Contre les démagogues prétendument insoumis ou en marche

Publié le par Henri LOURDOU

Confusionnisme encore :

Ils ont les mains blanches...car ils n'assument rien !

contre les démagogues prétendument insoumis ou en marche

 

"Il n'est pas de sauveur suprême,

Ni Dieu, ni César, ni tribun"

("L'Internationale", vieille chanson parfois encore d'actualité)

 

Précisons d'emblée un point : nous distinguons clairement les acteurs associatifs ou syndicaux dont le rôle est de porter la revendication et la dénonciation au nom des exclus et des opprimés ou exploités, et les acteurs politiques, dont le rôle est d'assumer une mise en oeuvre de décisions issues d'arbitrages et donc de compromis, dans un cadre contraint, dont on peut faire éventuellement bouger les lignes, mais en assumant les conséquences liées à leurs tenants et aboutissants...Notamment budgétaires.

Cette distinction est fondamentale pour juger des programmes des candidats aux élections et des partis politiques.

 

Quand une candidature, à gauche, prétend s'émanciper du cadre des partis, voire refuser le clivage Droite/Gauche, on peut y voir un rafraîchissant besoin de nouveauté. Et c'est sans doute ce qui explique la (relative) bonne figure des candidatures Mélenchon et Macron dans les sondages (respectivement 13 à 14% et 13 à 18% d'intentions de vote dans le sondage Ipsos-Cevipof des 2 au 7-12-16, "Le Monde", 15-12-16, p 8).

Mais on peut aussi, c'est notre cas, y voir une forme de dégradation du débat public et de la démocratie, qui ajoute à la confusion ambiante au lieu de la dissiper.

 

Une Gauche qui ne s'assume plus

 

Les mots ont leur poids. L'absence ou le rejet du mot "Gauche" dans les discours et argumentaires politiques visant à définir leur projet, que ce soit par Macron ou par Mélenchon, a pour principal effet d'ajouter de la confusion au débat politique.

Quels que soient les justificatifs de ce rejet, il aboutit à justifier le zapping politique d'un électorat de plus en plus déboussolé, en effaçant les marqueurs d'une tradition issue de près de deux siècles et demi d'Histoire.

Car, même plurielle et hétéroclite, la Gauche, dans ce pays qui en inventa le nom en 1789, a un sens.

Assumer une identité de Gauche, c'est prendre parti pour le progrès de l'émancipation au nom de la justice, mais aussi pour la complémentarité des libertés individuelles et collectives, et non leur opposition. Pour la paix et l'entente universelle, opposée à la guerre et à la conquête. C'est mettre les principes au-dessus des intérêts. La vérité au-dessus de la raison d'Etat.

 

On ne peut être de Gauche et couvrir des discriminations, restreindre les libertés, pratiquer la guerre sans avoir épuisé tous les autres moyens de résoudre les conflits, ni soutenir des dictatures ou des volontés de conquête.

Pour le reste, le débat reste ouvert. Encore faut-il être au clair sur les principes communs.

Or, on n'a guère entendu les candidats Macron et Mélenchon sur les sujets de l'heure qui touchent à ces principes.

Que ce soit sur la persistance du racisme postcolonial, profondément enraciné dans la société française, et qui pollue la nécessaire opposition aux entreprises djihadistes armées. Sur la persistance d'un état d'urgence et de législations d'exception peu efficaces et qui menacent nos libertés. Sur le soutien aux démocrates syriens qui se battent le dos au mur contre la coalition assado-irano-poutinienne et la récupération djihadiste de leur combat. Sur la politique de non-accueil des exilés refoulés aux portes de l'espace Schengen ou du Royaume-Uni...

 

Sujets marginaux diront certains, face à la précarisation et au chômage de masse qui préoccupent au premier chef nos concitoyens.

Rien n'est moins sûr.

L'état d'esprit dominant qui règne aujourd'hui en France, comme dans de nombreux pays du monde, est au repli identitaire et sécuritaire comme "remède à tout".

Or ce repli ne fait qu'alimenter la précarisation et le chômage de masse.

Le contrer est un corollaire, voire un pré-requis, à toute politique visant à les réduire.

 

Combattre discriminations et atteintes aux libertés : le combat prioritaire

 

Rien ne se construira de solide pour l'avenir de notre pays sans traitement préalable des crispations qui opposent aujourd'hui les Français.

Traiter ces crispations c'est d'abord en formuler les termes, au lieu de les mettre sous le tapis.

Même si certains sondages nous disent que les Français en "ont assez" que l'on parle des réfugiés, qu'ils pensent très majoritairement que l'Islam n'est pas compatible avec les valeurs de la République, on ne saurait se réfugier derrière ces opinions provisoirement majoritaires pour ne pas oser aller à contre-courant.

Car avec un tel raisonnement, jamais la peine de mort n'aurait été abolie en France, pour ne prendre qu'un seul exemple.

Le droit à un accueil digne pour les exilé-e-s, l'interprétation non sélective de la laïcité, la défense intransigeante des libertés sont des messages à porter clairement et prioritairement pour des candidats de Gauche dignes de ce nom.

Ce sont aujourd'hui des marqueurs essentiels du débat politique.

 

Refuser la monarchie républicaine par l'exemple

 

De même, il ne suffit pas de proclamer que l'on est pour une "VIe république", voire pour des "référendums révocatoires" des élus (dont la mise dans la Constitution ne garantit en rien l'effectivité en cas de pratique "caudilliste" du pouvoir, comme on l'a vu au Vénézuela récemment).

Encore faut-il montrer un respect des institutions collectives que sont les partis et les syndicats, et plus largement de la pratique délbérative et du vote qui en découle.

Fustiger partis et élus en leur mettant sur le dos tous les blocages de la société française est un sport éprouvé dans notre pays. Du général Boulanger à Pierre Poujade, il a eu ses heures de gloire dans l'opposition. Mais il a également connu malheureusement quelques succès : en juillet 1940, puis en juin 1958, un "homme providentiel" a prétendu mettre fin au "règne des partis".

On ne pratiquera bien sûr pas l'amalgame entre 2017 et 1940 : la situation n'a rien à voir. Par contre celle de 1958 peut être évoquée : une gauche profondément divisée, qui avait pourtant gagné les élections de 1956, a subi un naufrage moral et politique dramatique, en acceptant de donner le pouvoir à un "monarque républicain" dont la marque sur les institutions perdure.

Refuser cette dérive monarchique, c'est redonner toute leur place aux partis et au débat collectif en promouvant partout le rôle des assemblées élues, en le rendant plus transparent et plus efficace par une consultation renforcée des citoyen-ne-s.

Et non en se transformant en Père Noël ou en Super-héros d'opérette.

 

Valoriser le dialogue et le compromis

 

C'est ici que gît sans doute le désaccord le plus profond avec tous ces adeptes proclamés de "la rupture".

Ils ne sont au fonds pas vraiment convaincus de la valeur de la démocratie. Ils prétendent "donner la parole au peuple", mais c'est pour la lui confisquer aussitôt en proposant "leurs" solutions. Surtout, ils ne voient le débat qu'en termes guerriers : il faut à tout prix un vainqueur et un vaincu.

Cette vision manichéenne des choses alimente les crispations au lieu de les réduire, réduit les solutions possibles à des alternatives binaires, appauvrit en conséquence notre horizon collectif.

Refusons de promettre que demain on rasera gratis, et de désigner des bouc-émissaires.

Appliquons-nous plutôt à créer les conditions de dialogues réels sur des objets bien délimités, à résoudre des problèmes concrets.

Et nous ferons ainsi la démonstration de l'utilité de la politique, des partis et des élu-e-s.

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