Quel avenir pour EELV ?

Publié le par Henri LOURDOU

Quel avenir pour EELV ?

Le dernier remaniement ministériel, avec l'entrée au gouvernement d'Emmanuelle Cosse, secrétaire générale en titre du mouvement, a porté un rude coup de plus à la crédibilité de la parole politique.

Faut-il donc abandonner ce navire avant qu'il coule ?

J'entends et je comprend tous les discours "anti-partis"; et ce d'autant mieux que je n'ai jamais sacralisé le mien, et, encore moins, limité mes engagements à mon adhésion à ce parti.

Pour autant je persiste à me méfier de ce mythe de la "table rase" et au raccourci de ceux qui prétendent pouvoir totalement se passer des "partis".

Il y a là une forme de naïveté que je me refuse à partager : elle aboutit à laisser le terrain libre à tous les arrivistes accrochés au pouvoir.

Je ne veux pas leur faire ce cadeau.

C'est pourquoi je vais m'investir dans le prochain congrès d'EELV qui va se tenir les 28 mai et 11 juin.

La question d'une refondation est posée. Mais aussi celle de la stratégie politique.

Refondation

On ne fera pas l'économie d'un changement de nom (pourquoi pas "les écolos"?), tant celui-ci est à présent associé à un échec dont l'analyse passe par un bilan du tandem Placé-Duflot, la "firme" dénoncée par Noël Mamère dès 2012.

Cette majorité, bâtie davantage sur des intérêts personnels que sur une stratégie, a montré tout d'abord son inconséquence en ralliant un gouvernement dans lequel nous ne pouvions pas peser en raison de notre faible score à la présidentielle d'une part, mais surtout d'autre part en raison du flou total des orientations présidentielles additionné au poids prépondérant conféré à sa personne par la pratique des institutions de la 5e République.

Cette faiblesse majeure de notre positionnement est apparue dès novembre 2012, avec les premiers affrontements sur le site de Notre Dame des Landes, mais aussi les premiers renoncements présidentiels sur la grande réforme fiscale et la réforme bancaire, ainsi que sur le traité budgétaire européen.

Nos divergences avec la politique suivie n'ont fait que s'accentuer au fil du temps, alors que les convergences partielles ne faisaient qu'obscurcir notre position.

Il n'était pourtant pas inenvisageable de pratiquer un soutien partiel aux lois proposées, mais cela supposait un travail d'explication et de communication qui a été trop négligé.

Cette question de la communication entre élus, militants, sympathisants et électeurs est une question-clé.

C'est sur ce point que doit se construire notre refondation, en reprenant le chantier abandonné de la coopérative.

Au lieu d'ériger une muraille de Chine entre adhérents "initiés et responsables" et coopérateurs "dilettantes", ne faudrait-il pas travailler plutôt sur les liens à établir entre eux ? Autrement dit, passer moins de temps sur nos statuts et règlement intérieur, et davantage sur le fonctionnement de notre communication ?

Celle-ci doit être davantage à double sens, en favorisant les "remontées" et leur traitement (synthèses des réactions aux prise de position, et réponses des responsables), sans pour autant céder à la précipitation dictée par leur instantanéité : la question du fonctionnement collectif est cruciale, et il faut prendre le temps nécessaire pour cela.

Stratégie politique

Mais cette nécessaire refondation suppose une réflexion sur la stratégie politique.

Celle-ci ne saurait se réduire à un repli identitaire dont on voit bien, comme à chaque période difficile, émerger la tentation.

Certes, nous sommes écologistes, et à ce titre les seuls porteurs d'un vrai projet de société en phase avec les valeurs historiques de la Gauche, telle qu'elle s'est constituée depuis deux siècles et demi : liberté individuelle, égalité des droits et solidarité mondiale.

Le nouveau paradigme que nous portons est celui de la préservation de la biosphère comme condition de réalisation de ces valeurs.

Pour autant, cela ne suffit pas à définir une stratégie politique.

Et dans le cadre de cette stratégie, des tactiques permettant d'engager et de gagner des batailles politiques.

Nous savons qu'il faut agir dans le cadre d'institutions et de rapports de forces qui ne dépendent pas entièrement de nous.

Trouver le chemin d'une efficacité suppose à la fois une souplesse et une vision claire de nos objectifs.

Cela implique aussi d'intégrer le facteur humain, c'est-à-dire la possible défaillance morale de certains de nos représentants : aucun règlement intérieur ne pourra jamais nous en protéger. Les derniers événements sont assez clairs à cet égard.

Par contre, une stratégie clairement établie peut être à cet égard un garde-fou intéressant. Car cela permettrait de mesurer plus clairement les écarts de conduite avérés.

Dans la conjoncture présente, nous assistons à une tripartition du champ électoral entre l'Extrême-Droite, la Droite et le Centre républicains, et la Gauche incluant les écologistes.

Ces 3 pôles sont tous trois travaillés par des tendances à la dispersion : ceci en raison de la polarisation croissante qu'exercent les idées de l'Extrême-Droite (répression, xénophobie, repli national) par rapport aux idées de Gauche (respect des droits, accueil, solidarité internationale).

De ce point de vue, la capacité des écologistes à s'inscrire dans une configuration majoritaire passe par une nouvelle dynamique de polarisation sur les idées de Gauche.

Laquelle pour exister doit aujourd'hui plus que jamais intégrer le projet écologiste.

La bataille à mener est donc celle de la conquête de l'hégémonie du projet écologiste dans la Gauche.

Cela suppose de ne pas se limiter à une alliance avec les forces jusqu'à présent engagées dans le Front de Gauche, mais au contraire arracher la majorité du PS au projet vallso-hollandien de recentrage néo-libéral autoritaire.

D'où l'importance cruciale du projet de Primaire des gauches et des écologistes pour 2017, en forçant la participation de Hollande ou Valls à ce processus, et avec la volonté de l'emporter politiquement sur eux.

Pour cela, une candidature Hulot pour représenter les écologistes serait un atout précieux.

Dans ce cadre, un accord pour les législatives et un engagement au changement dans la pratique des institutions pour rompre avec la monarchie républicaine seraient un élément fort du débat.

Publié dans Verts et EELV

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