De Toulouse à Forges-les-Bains

Publié le par Henri LOURDOU

De Toulouse à Forges-les-Bains :

La peur, la bêtise, le mensonge et la haine

ne doivent pas avoir le dernier mot.

La peur : comment ne pas la comprendre ? Elle gagne peu à peu chacun de nous : si nous ne sommes pas tous Juifs ou militaires, comme à Toulouse en 2012, journalistes à Charlie, si nous n'allons pas tous au concert au Bataclan, ou à la messe, qui ne va jamais au bar ou au restaurant, qui n'est jamais allé en famille voir le feu d'artifices du 14 juillet ?

Ainsi chacun se sent susceptible d'être la cible d'attentats ou de tentatives d'attentats qui ne font que se multiplier.

La bêtise : ce serait d'assimiler les auteurs potentiels de ces attentats aux réfugiés qui arrivent ou se présentent à nos portes. On a bien pu constater que ces auteurs ne sont pas des immigrants de fraîche date, mais le plus souvent installés ici depuis longtemps, voire nés en France.

Ce serait également d'amalgamer tous les musulmans en terroristes potentiels sous prétexte que les auteurs de ces attentats se réclament de l'Islam. La triste farce de l'interdiction du burkini illustre hélas cette forme de bêtise. Cela n'a pour effet que d'introduire une nouvelle peur chez les musulmans de France : celle d'être traités en Français de seconde zone, rappel traumatique du passé colonial pour nombre d'entre eux.

Le mensonge : c'est d'abriter la réactivation de réflexes racistes sous de faux arguments. Ainsi, selon le Monde du 10-9-16, une habitante de Forges-les-Bains justifie son opposition farouche à l'installation d'un centre d'accueil temporaire pour demandeurs d'asile dans sa commune, dans les termes suivants : "Je n'ai absolument rien contre les musulmans, rien contre les réfugiés. Je m'oppose juste à la présence massive d'hommes à proximité d'une école". Si c'était bien la vérité, on suppose que cette dame s'opposerait de façon tout aussi déterminée à l'installation d'une caserne. Ce qui n'est bien sûr pas le cas. C'est bien parce qu'il s'agit de réfugiés musulmans qu'elle a des craintes. Puisque, comme on sait depuis toujours : "musulmans= Arabes=violeurs".

De la même façon un retraité argumente ainsi : "On se saigne pour acheter une petite baraque dans un coin tranquille et on nous envoie des étrangers qui vont faire chuter l'immobilier." Faut-il croire que ce paisible retraité n'a investi dans la pierre que pour revendre ? Ou qu'il souhaite assurer à ses héritiers les droits de succession les plus élevés possibles ? Non, bien évidemment. Ce qui le gêne, lui aussi, c'est qu'il s'agit de réfugiés musulmans (en l'occurrence nous précise-t-on, 91 Afghans et Soudanais de 18 à 40 ans).

La haine : C'est le carburant qui a alimenté les auteurs des actes de vandalisme contre le bâtiment destiné à accueillir ces migrants : "une inondation la semaine dernière et un incendie dans la nuit de lundi 5 à mardi 6 septembre".

Celle-ci est le résultat logique de la peur additionnée à la bêtise et au mensonge.

Nous ne devons pas laisser notre peur, légitime, polluer par la bêtise, le mensonge et la haine.

Nous devons au contraire faire preuve d'intelligence et affronter la vérité, pour transformer la haine en énergie combattive au service de la justice et de la construction de la paix.

Faire preuve d'intelligence, c'est rechercher les causes profondes de ces attentats à répétition, car, contrairement au mot malheureux d'un Premier ministre, comprendre ce n'est pas commencer à excuser, mais au contraire se donner les moyens de combattre efficacement en prévenant le mal.

Cela demande bien sûr un effort de nature différente que de mobiliser des émotions négatives. C'est un travail de longue haleine, ardu et semé d'embûches. Il passe par un effort de connaissance historique sur l'Islam et son devenir, de connaissance sociologique et psychologique sur le recrutement et les motivations des djihadistes.

Cela seul peut permettre d'identifier les leviers susceptibles de prévenir leur action destructrice.

Dire la vérité, c'est exposer sans fards les résultats de ces recherches, qui peuvent remettre en question la bonne conscience victimaire de bien des musulmans "bien-pensants", car il y a bien sûr des remises en cause à faire de leur côté.

Mais c'est aussi dire l'état réel du monde d'aujourd'hui. Un monde déstabilisé par l'explosion démographique et le changement climatique qui affectent particulièrement l'Afrique et le Moyen Orient. Et donc l'arrivée probable de réfugiés en nombre croissant de ces contrées vers une Europe épargnée par ces deux maux.

C'est dire aussi que les conflits armés en cours sont impactés par le mode d'intervention ou de non-intervention des puissances européennes, et donc en discuter les modalités et le bien-fondé. Avons-nous raison de vendre des armes à l'Arabie saoudite ? Faisons-nous ce qu'il faut pour aider les révolutionnaires syriens non-djihadistes ? Et comment faire progresser une juste paix en Palestine et en Israël ?

C'est à cette double condition que nous ferons reculer la haine, en mobilisant notre énergie pour la justice mondiale, condition de la paix.

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