Raphaël GLUCKSMANN "Notre France"

Publié le par Henri LOURDOU

Raphaël GLUCKSMANN "Notre France

-Dire et aimer ce que nous sommes", Allary éditions,

novembre 2016, 260 p.

 

Ce livre résume excellemment ce que j'essaie de dire depuis 2005

  1. Que la crise de légitimité dont le "non" au TCE a été le symptôme ne saurait se résoudre dans le repli national-souverainiste, mais à l'opposé dans une avancée démocratique vers la République européenne dans une optique cosmopolitique.
  2. Que la France invoquée par tous les néo-réactionnaires n'est pas la nôtre. Car notre France est universaliste et "droitdel'hommiste" sans complexe.
  3. Que l'appel au consensus ou au dépassement du conflit Droite/Gauche est une illusion.

L'intérêt propre du livre est de s'appuyer, pour affirmer cela, sur des figures et des moments-clés de notre histoire nationale. Ce faisant, il illustre bien que le post- ou méta-national ne s'oppose pas au national, mais l'intègre en le dépassant. En cela, il s'oppose à nos amis libertaires ou d'extrême-gauche qui se disent "sans patrie ni frontières" : un raccourci démenti chaque jour par les événements, et qui les met en réalité à l'extérieur ou en marge de l'histoire qui se fait.

Il me plaît beaucoup qu'il commence par le Roman de Renart et qu'il continue par Rabelais, Montaigne, Descartes, Voltaire et Hugo. S'il intègre Molière et Racine, il aurait pu ajouter Pascal, La Fontaine et Stendhal (seuls oublis majeurs à mes yeux parmi nos grands classiques). Cela n'aurait pas nui au propos, bien au contraire.

Nonobstant, la démonstration est claire, bien écrite, et suffisamment nourrie pour emporter l'adhésion.

Dans sa conclusion, Raphaël GLUCKSMANN donne un exemple de ce que pourrait être une politique de "notre France" en plaidant pour un "service civique universel". Il critique F.Hollande pour pour ne pas être allé au bout de l'idée, en ne créant qu'un service basé sur le volontariat.

Et il frappe juste : ce service civique en effet pourrait être la mesure symbolique qui impose la mise en place du revenu universel pour les 18-25 ans annoncée comme première étape dans le programme de Benoît HAMON.

A condition bien sûr d'en préciser les contours. Car il ne saurait constituer un "bouche-trou" au désinvestissement de l'Etat, mais devrait au contraire constituer un encouragement à l'initiative associative face aux nouveaux défis de notre époque (environnementaux, technologiques, humains) dans le sens de la solidarité et de l'accès universel aux droits.

Cela suppose d'entrer dans le débat politique armés de nos valeurs : l'heure de la contre-offensive face aux néo-réactionnaires est venue.

Il est temps, en effet, de dire que notre France n'est pas la leur : qu'elle est cosmopolite, universaliste, révolutionnaire, européenne, existentialiste, mais aussi rabelaisienne, cartésienne, voltairienne et philosophique.

Je vous laisse le plaisir de re-découvrir pourquoi en lisant ce livre.

Ce n'est qu'un début : continuons le combat !

 

Notre France est universaliste : "L'homme ne se libèrera de ses chaînes physiques et mentales qu'en les brisant d'un coup de hache conceptuel. Ce coup de hache est donné par les élus du peuple français pour tous les hommes en ce 26 août 1789. (...) Une construction théorique ( les "droits naturels") est érigée en fondement "sacré" de la société humaine." (p 119) Ceci en contradiction permanente avec le "procès des droits de l'homme" encore instruit en août 2015 lorsque, notamment "Jean-Luc Mélenchon répond "non" sans ciller (...) lorsque David Pujadas lui demande ; "Vous président, auriez-vous fait comme Merkel ? Auriez-vous ouvert les frontières pour accueillir les réfugiés ?" (p 114).

 

Notre France est rabelaisienne : "Oser se moquer de tout, voilà le moyen le plus sûr de savoir si l'on est réellement libre." ( p 208)

 

Notre France est cartésienne : "Les plus belles pages de la littérature française racontent l'éveil à un monde en ruines d'une conscience privée de boussole." (p 216)

 

Notre France est voltairienne : "Le plus "français" des siècles, le XVIIIe, fut aussi le plus radicalement cosmopolite". (p 222)

 

Notre France est non consensuelle : "Le rêve d'une grande coalition à l'allemande que Daniel Cohn-Bendit expose dans "Et si on arrêtait les conneries ?" et la tentation "Juppé" ou "Macron" d'une grande partie des élites françaises sont autant de désirs sans cesse déçus d'un consensus chez nous introuvable." (p 232)

 

Notre France s'épanouit dans le drame et la polémique : "L'esprit de polémique nous habitera toujours, même fatigués par une interminable crise économique, même abasourdis par des attentats d'une violence inouïe. Nous trouverons toujours le temps pour une affaire, y compris en état d'urgence." (p 239)

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