L'Obs atteint par la vague néo-réac sur l'Ecole

Publié le par Henri LOURDOU

Confusionnisme : l'Obs atteint par la vague néo-réactionnaire sur l'Ecole

 

On avait déjà signalé la troublante ambigüité d'une une consacrée à "l'Islam et la gauche". Mais la parution à grand son de trompe du pamphlet de Carole Barjon (journaliste au service "politique" de l'Obs) "Mais qui sont les assassins de l'école ?" constitue un signe de plus du naufrage de cet hebdomadaire, autrefois clairement de gauche, dans les eaux troubles du confusionnisme néo-réac qui nourrit la droitisation de la société française. L'éviction d'Aude Lancelin (directrice adjointe de la rédaction) au printemps dernier apparaît à cette lumière comme davantage qu'un incident mineur.

Décidément, les années 30 constituent plus que jamais notre référence historique, et plus que jamais la vigilance critique s'impose face à d'inquiétantes régressions idéologiques.

Nous ne prendrons pas la peine de lire l'ouvrage en question, sa recension critique par des personnes de confiance comme Jean-Michel Zakhartchouk et les réactions de François Dubet et Philippe Meirieu nous suffisent :

http://www.cahiers-pedagogiques.com/Mais-qui-sont-les-assassins-du-journalisme

Qu'il suffise d'ajouter que la querelle des méthodes d'apprentissage de la lecture nous semble mal posée. S'il est vrai que la "méthode globale" a failli et que la méthode "syllabique" semble préférable, la clé de tout réside dans la façon dont enseignants et parents se mobilisent autour de l'enfant, ce qui constitue aujourd'hui le principal problème dans une société portée à l'individualisme et à la bouc-émissarisation/victimisation généralisée.

Retrouver la voie d'échanges apaisées, sortir de l'hystérisation pour poser les problèmes et les résoudre ensemble est la bonne perspective.

A l'inverse de ce que font les néo-réac.

C'est pourquoi il nous faut résolument les combattre et les dénoncer.

Je retombe du coup sur une lettre de 2012 envoyée au Nouvel Obs (était-ce déjà à la suite d'un article de Carole Barjon ? Nous n'avions pas à l'époque relevé le nom de l'auteur...)

 

Henri LOURDOU et Agnès LATRILLE
> professeurs d'Histoire-Géographie en collège

> Abonnés et lecteurs du Nouvel Obs depuis de longues années, nous avons été pour le moins surpris de l'article du 24-5-12 surtitré « Enquête sur la façon dont on enseigne l'Histoire-Géo » et intitulé « Une méthode à fabriquer les cancres » dans votre rubrique « Notre époque ».
> Contradictoire, confus et mensonger sont les 3 épithètes immédiates qu'il nous inspire.
> Contradictoire l'affirmation liminaire que tous les problèmes viendraient des « nouveaux programmes » avec le constat final d'un « intérêt pour l'Histoire » suscité par eux.
> Confus le déroulé de l'article qui va d'un constat à l'autre sans véritable ligne directrice ni recul. Les problèmes réels que nous rencontrons, tels que ceux évoqués en début d'article, n'ont rien à voir avec les nouveaux programmes : on y reviendra en conclusion.
> Mensongères enfin certaines affirmations complaisamment reprises sans vérification : la disparition d'Henri IV (et les guerres de religion et l'édit de Nantes alors, au programme de 5e ?), la « demande d'aborder le XVIIIe siècle à travers une femme, Emilie du Châtelet » (le programme de 4e demande en fait d'aborder ce siècle à partir d'un philosophe des Lumières au choix).
> Un mot encore sur la nostalgie de Louis XIV et Napoléon 1er : si ces 2 personnages méritent encore d'être étudiés, ce n'est certainement pas pour leur rôle positif dans l'Histoire de notre pays, mais bien pour leurs crimes et leurs effets négatifs.
>  
> Il est clair qu'enseigner aujourd'hui l'Histoire-Géo au collège devient de plus en plus une véritable gageure. Mais les raisons évoquées dans cet article passent totalement à côté du sujet.
> Le principal problème est l'appauvrissement dramatique du vocabulaire de la grande majorité des élèves, qui les empêche d'accéder à beaucoup de connaissances et de concepts. Ce problème a été pointé depuis longtemps par de nombreux observateurs tel le linguiste Alain Bentolila. Ses raisons ont été analysées plus récemment par d'autres tel Michel Desmurget dans son livre « TV lobotomie ». La nouvelle culture numérique n'a en rien été pensée ni apprivoisée par l'Ecole, et cela aboutit à la délégitimation du vrai savoir : celui qui s'acquiert par le recul critique, la pensée solitaire et la lecture approfondie.
> Cette délégitimation, associée aux diverses pathologies de l'attention et du comportement issues de l'addiction aux écrans, est en train de provoquer l'effondrement de l'institution.
> Mais nos faiseurs d'opinion et décideurs en ont-ils la moindre conscience ?
> Or cette prise de conscience est vitale si l'on veut sauver, au-delà de l'Ecole, la Culture elle-même, et par là-même les chances d'un avenir démocratique à notre société.
> Ce serait la vocation de notre journal de participer pour sa part à cette prise de conscience, au-lieu de nous servir des lieux communs bâclés et une enquête pour le moins superficielle. Une fenêtre politique d'opportunité s'ouvre : il serait criminel de ne pas la saisir.

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