Face aux schizophrénies macronienne et mélenchonienne

Publié le par Henri LOURDOU

Face aux schizophrénies macronienne et mélenchonienne,

la nécessité d'une démarche cohérente et réaliste.

 

Dans "Libération" des 24 et 25-6, et dans "L"Humanité" des 23-24 et 25-6, on trouve matière à illustrer la schizophrénie ahurissante qui caractérise ces deux courants politiques...mais qui "en même temps", et paradoxalement en apparence, fait leur succès respectif. Le paradoxe n'est qu'apparent : cette schizophrénie répond à des besoins de simplification de la réalité pour ne pas avoir à affronter la complexité des problèmes. Elle répond donc à la "fatigue démocratique" qui caractérise le moment présent. Mais elle ne fait pas pour autant disparaître les problèmes à traiter...

 

Macron et l'immigration : schizophrénie ou hypocrisie ?

 

La politique migratoire du président Macron est illustrée par la "une" de "Libé" : une photo pleine page montrant un réfugié noir de face, à genoux sur la chaussée et les mains levées, face à un policier de dos lui faisant signe de rester immobile de la main gauche (le cadrage ne permet pas de voir la main droite et ce qu'il a éventuellement dedans). Cette photo illustre le titre : "Macron et les réfugiés" complété en très gros caractères par la citation "les accueillir, c'est notre honneur".

Pour ceux qui n'auraient pas compris l'ironie de ce montage, le titre est surmonté d'un "chapeau" : "Le discours du Président à Bruxelles contredit la position de fermeté que le ministre de l'Intérieur a exprimée le même jour à Calais."

 

C'est peu dire que de parler de contradiction. Il s'agit carrément d'une opposition totale, qui témoigne d'une hypocrisie flagrante.

De fait, le Ministre de l'Intérieur, le ci-devant socialiste Gérard Collomb, a non seulement déclaré la guerre aux migrants, mais surtout à toutes les associations désireuses de leur porter de l'aide et , implicitement, au Défenseur des Droits, Jacques Toubon, qui vient de sommer le gouvernement de faire preuve du minimum d'humanité exigible, face à la situation dramatique de certains exilés arrivants.

C'est ce qu'expliquent largement les pages 2 à 6 du journal.

Face à cette évidence, le discours officiel du "devoir d'accueil" ne tient que par la promesse conjointe d' "en même temps" accélérer les procédures de demande d'asile...pour pouvoir expulser plus vite et plus efficacement les déboutés. Cette promesse cependant ne vaut que si accélération ne signifie pas "traitement dégradé" de demandes qui sont déjà instruites de façon souvent bien cavalière, avec un taux de refus qui reste un des plus élevés d'Europe, sans aucune raison objective pour le justifier.

De plus, cette promesse ne concerne pas les exilés du Calaisis, qui ne veulent pas demander l'asile en France...mais au Royaume uni ! La vraie réponse à ce problème, on le répète, est de renégocier le traité du Touquet en obtenant le libre accès de tous les demandeurs d'asile au Royaume Uni.

Le discours -inhumain- de Gérard Collomb est plus clair : il refuse toute structure d'accueil d'urgence, et même tout dispositif d'aide à la survie, dans le Calaisis. Dépassant en cela les sommets atteints sous le quinquennat de Sarkozy.

Au fond, la vraie cohérence est là : dans cette inhumanité assumée et qu'il va falloir combattre sans faiblir.

A cette cohérence-là, opposons celle de notre réalisme : la vague migratoire ne sera pas arrêtée, et il convient de l'accompagner au mieux de façon humaine, pour éviter ou limiter les violences de toute sorte.

 

Mélenchon et le rassemblement : un logiciel à revoir

 

A côté de cela, la schizophrénie mélenchonienne peut paraître secondaire ou anecdotique.

Elle n'en engage pas moins l'avenir de l'opposition de gauche à ce gouvernement.

C'est pourquoi il importe également de la souligner.

Nous la trouvons clairement exprimée dans la contribution d'Eric Coquerel, député LFI nouvellement élu de Seine Saint-Denis, dans l'ensemble réuni par "L'Huma" autour de la question : "De quelle gauche avons-nous besoin ?"

En effet, celui-ci, après les contributions de MP Vieu (PCF), F Carrey-Conte (PS) et S Rousseau (EELV), expose ainsi sa vision de l'avenir de la gauche.

Tout d'abord, "Il y a (...) la possibilité, et la nécessité de voir naître un nouveau front populaire, politique, social et écologique".

Fort bien, dira-t-on. La référence au Front Populaire évoque en effet une expérience positive de rassemblement de la gauche autour d'un programme de progrès social, qui a marqué fortement notre Histoire.

Mais hélas, la suite montre une conception du rassemblement très étrange. Celui-ci, en effet, doit se faire exclusivement dans LFI (La France Insoumise), car celle-ci "a tous les moyens pour être le cadre de recomposition de notre espace politique au service de la révolution citoyenne". Bien entendu, il n'est question de ne forcer personne : "cette recomposition passe par le dépassement progressif et volontaire des structures anciennes." Cependant, la dernière phrase de Coquerel admet en creux la violence que porte cette stratégie qui, en réalité, nie le pluralisme inhérent à la gauche (et plus largement, mais c'est un autre débat, déjà abordé ailleurs, concernant l'idéologie populiste revendiquée par LFI, à la démocratie elle-même). Il conclut en effet : "Ce n'est faire injure à personne [si, justement !], ni surtout aux idées que chacun de nos courants portent [comment pourront-elles encore exister dans ce nouveau cadre unique créé et contrôlé par un seul courant ?] et qui gagneront en audience dans un mouvement de masse, de dire que le moment est venu de cette audace."

D'une telle conception du rassemblement, on ne peut attendre qu'une guérilla permanente intestine à la gauche, qui obère et non favorise la mobilisation citoyenne.

Enterrer cette conception, ou en tout cas en réduire la prétention, est un pré-requis à tout véritable rassemblement.

Et ce d'autant plus qu'une analyse des deux tours des récentes législatives montre clairement :

  1. Que LFI n'a pas mobilisé de nouveaux électeurs, mais obtenu le transfert des voix d'électeurs PS ou PCF essentiellement;

  2. Qu'au 2d tour, les élus LFI l'ont été grâce au bon report des voix PS, PCF et EELV du 1er tour, malgré une abstention renforcée, spécialement sensible dans ce cas de figure;

  3. Qu'inversement, les voix LFI du 1er tour se sont massivement portées sur les candidats PS opposés à un candidat LRM au 2d tour....mais aussi sur les candidats LRM opposés à un candidat FN au 2d tour, alors que par contre les voix LR se sont dans ce cas massivement portées sur le candidat FN.

 

Autrement dit que le clivage Gauche/Droite persiste et que la demande d'union des gauches et des écologistes et de rassemblement antifasciste est bien portée par les électeurs. Ce qui laisse bien sûr entière la question de l'abstention : sera-t-elle ou non résolue par une vraie dynamique de rassemblement ? Encore faut-il commencer par réaliser celle-ci.

 

PS : Schizophrénie écolo, cohérence et réalisme

 

On nous accuserait à juste raison de "ne pas balayer devant notre porte", si nous n'évoquions pas notre propre schizophrénie quant à la présence et à l'action de Nicolas Hulot au sein d'un gouvernement auquel nous nous opposons.

Nous avons en effet salué sa nomination et l'avons assuré de notre soutien : schizophrénie, là aussi ?

 

Hiérarchie des priorités et cohérence

 

Notre soutien à Nicolas Hulot s'appuie sur le double argument de l'urgence écologique et de la priorité absolue de la lutte contre le changement climatique.

Il n'a de sens que si ce gouvernement prend effectivement en compte ce double aspect des choses. Et s'il le fait, la cohérence de son action exigera d'autres réorientations : sur le social, sur l'éducation, sur la santé, sur la politique migratoire et la sécurité, la politique étrangère et de défense... En attendant, nous sommes fondés à combattre ses orientations qui ne vont pas dans le bon sens.

 

Comment expliquer la contradiction ?

 

Bien évidemment, et comme souvent, la position écolo n'est pas simple. Elle demande une grande clarté dans les arguments et dans la façon dont ils sont exposés.

  1. L'urgence est climatique : agir dès aujourd'hui sur ce terrain est primordial.

  2. La présence de Nicolas Hulot au gouvernement au poste qu'il occupe est un levier pour agir en ce sens.

  3. Son action doit donc être soutenue chaque fois qu'elle nous fait avancer dans la bonne direction en expliquant pourquoi cela va dans le bon sens.

  4. Cela ne vaut pas quitus à tous les autres aspects de la politique gouvernementale qui ne nous semblent pas cohérents avec ce qu'implique cette priorité.

  5. Nous combattrons donc tous ces aspects chaque fois que nécessaire en expliquant pourquoi ils nous semblent néfastes.

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