Deux chantiers prioritaires (5) : Démocratiser l'Europe, comment ?

Publié le par Henri LOURDOU

Deux chantiers prioritaires pour refonder la démocratie :

-la réforme constitutionnelle (6e République)

-la démocratisation de l'Europe

 

Ces deux chantiers sont la condition d'une réhabilitation de la démocratie dans notre pays. C'est pourquoi ils sont prioritaires.

Je me propose d'approfondir ces deux questions dans une série d'articles.

 

5- Démocratiser l'Europe : comment ?

 

1.1- L'analyse d'EELV ("Bien vivre.Programme pour le temps qui viennent". Éd Les Petits Matins, février 2017, p 184 ).

"Dans un premier temps, dès 2017, les écologistes proposent une grande Convention pour l'Union européenne. Cette Convention, qui pourrait être sollicitée par la France, permettrait d'engager de profondes réformes sans attendre une refonte des traités, afin de mettre fin à la paralysie des veto, d'améliorer l'engagement des citoyens et de permettre à l'Union d'agir dans un certain nombre de domaines essentiels.

Dans un second temps, nous devons répondre à la crise des dettes européennes et créer les moyens d'une véritable solidarité, notamment au sein de la zone euro et entre les citoyen-ne-s.

Enfin, nous appelons à faire des élections européennes de 2019 une Constituante européenne, visant à faire de l'Union un véritable projet politique reposant sur la démocratie, l'écologie et la solidarité, plutôt qu'un projet seulement économique."

 

1.2- L'analyse de LFI ("L'avenir en commun. Le programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc MÉLENCHON". Éd du Seuil, décembre 2016, p 81 et 83).

"Pour appliquer notre programme, il nous faudra (...) désobéir aux traités dès notre arrivée au pouvoir, par des mesures de sauvegarde de la souveraineté du peuple français.(...)

La sortie des traités européens s'impose à nous. Ce sera nécessairement un rapport de force, notamment avec le gouvernement allemand. Nous proposons donc une stratégie de gouvernement en deux temps avec un plan A et un plan B en cas d'échec du plan A. Le plan A, c'est la sortie concertée des traités européens par l'abandon des règles existantes pour tous les pays qui le souhaitent et la négociation d'autres règles. Le plan B, c'est la sortie des traités européens unilatérale par la France pour proposer d'autres coopérations."

 

1.3- L'analyse de Stéphanie HENNETTE, Thomas PIKETTY, Guillaume SACRISTE et Antoine VAUCHEZ ("Pour un traité de démocratisation de l'Europe", Le Seuil, mars 2017, p 11-12.)

"On ne fera sans doute pas l'économie d'une remise à plat de l'ensemble du "projet européen". Mais, sur ce chemin qui risque d'être encore long, la création de l'Assemblée de la zone euro fait figure de nom de code d'un combat politique et culturel plus large pour démocratiser le "projet européen" et réorienter le sens des politiques conduites en son nom. Comme on le montre dans le traité de démocratisation de la zone euro (T-Dem), il est possible d'agir vite sans passer par une très improbable révision générale des traités européens à 27, et d'ouvrir des brèches démocratiques à l'intérieur même du bloc exécutif européen. A charge pour le contre-pouvoir populaire des partis et des mouvements sociaux de s'en saisir pour réouvrir les tranchées de la politique européenne et nous arracher ainsi à l'alternative délétère entre un repli national impuissant et le statu quo des politiques économiques bruxelloises."

 

Conclusion :

Il nous semble clair qu' EELV et les auteurs du projet de traité de création d'un Parlement de la zone euro sont les seuls à proposer un chemin crédible et réaliste de démocratisation de l'UE.

Car, sous leurs dehors de matamores, JLM et LFI représentent le parti du renoncement à l'Europe. Un renoncement que le peuple, dont ils proclament représenter "la force", va être le premier à payer. Un renoncement qui abandonne toute solidarité effective avec les autres peuples, à commencer par le peuple grec écrasé sous l'austérité par un exécutif de la zone euro sans contrôle.

Car leur "plan A" n'est que rhétorique : leur vrai programme c'est le plan B de sortie unilatérale de la France de l'UE...sans aucune perspective derrière de vraie refondation de l'UE à court ou moyen terme.

De cela, il faudra bien débattre si l'on veut reconstruire une opposition de gauche écologiste rassemblée à vocation majoritaire.

 

PS  : Après deux jours de randonnée en montagne passés en partie à discuter avec deux amis sympathisants de LFI, notamment sur ce sujet, il me faut préciser pourquoi je dis abruptement que le vrai programme de LFI est le plan B et non le plan A. En effet, les conditions politiques posées au départ (sortie concertée des traités pour tous les pays qui le souhaitent et renégociation dans la foulée de nouveaux traités) sont particulièrement irréalistes : en radicalisant d'emblée les choix, elles ne contribueraient qu'à isoler la France donc à provoquer ipso facto la mise en place du plan B.

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