La question végane : faut-il envisager une "transition alimentaire" ?

Publié le par Henri LOURDOU

La question végane :

Faut-il envisager une "transition alimentaire" ?

Le dernier scandale dénoncé par l'association végane "L 214" concernant un abattoir, en l'occurrence celui de Mauléon, fait émerger une question de fond qu'il faut aborder de front.

Ce n'est pas ce que fait la Confédération paysanne (voir encadré ci-dessous) qui se contente de dénoncer "un véganisme sans fondement".

Les anti-élevage s'acharnent sur les abattoirs de proximité

Le buzz est répétitif mais toujours efficace : l'association anti-élevage L214 a sorti cette semaine sa troisième vidéo volée dans un abattoir. Une nouvelle fois, elle s'attaque à un abattoir de proximité, spécialisé dans la bio, les circuits courts, le label rouge. La vidéo est choquante, bien évidemment, mais est-ce une solution de pointer du doigt un mode d'élevage paysan sans aucun recul sur la réalité des travailleurs ? Ou n'est-ce qu'un moyen sommaire de prôner un veganisme sans fondement ?

Si cette campagne doit avoir un effet, ce doit être de poser enfin la nécessaire réflexion sur les abattoirs, et en premier lieu sur ceux qui y travaillent avec les conséquences physiques et psychologiques que peut avoir un tel métier. Pour l'élevage, il faut mettre un frein aux fermetures d'abattoirs de proximité et permettre au contraire leur développement, adapté aux différents modes d'élevage et aux besoins locaux (abattage mobile, abattage à la ferme…), pour que l'abattage puisse respecter les animaux, les paysans qui les ont élevés, et les travailleurs qui vont leur donner la mort.

01/04/16 14:11 Le fil paysan - N° 51 -Newsletter de la Confédération paysanne

Nous devons au contraire aborder la question de la soutenabilité d'une alimentation carnée et d'origine animale dont la généralisation en cours fait peser sur l'écosystème Terre une pression de plus en plus délétère.

Cette question -fondamentale- est liée à d'autres : dans le désordre, l'industrialisation de l'agriculture (seule traitée dans la prise de position de la Confédération paysanne ci-dessus) , les droits de l'animal et la question du "spécisme" (=racisme anti-animal), les inégalités mondiales...

Elles sont abordées notamment par le documentaire diffusé sur Arte le 30 juillet 2013, intitulé "L'adieu au steak", et réalisé en 2011, que le groupe EELV de Pau avait choisi pour introduire le débat public du 30 mars 2016, avec David Cormand, nouveau secrétaire national.

En voici la présentation tirée du site du nouvel Obs le 31 juillet 2013 :

L'adieu au steak: 4 mensonges sur la viande

Pas de doute, les consommateurs adorent la viande. L'Europe en produit plus de 45 millions de tonnes par an et la consommation mondiale a été multipliée par cinq en cinquante ans. Le steak est symbole de force, de gastronomie, de nature. En France, il n'est pas de bonne table sans pièce de boeuf. Et, de part et d'autre du Rhin, les publicités font rimer vaches et pâturages. Mais si tout cela n'était que tromperie ? C'est ce que montre le documentaire de Jutta Pinzler, qui décrit l'envers du décor, voix off de Nathalie Baye à l'appui.

Premier mensonge : le plein air. En réalité, les 70 kilos de viande qu'un Français mange chaque année sont issus pour une grande part d'élevages industriels, dans lesquels les animaux ne voient quasiment pas le jour. Exemple : ces 38 000 poulets d'une exploitation allemande, gavés d'antibiotiques dès la naissance. Par pure prévention. Avec pour conséquence l'apparition de germes résistants, qui seraient responsables de plus de 15 000 morts par an.

Deuxième mensonge : la viande est bonne pour la santé. Alors même qu'on la sait responsable de surpoids, de maladies cardiovasculaires, de cancers. En Chine, ces maladies ont connu une forte augmentation depuis que la viande rouge s'est imposée à table. "Dans les vingt prochaines années, 21 millions de Chinois seront atteints de maladies cardiovasculaires, prévient un médecin. Elles pourraient être fatales pour un tiers d'entre eux."

Troisième mensonge : le bien-être des animaux. Il suffit de visiter, au Danemark, une ferme d'engraissement de Danish Crown, deuxième producteur de porcs au monde. Des cochons serrés sous les néons, des truies en cage huit mois par an, dopées aux hormones...

Le quatrième mensonge, enfin, concerne les populations rurales latino-américaines confrontées à l'explosion des cultures de fourrage à destination des exploitations européennes. Et aux pesticides, responsables de maladies et de malformations. Pourquoi ces situations dramatiques ? "C'est le marché qui décide", tranche Roger Waite au sein de la Commission européenne. Des propos qui sonnent comme des insultes à la dignité humaine.

Morgane Bertrand

TéléObs

Loin d'être "sans fondement", le véganisme, qui prône un mode de vie sans exploitation des animaux, pose bien deux questions de fond.

-Notre mode de vie carné est-il soutenable sans exploitation abusive et inégalitaire des ressources naturelles ?

-Les droits humains et les droits de l'animal sont-ils opposés ou en continuité l'un de l'autre ?

La réponse à ces deux questions peut être disjointe. Mais elles sont à l'évidence posées.

La première est la plus évidente à répondre. Et tous ceux qui comme moi ont fait le choix du flexitarisme (alimentation végétarienne non systématique), puis du végétarisme, ont répondu que non.

Une fois ces deux étapes passées, on se pose, et moi-même je me pose, la seconde question : je suis en transition vers le véganisme.

Bien entendu, tout cela repose au départ sur une démarche personnelle.

Mais nous sommes arrivés aujourd'hui au point où l'addition des démarches personnelles a atteint un poids suffisant pour poser la question de décisions politiques permettant à ces choix de se poser à tous-tes dans des conditions accessibles.

Trois livres récents et complémentaires pour aborder cette problématique :

No steak d'Aymeric CARON (J'ai lu- 2014) :

Bientôt, nous ne mangerons plus de viande. Nous cesserons de tuer des êtres vivants - 60 milliards d'animaux chaque année - pour nous nourrir. En effet, en 2050, nous serons près de 10 milliards, et nos ressources en terres et en eau seront insuffisantes pour que le régime carné continue à progresser. Mais au-delà des raisons économiques et écologiques, la science tend à prouver que, contrairement à ce que nous avons longtemps cru, les animaux exploités sont des êtres sensibles, intelligents et sociaux. Dès lors, avons-nous encore le droit de les manger ? Pourquoi les chats et les chiens ont-ils un palace qui leur est dédié au Canada alors qu'en Chine ils peuvent finir au fond d'une casserole ? Pourquoi avons-nous choisi de consommer en priorité cochons, poulets et boeufs ? Comment ces animaux sont-ils produits ? Les végétariens vivent-ils plus longtemps que les carnivores ? Comment peut-on remplacer les protéines animales ? Aymeric Caron a mené l'enquête pour décrire, avec verve et humour, tous les aspects de notre étrange rapport à la viande.

Faut-il manger les animaux de Jonathan SAFRAN FOER (Points-2012) :

Etre carnivore est-il moralement légitime? Comment traitons-nous les animaux que nous consommons ? Avant de se lancer dans une vaste enquête, Jonathan Safran Foer convoque souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques pour interroger nos comportements vis-à-vis des animaux. Il dénonce ainsi l'abomination actuelle des pratiques d'élevage et d'abattage, tout en se penchant sur les derniers vestiges d'une civilisation qui respectait encore l'animal. Choquant, drôle et inattendu.

Bidoche de Fabrice NICOLINO (Babel-2011) :

Comment des animaux sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils dans le plus grand secret des méthodes pour "fabriquer" de la "matière" à partir d'êtres vivants et sensibles ? Comment peut-on accepter la barbarie de l'élevage industriel ? Pourquoi laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d'antibiotiques et d'hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver la famine et la crise climatique ? L'industrie de la viande menace le monde, et personne ne semble s'en préoccuper. En s'appuyant sur de nombreuses études ainsi que sur les témoignages d'éleveurs, d'ouvriers d'abattoirs ou de responsables de grandes firmes internationales, Fabrice Nicolino détaille le fonctionnement de cet univers mal connu et dresse un bilan alarmant. Une enquête coup de poing qui fera considérer d'un autre oeil le poulet rôti ou le rosbif du dimanche midi !

Publié dans écologie

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