Dans quel état j'erre. Balises d'une réflexion

Publié le par Henri LOURDOU

Attention à la dérive vers une société d'apartheid (janvier 2016)

 

Il y a quelque chose d'angoissant à lire l'entrevue très lucide de la romancière israélienne Ronit Matalon au "Monde" des 10-11 janvier 2016.

Car, au-delà du cas d'Israël, son analyse, titrée "Nous vivons sous un régime d'apartheid", nous parle de ce qui est en train de s'amorcer en Europe.

C'est-à-dire un processus de séparation entre deux populations vivant sur le même espace territorial. Un processus basé sur la méfiance réciproque, et renforcé par l'ignorance réciproque croissante qu'elle engendre.

Les événements de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne ont constitué à cet égard un accélérateur puissant.

Les agressions sexuelles de masse, subies par des centaines de femmes, ont forcément, et mal gré qu'on en ait, réveillé de vieux fantasmes anti-arabes, issus de la colonisation, spécialement en France.

Les avertissements, lancés notamment par l'historien Benjamin Stora, sur l'absence de mémoire partagée de cette colonisation, et tout spécialement de la guerre d'Algérie, ont donc été pris de court.

Il y a là aussi une stratégie délibérée, déjà analysée par certains, de la part de l'état-major du djihadisme armé : créer et renforcer toujours plus le fossé communautaire entre musulmans et non-musulmans. Et cela en s'appuyant sur des stéréotypes communautaristes.

La question de l'égalité hommes-femmes est bien évidemment particulièrement porteuse sur ce plan. Qui peut aujourd'hui en Occident légitimer l'agression sexuelle contre les femmes ? Par contre il ne manquera pas de théoriciens de l'Islam pour justifier la soumission de la femme aux besoins sexuels de l'homme, comme c'était le cas il y a peu au sein du christianisme, et parfois encore du judaïsme, avec des retours en arrière aujourd'hui plus que préoccupants.

 

Soutenir les forces d'émancipation au sein de l'Islam et du monde musulman est donc bien, plus qu'un devoir humain, une priorité politique stratégique.

Ce que nos leaders populistes, de Droite comme de Gauche, n'ont à l'évidence pas compris.

 

Faire face à la réaction qui monte (novembre 2016)

 

Tout d'abord pour comprendre ce qui se passe, ma conviction est qu'il faut penser au niveau mondial.

En effet la globalisation est un phénomène acquis et irréversible : notre monde est devenu un, et ce sera toujours davantage le cas. Ce qui se passe quelque part a forcément des répercussions ailleurs, et nous sommes "tous dans le même bateau".

 

Donc ce qui vient de se passer ce 8 novembre 2016 aux Etats-Unis nous concerne pleinement. Et j'ajouterai que c'est hautement significatif de ce qui nous attend.

Pour dire directement les choses : une victoire de Marine Le Pen aux présidentielles de 2017 en France devient une possibilité de plus en plus envisageable.

 

Le sens de la réaction

 

Là aussi, l'exemple américain nous le montre. Cette réaction, devenue majoritaire dans les urnes, est nationaliste, xénophobe, misogyne, homophobe et transphobe, raciste et islamophobe; autrement dit clairement opposée à l'universalité des droits.

C'est une réaction qui érige une certaine identité nationale (mâle, blanche, hétérosexuelle et chrétienne) en rempart (illusoire bien sûr) contre la globalisation et le multiculturalisme universaliste.

 

Comment faire face ?

 

On voit bien qu'il n'est plus efficace de se contenter de condamnations morales, ni de faire appel aux leçons de l'Histoire.

 

Suivre le courant pour le réorienter ?

 

Faut-il donc, comme le font déjà certains, "épouser le courant" pour le diriger dans une autre direction plus acceptable pour l'égalité des droits et la liberté de chacun ?

C'est ce que fait la Droite républicaine, de façon ouverte, la Gauche au gouvernement, de façon contrariée, mais aussi le courant mélenchonien de "la France insoumise", de façon subliminale.

 

Je ne m'arrêterai guère sur les deux premiers cas.

Sauf pour noter que la Droite ruine elle-même ses propres chances en ajoutant à son programme sécuritaire et raciste un volet austéritaire et antisocial qui constitue le contraire de ce qui alimente le vote populaire en faveur du Front national.

Et pour ajouter que la Gauche au gouvernement perd des deux côtés : elle n'en fait pas assez en matière de sécuritarisme et de racisme pour les uns, et elle en fait trop pour les autres.

 

Arrêtons-nous plutôt sur le cas Mélenchon, car il a été jusqu'à présent peu analysé.

On sait que certains découvrent à la faveur des sondages qu'il pourrait dépasser Hollande (s'il se présente) d'une courte tête avec 13 à 15% d'intentions de vote contre 11 à 13%. Mais la principale différence entre eux est qu'Hollande n'est pas encore candidat, alors que Mélenchon a commencé sa campagne depuis plusieurs mois.

Or que nous montre son matériel de campagne ?

-Un effacement de l'identité de gauche marqué par le choix symbolique des couleurs : orange et bleu pâle ont été préférés au rouge et vert de son parti, le PG, dont le sigle, et a fortiori le nom très marqué, le Parti de Gauche, disparaissent totalement.

 

-Une absence de toute référence à un parti politique, induisant l'idée que la politique peut et doit se passer des partis.

 

-Un slogan, sur l'affiche la plus collée à ce jour, mettant en avant comme seuls adversaires Sarkozy et Hollande (mis sur le même plan) avec le mot d'ordre : "je vote, ils dégagent !"

 

Ces trois éléments mis bout à bout dessinent un message hautement dangereux et qu'il convient de dénoncer et combattre.

Quel est-il ? La Droite et la Gauche c'est pareil. Tous les partis sont pourris. Nos seuls ennemis sont les présidents sortants et les deux partis dominants, LR et PS.

 

Avec quel résultat prévisible ? Un appel subliminal à voter Le Pen au 2d tour contre le candidat de "l'establishment" ou de "l'oligarchie"...et donc pourquoi pas dès le 1er tour pour l'électeur-stratège de plus en plus répandu qui choisit de "voter utile" en choisissant le candidat le mieux placé pour figurer au 2d tour ?

 

Cette politique de Gribouille (car on ne doute pas que les militant du PG soient sincèrement antifascistes) est contre-productive. Et nous devons la combattre clairement et frontalement.

 

Oser aller à contre-courant

 

Affirmer clairement nos valeurs et nos principes est plus que jamais indispensable. Nous n'avons pas à nous déjuger ni à battre notre coulpe sur la défense intransigeante de l'universalité et de l'égalité des droits; et donc nous avons à combattre sans relâche tous les reculs en ce domaine.

 

La crédibilité de notre combat en cette matière repose cependant sur l'affirmation d'une autre orientation et d'un autre sens à donner à la globalisation : et c'est là tout l'objet du programme politique des écologistes en matière de gouvernance mondiale et locale (multilatéralisme, promotion d'une paix juste et participation citoyenne), de transition économique et sociale (relocalisation, respect de l'environnement et de la santé, éthique animale, revenu universel...).

 

Yannick JADOT est aujourd'hui le seul candidat à porter ce double message .

 

Unir tout ce qui peut être uni (janvier 2017)

 

En consultant ce 20 janvier 2017 la dernière vague du sondage périodique Cevipof-Le Monde, on est bien obligé de constater que le 2d tour continue à se jouer potentiellement entre Fillon et Le Pen. Compte tenu des positions défendues par l'un et l'autre, on ne peut que comprendre la perplexité de l'électeur-trice de gauche face à un tel choix.

Tout faire pour échapper à ce dilemme, c'était jusqu'à présent militer pour une candidature unique des gauches et des écologistes. Ce que j'ai fait.

L'état actuel des candidatures et leur dynamique respective amène à se poser la question du candidat le mieux placé pour accéder à et gagner au 2d tour et préserver nos libertés.

Sur ces 2 plans, c'est indéniablement Emmanuel MACRON, quoi qu'on pense par ailleurs de ses positions, sur les questions écologiques en particulier, et de certains de ses soutiens (hiérarques socialistes en perdition)...

Cela illustre d'ailleurs l'analyse développée aujourd'hui aussi par Martin WALSER dans "Le Monde" sur la meilleure réponse au "trumpisme" : "La gauche doit sauver le centre". Même si, comme il le commente, "des camarades trouveront cette tâche désagréable". Et si, vous le comprenez, j'ai eu du mal à écrire ces dernières lignes...alors que je suis engagé dans la campagne pour Yannick JADOT. Et que je m'apprête à aller voter Benoît HAMON au 1er tour de la primaire de la Belle Alliance Populaire...

Ce n'est qu'un débat, continuons le début !

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