EELV : fin de parti(e) ?

Publié le par Henri LOURDOU

EELV : fin de parti(e) ?

J'écrivais il y a un peu plus d'un an :

"Définir clairement les conditions de notre participation au gouvernement

Notre secrétaire Emmanuelle Cosse l'a très clairement formulé lors de la réunion du 4 avril 2015 , à laquelle elle a eu parfaitement raison de participer : retourner au gouvernement suppose un contrat de majorité qui ne peut plus être l'accord PS-EELV de novembre 2011 (jamais reconnu officiellement par F. Hollande, mais sur la base duquel ont été élus nos députés en 2012).

Il faut quelque chose de simple et de porteur de sens sur une orientation.

Nous ne sommes pas des adversaires des économies sur les dépenses publiques en elles-mêmes (voir le programme d'Eva Joly en 2012), mais nous voulons des critères de choix clairs sur ces économies : ils doivent épargner les plus défavorisés et tailler dans des dépenses inutiles (force de frappe) ou contre-productives (nucléaire, tout-routier, tout-irrigation, ...).

Nous souhaitons qu'on parle un peu moins de transition énergétique, mais qu'on la pratique un peu plus de façon crédible, surtout à la veille du sommet mondial de Paris sur le climat (COP 21).

Nous souhaitons également qu'on cesse de cautionner les fantasmes xénophobes de l'extrême-Droite et que la France honore enfin ses engagements internationaux sur l'accueil des demandeurs d'asile et le respect du droit au logement pour les Roms.

Moyennant ces clarifications, notre retour au gouvernement n'est pas, comme elle l'a rappelé, un tabou. Encore faut-il les faire : F Hollande y est-il prêt ? "

Il est bien évident que l'entrée d'Emmanuelle Cosse, JV Placé et B Pompili au gouvernement Valls 3 en février 2016 ne répondait à aucune des conditions énoncées ci-dessus.

Et voici la réaction "à chaud" que j'ai rédigé en tant que porte-parole local d'EELV :

"Valls 3 : un gouvernement sans les écologistes.

Au-delà des effets d'annnonce et du débauchage individuel de quelques aventuriers de la politique, ce gouvernement s'annonce comme celui du naufrage définitif de la majorité constituée en 2012.

La quasi-unanimité des écologistes ne peut se reconnaître dans un gouvernement dont la naissance succède immédiatement au vote de 13 des 18 députés écologistes contre le projet de réforme constitutionnelle porté par Manuel Valls.

Et ceci alors que tous les engagements de la COP 21 sont foulés aux pieds chaque jour par un exécutif sans âme, qui navigue dans les eaux saumâtres de l'Extrême-Droite.

Il obère encore plus la possibilité d'une Primaire ouverte des gauches et des écologistes, aujourd'hui plus que jamais compromise.

Une majorité prenant en compte les orientations écologistes est aujourd'hui à construire entièrement sur le champ de ruines labouré par le tandem Hollande-Valls.

12 février 2016."

Malgré le recul, ce sombre diagnostic est de plus en plus confirmé.

La majorité encore existante à l'Assemblée nationale ne correspond plus à l'état du pays.

Le PS est plus que divisé : fractionné entre un camp d'inconditionnels du tandem exécutif (lui-même travaillé de tensions entre hollandistes, vallsistes et macroniens), de députés critiques qui se réfèrent le plus souvent à Martine Aubry, et d'une minorité de "frondeurs" qui se cherchent un leader (trois candidats déclarés au moins : Marie-Noëlle Liennemann, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg).

Le Front de Gauche est également divisé entre la surenchère populiste et bonapartiste d'un Mélenchon suivi par le PG, et la démarche plus réaliste du PCF et d'Ensemble, en pleine recherche d'une nouvelle approche.

Quant à EELV, la préparation de son congrès extraordinaire, télescopée par l'affaire Baupin, 15 jours seulement après que ce dernier ait quitté le parti, ne mobilise pas les foules.

Seulement 5000 personnes ont renouvelé leur adhésion (nous avions dépassé les 10 000 adhérents en 2011), mais combien vont voter sur les orientations mises en débat ?

Or, celles-ci sont cruciales pour rebondir, face au repli autoritaire et identitaire que chevauche le Premier ministre en crédibilisant chaque jour davantage les idées de l'Extrême-Droite, et face à la fuite en avant néo-libérale incarnée par l'avant-projet de loi Travail.

Allons-nous nous aussi cultiver le repli identitaire en nous cantonnant à nos fondamentaux écolos et en renonçant à toute idée d'alliance avec un PS refondé et recentré sur la nouvelle donne écologique ?

Ou allons-nous oser proposer une refondation de toute la Gauche autour de cette nouvelle donne ?

Mon état d'esprit à la veille de ce congrès est en phase avec celui d'un Michel Wieviorka ("Le Monde" du 17 mai 2016), l'un des initiateurs de la "Primaire ouverte des gauches et des écologistes".

C'est pourquoi j'ai choisi de signer la motion E.U.R.O.P.A. (pour Ecologie.Unité.Rassemblement.Ouverture.Partcipation.Ambition), pour les raisons exposées ci-après.

Face aux 5 motions d'orientation qui sont proposées à notre vote, je comprends la perplexité de l'adhérent néophyte ou de l'observateur extérieur.

Et j'avoue partager en partie cette perplexité.

Et pourtant j'ai accepté de signer l'une de ces 5 motions.

Je voudrais donc commencer par souligner ce qui nous unit au sein de ce parti, avant de tenter de dégager ce qui constitue véritablement l'objet du débat entre nous.

Il est important de souligner nos points communs : ce n'est pas juste de la rhétorique pour gagner des voix, mais la conviction que nous devons être capables de dépasser nos divergences pour travailler ensemble et faire avancer ce qui nous unit.

Nous avons une même analyse des enjeux, un même système de valeurs, et un même positionnement sur notre stratégie politique et sur la situation politique actuelle.

Ce qui nous sépare et que nous devons débattre et trancher est l'analyse du bilan des 5 dernières années et la tactique à adopter pour les années qui viennent.

Analyse des enjeux : la crise écologique bien sûr, mais aussi la crise du système productiviste issu du capitalisme, et la crise de la mondialisation issue du libéralisme économique. A cette triple crise nous répondons par la nécessité d'une action à la fois locale et globale, par le refus du repli identitaire et le choix de la solidarité à tous les niveaux.

Système de valeurs : nous sommes du côté de la défense intransigeante des droits humains que nous étendons de plus en plus aux droits de tous les êtres vivants : en particulier les droits sociaux, les droits des femmes et des lesbiennes, gays, bisexuel-les, transgenres, queers et intersexes, les droits des migrants, et les droits des animaux. Nous sommes du côté de la non-violence et de la prévention des conflits armés, de la limitation et de l'encadrement des interventions armées par le Droit international.

Stratégie politique : nous avons tous en commun la stratégie de l'autonomie contractuelle, définie par Alain Uguen dans les années 80 : à savoir une présence électorale indépendante des écologistes chaque fois que possible, couplée à la recherche d'accords contractuels avec d'autres forces politiques pour constituer des majorités.

Situation politique actuelle : nous constatons tous l'impossibilité de participer à un gouvernement marqué par une orientation autoritaire, social-libérale et productiviste.

La meilleure preuve que ces points nous unissent, c'est que notre groupe local des Hautes-Pyrénées fonctionne toujours au consensus bien que ses membres aient signé 3 motions différentes.

Mais arrivé à ce pont commencent les divergences dont il nous faut débattre.

D'abord sur le bilan des 5 années écoulées :

-la décision d'entrer au gouvernement en juin 2012, puis d'en sortir en avril 2014 ont-elles été prise dans de bonnes conditions et pour de bonnes raisons ?

J'avoue que sur ces points je ne me retrouve qu'incomplètement avec le texte de la motion Europa que j'ai pourtant signée. Je pense qu'il était inopportun d'y entrer et qu'il était trop tard en tout cas pour en sortir en avril 2014 : dès novembre 2012 (je l'ai écrit dans un texte interne) les jeux étaient faits. C'est ici que la notion d'autonomie contractuelle prend tout son sens : où était le contrat passé avec Hollande ? Il n'existait pas, et c'est bien là le problème.

Mais je me retrouve encore moins dans les 4 autres motions : "c'est du passé, n'en parlons plus" (motion Réinventer), constats trop lapidaires de la motion "l'imprévu" selon lequel "l'intérêt personnel de trop de responsables a pris le pas sur l'intérêt général du parti", ou de la motion TIC-TAC ("ce régime présidentiel pervers a transfomé le parti de l'écologie- non l'inverse"). Seule la motion "l'Ecologie en commun" se positionne clairement et justement, mais en tire des conclusions qui me paraissent fausses en pariant tout sur un mouvement social chargé de tout porter à lui tout seul.

-le bilan de nos parlementaires : Là aussi il est un peu pénible de voir l'impasse à peu près totale qui est faite par 4 motions sur 5, pourtant signées par certains députés ou sénateurs, sur l'action de nos parlementaires.

Si la motion "l'imprévu" aborde la question c'est pour conclure implicitement que nos parlementaires n'ont servi rigoureusement à rien puisqu ils "n'ont pas su construire un rappport de force qui nous soit favorable". Mais quid de la relation entre nos militants et nos élus pour former une synergie qui a pu fonctionner sur certains dossiers (loi de transition énergétique par exemple dont l'évolution du contenu est loin d'être nulle) ? Cette nécessité d'articuler en permanence action de terrain et action institutionnelle est rappelée par la seule motion Europa.

Quant aux autres motions : "réinventer" passe tout de suite à autre chose, "l'écologie en commun" se tourne vers "la société" exclusivement, "TIC TAC" vers "les adhérents"...

Sur la tactique pour les années qui viennent résident cependant les plus grosses divergences :

-Déni des réalités pour les 3 motions qui appelent à se ressourcer dans un mouvement social mythifié (je peux en parler : je suis sans doute dans mon groupe local un de ceux qui y sont le plus plongés; et j'ajoute que mon âge avancé et mon étude approfondie de l'Histoire m'ont donné un certain recul par rapport à ce qu'on peut en attendre) en rompant de façon catégorique et définitive avec le PS; voire en refusant toute alliance électorale.

A cet égard je me dois de signaler l'inconséquence manifeste de la motion "l'écologie en commun" qui salue le succès remporté aux régionales en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, juste après avoir écrit que "tout accord-même technique- avec l'appareil du PS" doit être exclu. Or qu'avons-nous fait d'autre que conclure un accord politique avec la liste Delga (PS-PRG) entre les deux tours des régionales ? Il s'agit là d'un pari audacieux tel que préconisé par la motion Europa.

-Non-dit pour la motion "Réinventer"qui, sans écarter toute idée d'union, se garde bien de crédibiliser de la moindre façon la perspective d'une "primaire des gauches et des écologistes" au profit d'une candidature interne pas encore annoncée.

-Seule la motion Europa annonce clairement la couleur en rappelant que notre crédibilité politique passe par la volonté de reconstituer une majorité, non pas dans 5,10 ou 15 ans, mais tout de suite, donc en faisant pression pour une candidature unique de la gauche écolo-compatible, que souhaitent nos concitoyens.

Publié dans Verts et EELV

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article