Sortir des clichés pour défendre nos valeurs

Publié le par Henri LOURDOU

Avenir du travail, des loisirs et de la protection sociale :

 

Sortir des clichés pour défendre nos valeurs.

 

 

Il est plus que jamais nécessaire que la gauche actualise son projet au lieu de passer son temps à se chamailler et à jouer à "plus radical que moi tu meurs"/"plus pragmatique que moi y a pas". Ce qui nous donne la pantalonnade du "Mélenchon/Marcon circus". Désolé pour les partisans inconditionnels de ces deux estimables leaders, mais il me semble qu'il y a mieux à faire qu'à rejouer le Nième épisode de la "guerre des gauches".

 

Rien qu'en lisant l'Humanité et le Figaro de ce jour, journaux que je n'achète qu'au lendemain des grandes élections, je trouve deux sujets de réflexion pour une gauche qui voudrait aller de l'avant.

Encore faut-il avoir envie de réfléchir... La suite ne concerne donc que ceux-celles qui ont cette envie.

 

L'avenir du sport-spectacle

 

Dans l'Huma du 24-4-17 donc, une passionnante entrevue avec le co-auteur du livre "La société dopée. Peut-on lutter contre le dopage sportif dans une société de marché ?"(Le Seuil, 220 p, 17 €), Jean-François BOURG (l'autre est Jean-Jacques GOUGUET).

Chercheur au centre de droit et d'économie du sport de Limoges, F.BOURG met d'abord en pièces la pseudo-lutte du mouvement sportif international contre le dopage : "c'est comme si, aux assises, les jurés étaient de la famille du présumé coupable".

D'où le bilan squelettique de l'AMA (Agence Mondiale Antidopage).

 

Par ailleurs, il met en évidence le fait que le dopage est consubstantiel à un système basé sur la course à la performance et orienté vers le spectacle marchand.

 

Il en découle que les dégâts humains provoqués par ce système n'ont rien d'accidentel mais sont structurels.

Il ne sert à rien de regretter le "cupidalisme", conjugaison de la cupidité et du capitalisme qui s'est emparé du sport, en une course vers l'abîme que rien ne peut arrêter.

Il faut, comme il dit , "changer de logiciel". C'est-à-dire rompre avec le sport professionnel et revenir au jeu, au sport amateur, au vivre-ensemble, au partage.

 

Cela suppose un minimum de courage politique : comme par exemple de stopper les subventions publiques aux clubs professionnels. Lorsque j'étais conseiller municipal de Tarbes entre 2008 et 2014, j'étais le seul élu à refuser de voter ces subventions sous la risée ou l'apitoiement général : il y a donc là un vaste chantier à ouvrir pour une gauche rénovée. Encore faut-il ouvrir le débat.

 

L'avenir du travail

 

La révolution numérique transforme les conditions d'exercice du travail dans des proportions encore sous-estimées.

C'est ce que nous permet d'appréhender une note de lecture du supplément "économie" du Figaro du 24-4-17 (les fameuses "pages saumon").

Il y est question d'un rapport de "France Stratégie" (nouveau nom de ce qui reste de feu le Commissariat au Plan, devenu ensuite la Datar) : "Imaginer l'avenir du travail. Quatre types d'organisation du travail à l'horizon 2030", rédigé par Salima BENHAMOU.

Dans son résumé , la journaliste du Fig-éco, Anne de Guigne, parle de "quatre hypothèses bien documentées" : et elle cite l'auteure pour en préciser la validité. "Ces différents scénarios ne sont pas exclusifs les uns des autres : plusieurs types d'organisation continueront vraisemblablement de coexister, la question étant de déterminer leur poids respectif."

Le premier scénario, est celui du "boom de l'organisation apprenante".

Il repose sur l'idée que des entreprises ou l'autonomie des travailleurs est faible et les tâches répétitives pourraient, grâce au numérique, enrichir le contenu du travail en permettant aux travailleurs de recueillir et transmettre facilement de l'information. L'exemple donné est celui des services à la personne, où les salariés pourraient être amenés à transmettre des informations essentielles vers les organisations de santé.

Deuxième scénario, celui de la "plateforme collaborative virtuelle".

Appliqué plutôt à des secteurs "d'activité à forte valeur ajoutée" (recherche et conception, marketing), il consiste en une mise en réseau d'un collectif éclaté avec éventuellement une externalisation de parties.

Les 3e et 4e scénarios sont, selon les mots-mêmes de Anne de Guigne, "inquiétants" car "leur émergence minerait la cohésion sociale du pays en fragilisant les fondamentaux de la protection sociale française".

Le troisième scénario est en effet celui du "super-intérim" pour "les secteurs qui connaissent des pics de demande de courte durée" : il conduirait à la disparition du salariat. C'est le modèle "Uber".

Le quatrième est du même type mais pour les activité productives, alors que le précédent s'applique aux services. C'est celui du "taylorisme new age" : une nouvelle forme de travail à domicile à travers la connection Internet.

 

Ainsi l'on voit l'enjeu qu'il y a pour tous les syndicats, mais aussi les partis qui font les lois, à se saisir de ces perspectives.

 

Il faut regretter que la "loi Travail" et ses conditions calamiteuses de (non)mise en débat, n'aient pas permis d'initier cette réflexion collective.

 

Inventer les nouvelles formes de protection des travailleurs demande peut-être un effort un peu plus grand que la diabolisation de la seule organisation syndicale qui a commencé le boulot, à savoir la CFDT.

Revisiter le contenu réel de cette loi n'est peut-être pas inutile pour ceux qui auraient un minimum de curiosité intellectuelle.

http://travail-emploi.gouv.fr/grands-dossiers/LoiTravail/quelles-sont-les-principales-mesures-de-la-loi-travail/article/la-loi-travail-a-l-ere-du-numerique

 

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