Pour unir les gauches, d'abord clarifier le débat

Publié le par Henri LOURDOU

Pour unir les gauches, d'abord clarifier le débat.

 

 

Depuis un an, j'ai beaucoup plaidé pour une union des gauches en vue de la présidentielle 2017.

Je vois mieux aujourd'hui à quel point c'était prématuré.

Il n'en reste pas moins, qu'à terme, c'est la seule chance d'un rassemblement démocratique majoritaire dans ce pays... et dans les autres. Spécialement les pays européens.

 

Deux thématiques et 4 pôles se dégagent

 

Dans les propositions qui émergent et les discours tenus par les différents candidats se dégagent deux thèmes et 4 pôles.

 

Le thème du productivisme capitaliste et de l'alternative à lui opposer

 

Ce thème, à dominante économique, touche à la question de la croissance du PIB, à la protection de l'environnement, du climat, des ressources naturelles et de la santé, mais aussi à la place et à la nature de l'initiative économique, du marché, de l'entreprise et du travail salarié et à l'organisation de la distribution des revenus, ainsi qu'à la nature de la consommation.

 

Le thème de l'identité et des droits

 

Ce thème, à dominante culturelle, touche à la question de la place de l'individu et de ses droits, par rapport à la nation, au genre mais aussi à la nature. Il soulève d'énormes questions telle que celle de la gouvernance mondiale et de la place des nations, et donc de la guerre et de la paix, des migrations, de l'égalité des droits pour tous les individus, et donc de toutes les formes de discrimination et de limitations des libertés. Mais également de l'éthique animale et du droit des humains à disposer librement de la vie des autres êtres vivants et doués de conscience.

 

Le pôle à vocation hégémonique à gauche : antiproductiviste/écologiste et universaliste/droit-de-l'hommiste.

 

C'est celui représenté par ceux qui allient refus du productivisme capitaliste et défense intransigeante de l'égalité des droits dans une perspective mondialiste. Les meilleurs théoriciens de cette démarche sont Edgar Morin, Alain Touraine, Etienne Balibar, pour parler des plus anciens.

Politiquement aujourd'hui, il est représenté dans la campagne présidentielle par Yannick JADOT et Benoît HAMON.

Il allie une prise de parti pour une transition écologique de l'économie et de la société basé sur un droit à l'initiative économique garanti par la mise en place d'un revenu universel d'existence et une régulation par l'Etat dans un cadre européen renforcé. Il postule une consommation profondément réorientée vers la sobriété volontaire, la lutte contre le gaspillage, basées sur la mobilisation autonome de la société civile.

Et c'est ici que se trouve l'articulation avec la question de l'identité et des droits. Ce pôle, fidèle aux valeurs de base de la gauche, refuse toute dérive identitaire essentialiste de type nationaliste, sexiste ou raciste, au nom de la liberté individuelle.

Il se bat donc contre toutes les formes d'impérialisme et d'autoritarisme, et en particulier contre la personnalisation du pouvoir à tous les niveaux.

C'est pourquoi, très concrètement, il refuse la dérive sécuritaire (arrêt de l'état d'urgence et des mesures discriminatoires ciblant les musulmans); il promeut la reconnaissance des droits des personnes différentes de genre (LGBTI); il combat pour le respect des droits et de la dignité des personnes exilées; pour une République parlementaire et de nouvelles avancées démocratiques (refus du double cumul des mandats, dans le temps et dans le nombre; parité effective et promotion de la diversité).

Mais aussi, une politique internationale basée sur le respect universel des droits, donc refusant les politiques du fait accompli, comme en Palestine, en Crimée, au Sahara occidental ou au Tibet, et les massacres de population au nom de la souveraineté nationale, comme en Syrie ou au Myanmar.

 

Face à ce pôle encore minoritaire, s'affirment trois autres pôles qui n'occupent le terrain de gauche que sur une seule des deux thématiques, voire sur aucune. Et qui donc, occupent sur la seconde le terrain de l'adversaire, brouillant ainsi les repères, et affaiblissant in fine la gauche dans son ensemble par les divisions qu'ils entretiennent.

 

 

Le pôle productiviste national/autoritaire

 

C'est celui qui a "tout faux". C'est celui représenté de façon différente par Manuel VALLS et Arnaud MONTEBOURG, le premier moins souverainiste et le second moins présent sur la question des droits.

Ils courent tous les deux après la croissance perdue, sans souci de l'environnement et de l'urgence écologique autre que rhétorique. Ils font aveuglément confiance à l'Etat ou aux entreprises classiques pour, d'en haut, orienter l'économie et la société.

 

Le pôle productiviste universaliste/droit-de-l'hommiste

 

C'est celui qui prend au sérieux la question des droits et ne diabolise pas l'Europe. Il est représenté par Emmanuel MACRON. Mais aussi, malgré sa posture "unitaire", par Vincent PEILLON

Mais il ne prend suffisamment pas en compte les dégâts provoqués par la dynamique productiviste du capitalisme, et l'urgence écologique.

 

Le pôle antiproductiviste national/autoritaire

 

Il a compris et prend en compte l'enjeu écologique, mais prend la question des droits dans un cadre étroitement national-étatique qui, élargi aux questions internationales, aboutit à la plus hideuse des abdications face aux massacres de masse, déguisée en relecture idéologique du monde (Syrie). Vous avez tous reconnu Jean-Luc MELENCHON.

 

Pour construire l'Union des gauches, il faudra bien que l'un des quatre pôles s'impose comme hégémonique.

C'est pourquoi je pense qu'il faut travailler à renforcer le premier.

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