactiver la question constitutionnelle ?

Là aussi rien n'est acquis. Un verrou intellectuel puissant pèse pour empêcher d'aborder la question cardinale de l'élection du Président au suffrage universel direct. Beaucoup, y compris parmi les partisans théoriques d'une République parlementaire, persistent à penser que "le peuple ne voudra jamais revenir sur cet acquis".

Je persiste quant à moi à m'inscrire en faux contre cette idée : je récuse que cette élection soit un "acquis démocratique", et je suis d'accord avec Gille Le Châtelier pour dire que cette élection constitue au contraire le principal obstacle à l'avènement d'une vraie démocratie en France.

Plus nous serons à le dire clairement, plus l'idée finira pas être examinée et finalement adoptée par le plus grand nombre.

Au-delà de cette question principielle, les réformes annoncées par E.Macron dans son discours au Congrès de Versailles du 3 juillet (réduction du nombre de parlementaires, introduction d'une dose de proportionnelle, réduction du cumul dans le temps à 3 mandats, suppression de la Cour de Justice de la République et du siège de droit des anciens présidents au Conseil Constitutionnel) vont bien sûr dans le bon sens. Et nous ne devons pas hésiter à les soutenir (sous réserve, en ce qui concerne la proportionnelle, qu'elle ne déforme pas outrageusement l'état de l'opinion).

Mais ces réformes ne prendront tout leur sens que dans le cadre d'une véritable République parlementaire témoignant d'une démocratie adulte, capable de gérer elle-même ses nécessaires compromis sans passer par l'arbitrage "jupitérien" d'un président tout-puissant.

-La démocratisation de l'Europe : à quelles conditions ?

La plupart des commentateurs l'ont souligné : un pré-requis à toute avancée en ce sens est la bonne entente franco-allemande. Or l'élection de Macron constitue un signe positif à cet égard.

Mais cette condition nécessaire n'est pas suffisante. La mobilisation de la société civile européenne contre tous les replis nationalistes et xénophobes et pour une relance du "projet européen" est indispensable. Des signes encore ténus existent, représentés par l'émergence des mouvements "Pulse of Europe" ou Diem 25 par exemple. Mais aussi tous les mouvements d'aide et de soutien aux exilé-e-s à travers tout le continent, et plus largement tous les mouvements de promotion des droits humains et de la paix.

Car les forces régressives sont aussi à l'oeuvre, que ce soit au sommet des Etats (Hongrie, Pologne) ou dans la société.

Combattre ces forces et donner visibilité aux projets de démocratisation de l'Europe est un impératif vital et urgent.

 

-Sur quelles forces politiques s'appuyer ?

Malgré l'évidence d'une atomisation de la gauche en France, suite aux dernières élections, je persiste à penser qu'il existe une base puissante à un rassemblement d'une gauche écologique, démocratique et européenne.

En témoigne dernièrement l'analyse du dernier sondage annuel "Fractures françaises", mené depuis 2013 par Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et Sciences Po ("Le Monde", mardi 4 juillet 2017).

Il montre notamment, et conformément à ce que la dynamique des reports de voix entre les deux tours des législatives de juin laissait penser, que l'électorat de la France Insoumise n'est pas conforme au discours populiste des dirigeants de ce parti. Et qu'en particulier, contrairement à ce que ce discours tente de laisser croire, l'électorat du FN est imperméable aux tentatives de "reconquête" par ce parti. Le discours subliminalement nationaliste de LFI, et notamment son discours anti-UE, n'est pas validé par ses propres électeurs : "88% des "insoumis" (électeurs de JLM) contre 44% des "frontistes" (électeurs de MLP) veulent que la France reste dans l'euro; mieux encore, 59% des premiers contre 17% des seconds estiment que l'appartenance à l'UE est une bonne chose". Et ceci n'est qu'un des éléments séparant radicalement ces deux électorats : car il en est de même sur le constat d'un "déclin" de la France (validé par les "frontistes" et refusé par les "insoumis), sur la confiance à l'autre et l'accueil des étrangers, sur l'autorité et la démocratie, sur la solidarité et "l'assistanat".

Cette césure profonde trace également une convergence tout aussi profonde entre tous les électorats de gauche : les électeurs de Benoît Hamon, et une partie de ceux d'Emmanuel Macron sont très certainement sur les mêmes bases.

 

Donc le socle sociologique et culturel existe. Il aurait gagné à être précisé sur la question écologique. Mais nous avons pu constater que seules les candidatures Macron, Mélenchon et Hamon ont porté cette problématique (avec un plus pour les deux dernières).

Il reste donc à trouver la bonne formule politique pour traduire ces convergences.

Cela passe dans un premier temps par une lutte idéologique sans merci contre les schizophrénies macronienne et mélenchonienne. Et par un rassemblement des écologistes qui doivent constituer le coeur de cette recomposition politique encore à venir.

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