Carlos SPOTTORNO et Guillermo ABRIL "La fissure"

Publié le par Henri LOURDOU

Carlos SPOTTORNO et Guillermo ABRIL

"La fissure"

(Gallimard-Bande dessinée, 2017, 169 p)

 

Il ne s'agit pas à proprement parler d'une BD puisque les images sont en fait des photos de Carlos Spottorno, soumises à un "traitement chromatique", "certaines ont été retournées, leur horizon redressé et les distorsions optiques corrigées , afin de favoriser la narration visuelle" (p 168).

Elles sont issues de reportages effectués par Guillermo Abril et Carlos Spottorno pour le magazine "El País Semanal", supplément illustré du quotidien madrilène "El País", un peu l'équivalent de "M" le magazine du "Monde", entre 2014 et 2016.

 

Le sens du titre nous est donné p 108-109 (on est le 13 novembre 2015) : "Carlos est en train de dîner à Paris quand un serveur signale qu'une fusillade a éclaté à quelques rues de là (...) Il m'écrit.(...) je lui dis : "C'est la fissure".

Cela fait quelques temps que nous y réfléchissons. En suivant la frontière extérieure, la grande fissure, nous avons trouvé des dizaines d'entailles dans le rêve européen. C'est l'immense faille des réfugiés; les brèches du nationalisme, la fermeture des frontières et l'ombre du Brexit; le populisme et l'islamophobie; la crise qui a opposé le Nord et le Sud; la fêlure d'un bloc de l'Est qui considère Bruxelles comme une nouvelle Moscou; les cassures de la Syrie, de l'Irak, de la Libye. Et puis il y a la Russie, une énorme crevasse sur laquelle nous voulons à présent nous pencher.

"Il y a une fissure principale, et d'autres plus petites. Elles sont toutes reliées, me disait Carlos peu avant les attentats. Si on ne les répare pas, toute la structure va s'effondrer."

La structure, c'est l'Europe. Ses soixante-dix années de paix. La liberté. L'absence de frontières. Tout ce qui fait d'elle cet endroit que veulent atteindre ceux qui fuient la barbarie."

Bon résumé.

 

L'enjeu est bien là. Sauver l'Europe, et non élargir la fissure par des postures démagogiques et nationalistes.

Et dans cette fissure, la dernière faille est celle ouverte par l'annexion de la Crimée par la Russie et la guerre en Ukraine : elle a réveillé l'angoisse des petits pays frontaliers face au puissant voisin russe qui augmente inexorablement depuis 2012 ses dépenses militaires.

Significativement, le livre se termine par une visite à quatre des pays les plus sensibles à cette menace : Ukraine, Lituanie, Estonie et Finlande.

Et non moins significativement, nos deux reporters trouvent à la frontière finlandaise, arrivés dans la même Lada, une famille afghane (deux parents et leurs trois garçons) et un couple camerounais...(photo finale des p 166-167).

Publié dans Europe, Immigration

Commenter cet article