De "tous pourris" à "encore plus pourris"?

Publié le par Henri LOURDOU

De "tous pourris" à "encore plus pourris" ?

Les effets pervers de la société de défiance

 

J'écoutais ce matin du 2 février 2017 la première partie du débat entre les représentants de JL Mélenchon, B Hamon et Y Jadot dans "Les matins" de France- culture, sur la question : "Une union des gauches est-elle possible ?"

Et j'ai été frappé par l'approche, par ailleurs d'excellente qualité, de Rachel Garrido, la représentante de JL Mélenchon.

Elle partait du constat que nous sommes dans une situation de défiance des citoyens à l'égard des politiques, et que donc il fallait donner des gages certains et absolus de maîtrise par les citoyens du respect des promesses électorales.

Là est bien en effet un point de divergence majeur que nous avons avec le courant mélenchonien. Car il cultive cette défiance sans l'analyser d'abord en profondeur.

Or, il s'agit d'une tendance psychosociale qui va bien au-delà de la politique, et dont le caractère ambigü demande autre chose que des réponses unilatérales et simplistes.

Je me suis donc souvenu de ce livre de la philosophe franco-italienne Michela MARZANO :

Michela MARZANO "Le contrat de défiance" (Grasset, 2010, 312 p ) :

Contre la société de la peur

Cet essai reprend des thèmes abordés à propos du travail de JC Michéa sur l' empire du moindre mal et auparavant du travail de Cynthia Fleury sur les pathologies de la démocratie : en effet, il y est question du malaise psychosocial qui parcourt nos sociétés, et de ses causes.

Si nous avons de plus en plus affaire à une méfiance systématique qui aboutit aux théories du complot et à la multiplication des conflits juridiques, dans la sphère privée notamment, n'est-ce pas que notre rapport aux autres et à nous-mêmes est vicié à la base par une volonté de tout contrôler et par la manipulation de notre sentiment d'impuissance par ceux qui ont le pouvoir ?

Ce livre est donc un double appel à la lucidité.

Tout d'abord envers les manipulateurs qui font assaut de "contrats" non respectés ou biaisés. Mais aussi envers notre volonté de tout contrôler dans nos relations, sans accepter de prendre le risque qu'elles impliquent.

Dans les deux cas, cela suppose de prendre suffisamment confiance en soi pour refuser les liens de dépendance imposés, et pour assumer une dépendance librement consentie.

On en revient toujours à ce noyau narcissique secondaire repéré par certains psychanalystes : de D Winnicot à G Mendel en passant par B Grunberger. Et celui-ci découle d'une éducation fondamentalement bienveillante et non à cette éducation par le stress que les sociétés guerrières ont toujours promue. (Ecrit le 13 janvier 2013)

 

Après avoir intégré une telle analyse, on peut se demander si les deux points minimaux exigés par Raquel Garrido, au nom de "La France insoumise", pour faire accord avec d'autres forces de gauche ou écologistes, à savoir la mise en place immédiate d'une Assemblée constituante par le président élu, au titre de l'article 11 de la Constitution actuelle, assortie d'une possibilité de révocation des élus par le peuple en cours de mandat (référendum révocatoire), sont bien les bons remèdes à la situation.

Car la défiance envers les élus a un double visage.

Or les remèdes proposés n'en prennent en compte qu'un : celui de la manipulation des promesses par des élus indignes. En laissant dans l'ombre l'autre cause de la défiance (le manque de confiance en soi des électeurs), ces remèdes risquent fort de ne pas faire autant recette que cette autre potion-miracle qu'est celle de "l'homme providentiel".

Car c'est cette dernière que choisissent des électeurs "caressés dans le sens du poil", tels des enfants capricieux à qui tout serait dû.

La parfaite illustration nous en est fournie par l'élection de Donald TRUMP.

Et, à caresser le peuple dans le sens du "tous pourris!", on s'expose à ce qu'il se donne à "encore plus pourris"...

Notre responsabilité de militants politiques est donc bien de défendre le risque que constitue la démocratie représentative, en débattant clairement et au grand jour des nécessaires compromis qu'elle implique de par la complexité des enjeux traités.

Non à faire miroiter des lendemains miraculeux ou des pseudo-solutions simplistes. (rappelons que le "référendum révocatoire" inclus dans la constitution vénézuélienne s'est avéré impossible à mettre en place quand le président Maduro s'y est opposé...)

Publié dans politique, unir les gauches

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