Quand le vieux se meurt et le nouveau peine à naître...

Publié le par Henri LOURDOU

"Quand le vieux se meurt et le nouveau peine à naitre...

...c'est là qu'apparaissent les monstres" nous dit cette célèbre citation d'Antonio Gramsci datant des années 1930.

(Antonio Gramsci a défini la crise par la célèbre citation : « La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » (dans la traduction française des Cahiers de prison parue aux Éditions Gallimard sous la responsabilité de Robert Paris : Cahier 3, §34, p. 283). La seconde partie de la citation est souvent traduite par « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Une partie de la citation en italien est : in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati. -Extrait de l'article wikipedia "Antonio Gramsci" en français)

Elle est plus pertinente que jamais. C'est pourquoi nous devons être sans illusions sur le vieux qui meurt, ne pas nous laisser impressionner par les monstres , et être vigilants et attentionnés au nouveau qui peine à naître .

Sans illusions sur ce qui meurt

Une économie capitaliste mondialisé basée sur la seule recherche du profit et la constitution de firmes transnationales toujours plus grandes (dernièrement l'absorption de Monsanto par Bayer).

Une accélération du changement économique et technologique non maîtrisés qui impose son tempo au monde politique à travers des médias dominants basés sur le flux accéléré de diffusion de l'information.

Un cumul dans le temps et dans les mandats de la représentation politique autour d'une figure centrale et médiatique concentrant l'apparence d'un pouvoir stato-national déliquescent et de plus en plus impuissant.

Des appareils partisans paralysés par le centralisme et l'accélération du tempo politique, et la désaffiliation croissante des citoyen-nes

Sans fascination devant les monstres

La régression mono-identitaire, dont le nationalisme et le fanatisme religieux sont les deux principales manifestations.

Les leaders populistes flattant le besoin de haïr l'Autre et ne reculant devant aucun mensonge pour cela.

Les interventions armées basées sur la puissance technologique et non l'intelligence du terrain et des enjeux locaux, qui provoquent plus de candidats à la guerre de civilisation contre l'Occident qu'elles n'en éliminent.

La dispersion suicidaire des candidats à la relève du vieux monde, cultivant ce qui divise plutôt que ce qui rassemble, les reproches au voisin plutôt que les propositions positives, l'invective et le ressentiment plutôt que l'encouragement et l'espoir.

Vigilants et attentionnés au nouveau

La mondialisation par en-bas qui nous pousse à accueillir les exilés chassés par les guerres, les dictatures, les conservatismes répressifs et la dégradation de l'environnement. A nous intéresser aux autres cultures, aux autres religions, à l'apparition de nouvelles identités jusque-là réprimées (LGBT...), de nouveaux modes de vie (véganisme, habitat nomade ou autonome). A prendre au sérieux la dette climatique et coloniale des pays riches, et à nous apprêter à en payer le prix pacifiquement.

Par une révision de notre façon de produire et de consommer : relocalisation progressive des productions, réduction ou suppression de la consommation de viande, recyclage et réutilisation des produits et donc arrêt de la course à l'inflation des transports, recours aux énergies renouvelables...

Par une reconstruction des mémoires collectives passant par le bilan sans autocomplaisance du passé colonial.

Tout cela débouchant sur une nouvelle offre politique basée sur la démocratie participative ou collaborative à tous les niveaux, y compris mondial, où les pratiques de coopération décentralisée doivent trouver leur débouché dans un recul des politiques de puissance stato-nationale de type guerrier.

Civilisons notre Terre-patrie, sans céder au pessimisme ambiant.

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