Une France soumise ?

Publié le par Henri LOURDOU

"Une France soumise ?"

Un nouveau symptôme hystérique

du deuil inachevé de l'autorité.

 

Décidément il nous manque un Gérard MENDEL pour analyser cette forme de panique identitaire qui s'empare de notre pays.

Je relis la conclusion de son "Histoire de l'autorité" : tout est là pour comprendre cette hystérisation actuelle du débat autour de l'Islam et des migrants.

Ecrivant peu après l'attentat du 11 septembre 2001, il avait pressenti la focalisation paranoïaque sur l'Islam, sans pour autant minimiser la crise qui l'atteint et suscite ces folles vocations suicidaires.

Mais, élevant le propos à la hauteur des vrais enjeux, il avait situé la gestion de la crise de l'autorité autour de 3 acteurs : "genos", l'autorité psycho-familiale qui structura longtemps les sociétés autour de l'obéissance aveugle à un Père social, "ploutos", le capitalisme qui dissout depuis deux siècles la puissance sociale de l'autorité en promouvant l'individu et ses désirs sans limites, et "démos", la mise en commun de l'actepouvoir individuel par la négociation égalitaire et non-violente des conflits comme alternative à l'autorité, autrement dit la démocratie libérale et participative, basée sur le développement de la personnalité psychosociale.

De ces 3 acteurs, beaucoup d'observateurs ne voient que les deux premiers. Et cela a des conséquences politiques redoutables.

 

C'est ainsi que cet ouvrage annoncé comme "explosif", et déjà célébré par "Le Figaro magazine", très astucieusement titré "Une France soumise ?" pour faire écho au dernier roman de Michel HOUELLEBECQ, "Soumission", veut nous enfermer une fois de plus dans la polémique binaire entre le "laxisme consumériste" qui ouvre un boulevard aux ennemis de la liberté, sous couvert de "modernité" et de "multiculuralisme", et "le retour à l'autorité", au nom d'une République sentant quelque peu la naphtaline et respirant la bonne conscience coloniale (surtout pas de "sanglot de l'homme blanc" : mais une mâle "injonction assimilationniste" !).

Bien entendu, nos bons docteurs de cette France malade de "laxisme multiculturaliste", doivent un peu forcer le trait pour nous convaincre de la profondeur du Mal. Pour cela, ils n'hésitent pas à nier l'existence en France d'un racisme qui ne serait plus que "résiduel" (sollicitant sans vergogne les enquêtes officielles : "les rapports de la CNCDH (commission consultative des droits de l’homme, qui établit un rapport annuel sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), malgré le biais multiculturaliste dont ils souffrent (voir à cet égard la contribution de Michèle Tribalat) montrent au contraire que le racisme primaire, réactif à une couleur de peau ou à une appartenance ethnique, est résiduel, marginal en France.") Il suffit en effet de jouer sur les mots en écartant la religion des critères de discrimination : or c'est bien aujourd'hui par l'appartenance religieuse supposée que les individus sont massivement "racisés" et discriminés.

Par ailleurs,ils n'hésitent pas à reproduire et justifier les pires clichés xénophobes en affirmant que les étrangers sans-papiers sont mieux traités que les pauvres français :"la France s’occupe avec une générosité qui n’a pas son pareil en Europe des étrangers présents sur son sol et leur alloue des aides et des subventions, leur donne un accès à la gratuité des soins qui n’est pas seulement équivalent à celui dont bénéficie les Français qui cotisent à notre système social, mais qui est parfois encore plus généreux (la CMU par exemple, qui permet l’accès à l’assurance maladie aux Français et étrangers non couverts par un système de sécurité sociale, a un volet mutuelle qui rembourse les frais dentaires et optiques non pris en charge par la sécurité sociale, frais que beaucoup de Français des classes populaires ont énormément de mal à financer). Ce que l’on sait moins, c’est le manque atterrant de rigueur dans l’attribution et le contrôle de ces aides, c’est le fait que ce manque de rigueur est parfois même délibéré et que les contrôles qui existent sont parfois plus souples concernant les populations issues de l’immigration. Certains de nos contributeurs témoignent ainsi, scandalisés, de ce que les étrangers en situation irrégulière sont en définitive mieux traités que des Français actifs qui, eux, contribuent financièrement, à titre d’ailleurs obligatoire et souvent à hauteur d’une partie significative de leurs revenus, pour maintenir tant bien que mal ce système à flot."

 

Ces propos, insultants pour notre pays au fond, en plus d'être faux, sont tenus dans un média canadien par une des co-auteurs du livre*.

 

Or, ce qu'ils refusent de voir, c'est que l'alternative ne se réduit pas à cela : ou bien le repli identitaire et autoritaire, ou bien l'individualisme jemenfoutiste.

 

Nous défendons, et nous défendrons l'égalité des droits pour tous sans nier les conflits, mais au contraire en construisant une majorité démocratique par leur traitement argumenté, collectivement discuté et négocié. Ce qui suppose d'abord de respecter la vérité des faits et d'arrêter d'alimenter l'usine à fantasmes par des dénonciations anonymes et non sourcées.

 

*http://www.journaldemontreal.com/2017/01/22/une-france-soumise--grand-entretien-avec-caroline-valentin

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