Pour un ultime hommage au camarade CASTRO

Publié le par Henri LOURDOU

Canek SÁNCHEZ GUEVARA "33 révolutions"

(Métailié, 2016, 112 p, traduit de l'espagnol (Cuba) par René SOLIS)

ou

Pour un ultime hommage au camarade Castro.

 

 

Quand j'ai appris la mort du "lider maximo", je me suis souvenu de ce petit livre qui m'attendait dans ma "pile à lire".

 

Je l'ai dévoré d'un trait. Il s'agit d'un court roman, qui se déroule à Cuba en pleine "période spéciale" (années 90) au moment de la crise des "balsas" (exode irrépressible de jeunes à bord d'embarcations improvisées pour rejoindre la Floride).

Le personnage du roman n'est pas mû par la misère qui régnait alors dans l'île, sous le triple effet de la disparition de l'aide soviétique, de l'embargo américain et de l'impéritie économique du régime.

Membre du Parti, petit bureaucrate appointé, vivant seul après son divorce, ce trentenaire bénéficie également des dollars envoyés par sa mère, révolutionnaire déçue après la fausse accusation de son mari, qui en meurt d'une crise cardiaque, elle est retournée en Espagne, où son père était né, en demandant la nationalité espagnole. Et pour couronner le tout, il peut dépenser ses dollars dans une boutique pour étrangers, grâce à ses relations intimes avec "la Russe du 9e étage" qui organise le trafic dans tout l'immeuble.

Non, ce qui le motive c'est que la Révolution est devenue un disque rayé, totalement répétitif et inaudible.

Pour le reste, je vous renvoie au roman, bien écrit et vite lu (il fait 75 pages).

 

L'éditeur a eu la très bonne idée d'ajouter un petit dossier présentant l'auteur à travers ses propres écrits et paroles d'entrevues.

Canek SÁNCHEZ GUEVARA n'est pas n'importe qui. Né en 1974 à La Havane et mort à Mexico en 2015, il est le petit-fils du CHE, immense icône de la Révolution et compagnon de Fidel CASTRO.

Son témoignage a donc une valeur très symbolique.

Il ne renie en rien son grand-père, mais refuse de le mettre sur un piédestal : "Je suis guévariste, parce qu'Ernesto Guevara était un homme qui tenait ses engagements. Il a commis des erreurs en apportant son appui à une révolution qui s'est transformée par la suite en dictature. Je ne peux pas renier Che Guevara juste parce que je ne partage pas toutes ses idées. Je ne désire pas non plus lui ressembler." (p 98)

 

En réalité Canek SÁNCHEZ GUEVARA se réclame de l'anarchisme, mais un anarchisme d'aujourd'hui, revenu des illusions sectaires et violentes : "Il me semble que l'un des points fondamentaux est l'appropriation citoyenne de l'anarchisme. Il ne peut être une chose sectaire et de type avant-gardiste (...) Il faut insister sur la voie que nous avons choisie durant les dernières décennies. Depuis que l'anarchisme a abandonné les méthodes violentes" (p 104-105)

Il en résulte une vision très pragmatique de l'action politique qui hérissera le poil de plus d'un puriste, concernant en particulier l'avenir de Cuba, où Canek tentait de développer un Mouvement Libertaire Cubain.

 

Il part d'un constat sans concession :

"Aujourd'hui Cuba est en ruine au niveau économique mais aussi au niveau éthique. La misère est très importante, il y a une grande fracture sociale, avec des différences abyssales, quelquefois plus violente que dans les sociétés capitalistes.(p 104)

"Une de mes grandes inquiétudes est qu'après le processus d'idéologisation forcée se produise un effet inverse à celui qui est souhaité aujourd'hui par le pouvoir, que plus personne ne veuille entendre des choses relatives aux idéologies (...) Et c'est là qu'est le principal danger pour la société post-castriste : qu'il y ait un vide idéologique et politique qui soit immédiatement occupé par le capitalisme sauvage. Etant donné les carences matérielles dont souffre le peuple cubain, quand les marchandises américaines rentreront librement dans l'île et que les Cubains pourront accéder à elles, personne ne se préoccupera de politique (...) Il y a un danger d'apathie qui peut entraîner une droitisation. La droite triomphe lorsqu'il n'y a pas de débat politique, de participation citoyenne." (p 101-102)

 

Et il en tire des conclusions iconoclastes :

"Pour les anarchistes cubains, dans l'époque post-fidéliste, l'unique solution sera de participer à la reconstruction de Cuba, à la reconstruction de la société civile, à la reconstruction de l'Etat. Je le dis sans fétichisme parce qu'il est clair qu'une certaine forme d'Etat devra se substituer à l'Etat actuel. Nous les anarchistes nous devrons participer à la discussion autour du type d'Etat qui conviendrait à tous. Cela implique l'acceptation momentanée du capitalisme en tant que mode futur du développement. Notre obligation est de le mettre en accusation, d'en profiter au maximum, de le presser, de "l'exploiter". C'est fondamental, il faut détruire un système basé sur la répétition, sur l'abrutissement, sur l'ennui..." (p 104)

 

Ce pragmatisme me touche profondément car il correspond à mes convictions personnelles. Et il me pousse à revenir à l'une de mes obsessions : le destin de l'idée révolutionnaire et l'avenir de la gauche.

 

Faut-il plébisciter le morcellement de la gauche ?

 

L'occasion de la mort de Castro sera une occasion de plus de gratter la plaie de sa division.

Entre les nostalgiques du communisme et de la Révolution d'une part, adeptes de la rupture franche et nette avec le capitalisme, et les réformistes plus ou moins mous, partisans des réformes graduelles et de la participation gouvernementale à tout prix, d'autre part, il semble qu'il n'y ait plus d'autre espace qu'un gouffre qui grandit sans arrêt, et réduit en même temps l'espace des uns comme des autres.

 

Quel que soit l'habit plus ou moins neuf dont ils se parent (l'écosocialisme pour Mélenchon, le progressisme libéral pour Macron, autoritaire pour Valls) les leaders potentiels de l'un et l'autre camp renvoient aux marges tous ceux qui récusent cette absurde polarisation et la paranoïa violente qui l'accompagne.

 

Le résultat politique est clair : une Gauche rigoureusement coupée en deux moitiés et laissant le champ libre à la Droite et à l'Extrême-Droite (cette dernière profitant au maximum de la faiblesse de la Gauche pour développer la démagogie pseudo-sociale et diviser encore plus le camp des exploités et opprimés par sa xénophobie et son racisme euphémisé).

 

Reconstruire l'union autour des fondamentaux : comment ?

 

Le paradoxe est que la Gauche, divisée dans les urnes, est unie dans les combats sociaux et sociétaux les plus emblématiques, ceux qui engagent ses valeurs communes : solidarité avec les exploités et opprimés, défense et extension des libertés et de l'égalité réelle.

Il suffit que l'enjeu soit clair pour que la réponse commune se formule quasi-spontanément.

Il y a donc un travail permanent à faire de clarification des enjeux. C'est le cas aujourd'hui de la question des migrants et de la laïcité.

Ce doit être le cas aussi des questions économiques et sociales et internationales (Syrie par exemple).

 

Mais l'urgence est bien d'arriver à une candidature d'union pour la présidentielle de 2017.

Est-il trop tard ? Je pense profondément que la primaire de la "Belle alliance populaire" est la dernière chance pour le peuple de gauche d'imposer l'unité, à condition bien sûr qu'il se dégage un-e candidat-e capable de l'incarner.

Je ne vois aujourd'hui qu'une personnalité capable de le faire : Christiane TAUBIRA. Elle doit prendre ses responsabilités.

 

PS du 8-12-16 : Taubira ayant renoncé, il me faut prendre mon parti de la division. Yannick JADOT est pour moi le candidat le plus cohérent et le plus porteur d'avenir pour la gauche dans son ensemble. C'est lui que je vais donc soutenir.

 

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