Face au Brexit : "ouiouistes dépités" et "nonistes béats"

Publié le par Henri LOURDOU

Face au Brexit :

"Ouiouistes dépités" et "nonistes béats".

Je tombe par hasard sur un article du directeur-adjoint de "Marianne", Jack Dion, du 29 mai, intitulé "L'angoisse des eurobéats dix ans après la victoire du non".

Il s'attaque aux éditorialistes de la presse dominante, rebaptisés "ouiouistes dépités", pour leur déni de démocratie recyclé dans la campagne autour du Brexit.

Les arguments font mouche sans grand effort : les cibles sont trop faciles à abattre.

D'Arnaud Leparmentier du "Monde" à Alain Duhamel l'omniprésent, ils ont trop tiré sur la corde du mépris du peuple.

Mais de la critique de ce déni de démocratie, et c'est là que le bât blesse avec la démagogie dégoulinante de "Marianne", on passe à un déni de réalité résumé par la phrase suivante : "si la « défiance » (le mot est faible) s’est propagée sous des formes diverses, parfois encourageante (comme en Grèce ou en Espagne) parfois inquiétante (quand elle débouche sur des réactions de repli ou de xénophobie), c’est parce que rien n’a changé, ou plutôt que tout s’est aggravé."

Si l'on s'en tient à l'ordre des mots, la défiance des peuples s'est d'abord propagée sous des formes "encourageantes", et ensuite seulement sous des formes "inquiétantes".

On regrette d'avoir à dire que cet ordre des choses ne semble pas correspondre à la réalité politique européenne du moment.

Il faut hélas constater uen fois de plus que, face aux "eurobéats", on a bien ce qu'il faut appeler des "nonistes béats".

Leur credo repose sur un constat tronqué : "Que les nonistes, dans leur majorité, (ont) exprimé la volonté d’une autre Europe."

Ce constat omet deux éléments :

La réponse à la question : "quelle Europe ?" Et, à supposer qu'on se mette d'accord sur la réponse : "basée sur quelle majorité démocratiquement exprimée"?

Les sondages sortie des urnes de 2005 avaient bien montré que le "non" majoritaire se composait de deux éléments hétérogènes : un bloc de 60% de "non" pro-européen (pour une "autre Europe" donc), et un bloc de 40% de nationalistes anti-européens, hostiles à tout dépassement du cadre national-étatiste.

Le travail qui reste toujours devant nous est bien celui de la construction d'une majorité populaire européenne qui ne saurait se résumer à cette "Europe des nations" soi-disant portée par le général De Gaulle, icône vintage de "Marianne", et dont les mânes réchauffées ne nous apporteront rien sur un plateau.

Construire cette majorité populaire passe d'abord par se mettre d'accord sur un nouveau projet européen qui dépasse les barrières du débat nationalo-centré.

C'est ce qu'ont compris, chacun de leur côté, Yanis Varoufakis, avec sa tentative de mouvement pan-européen Diem 25, et les initiateurs de l'appel du 9 mai 2016.

C'est donc de ce côté-là qu'il faut creuser, non du côté de la sortie des traités pays par pays, prôné par les "nonistes béats".

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