Sufragette un film de Sarah Gavron

Publié le par Henri LOURDOU

J'ai été très impressionné par ce film, qui reconstitue la dureté et le caractère éminemment héroïque de la lutte menée conjointement par des femmes ouvrières et bourgeoises pour le droit de vote et plus largement pour la dignité des femmes.

J'avais découvert le personnage d'Emmeline Pankhurst en visitant le London Museum.

Une histoire à redécouvrir. Et à méditer : les droits ne se conquièrent que dans la lutte collective des dominés.

https://www.youtube.com/watch?v=iX2qjwJ_UQI

Sarah Gavron : "Les suffragettes ont été tabassées et emprisonnées"

INTERVIEW. La lutte pour le vote des femmes ne s'est pas déroulée comme on l'imagine, témoigne la réalisatrice des "Suffragettes", en salle ce mercredi.

Propos recueillis par Phalène de La Valette

Publié le 18/11/2015 à 10:42 | Le Point.fr

Helena Bonham Carter, Carey Mulligan et Meryl Streep à l'affiche des "Suffragettes". © StudioCanal


La lutte pour le suffrage universel en Grande-Bretagne ? On l'imaginait naïvement comme dans Mary Poppins : une poignée de gentilles bourgeoises un peu délurées, buvant du thé et paradant gaiement, fleur au chemisier. On découvre une petite armée d'ouvrières sabotant les lignes télégraphiques, détruisant les vitrines à coups de pavés et allant même jusqu'à poser des bombes. Voilà, selon la réalisatrice anglaise Sarah Gavron, la véritable histoire des suffragettes. Celle que la presse de l'époque se gardait bien de rapporter, de peur de subir les foudres de la censure gouvernementale. Celle qu'étrangement on ne raconte toujours pas à l'école. S'il ne brille pas par sa forme, très classique, Les Suffragettes a au moins le mérite de faire connaître cette version des faits et bénéficie du jeu tout en nuances de l'excellente Carey Mulligan, déjà pressentie aux Oscars. Meryl Streep y fait aussi une apparition, ce qui est une caution suffisante. Explications de Sarah Gavron, la réalisatrice.

Le Point.fr : On ne connaissait pas les suffragettes sous ce jour violent...

Sarah Gavron : En effet et comme beaucoup de monde, l'image que j'avais des suffragettes était un peu celle de Mary Poppins. Peu de gens savent ce qu'elles ont vraiment fait et enduré pour obtenir le droit de vote. Pourtant, tout est là, il suffit de fouiller dans les archives, dans les lettres et journaux intimes non publiés de nombreuses femmes. Elles parlent de leur combat pour l'égalité, du harcèlement sexuel, des inégalités salariales. Elles étaient tellement en avance sur leur époque ! Elles ont été espionnées, tabassées, emprisonnées…

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène un personnage inconnu plutôt que l'une des figures célèbres du mouvement comme Emmeline Pankhurst, leur leader ?

C'est vrai qu'il y aurait un bon biopic à faire sur Emmeline. Mais nous ne voulions pas raconter l'histoire de femmes extraordinaires dans une cause extraordinaire. Nous voulions montrer des femmes ordinaires, des ouvrières qui ont été à l'avant-garde du changement. Nous avons puisé dans les personnalités des femmes que nous avons trouvées au cours de nos recherches. Maud, le personnage principal joué par Carey Mulligan, est un mélange de plusieurs suffragettes qui ont vraiment existé.

Comment en êtes-vous venue à choisir Carey Mulligan ?

Nous pensions à elle depuis le départ, mais nous avons attendu que le scénario soit suffisamment développé, au bout de six années de travail, pour l'approcher. Elle n'a pris que le temps d'un week-end pour répondre. Je l'ai rencontrée et au bout d'un quart d'heure, elle m'a dit : « Je vais le faire. » J'étais très soulagée parce que le cheminement de Maud est très délicat à mettre en scène et il fallait une actrice capable de jouer l'évolution très subtile des émotions de l'héroïne.

Quid de Meryl Streep ?

Nous avions besoin d'une icône pour jouer Emmeline Pankhurst. C'est Carey qui a suggéré Meryl Streep. Meryl aime beaucoup le travail de Carey et est une grande avocate des droits de la femme. Elle a cru dans notre projet et l'a défendu.

Vous montrez les suffragettes à un tournant, celui où elles choisissent d'avoir recours à la violence...

Après 40 ans de campagne paisible, elles n'avaient rien obtenu d'autre que des promesses brisées. Elles ont donc fait appel à la violence comme dernier recours, afin de briser la censure de la presse qui ne parlait pas de leurs actions. Mais elles ne l'ont pas fait avec légèreté et, contrairement aux terroristes qui visent des innocents, elles n'ont visé que des bâtiments vides. De fait, elles ont réussi à attirer l'attention sur elle, pour le meilleur et pour le pire. Quant à savoir si c'est ça qui a permis d'obtenir le droit de vote, les historiens ont des opinions divergentes.

L'industrie du cinéma est souvent pointée du doigt concernant la place des femmes. Vous-même, qu'en pensez-vous ?

Si on se réfère aux statistiques, la situation est de facto assez mauvaise pour les femmes dans le cinéma en Angleterre. Pire que dans la banque et même pire que dans l'armée, d'après ce que j'ai entendu dire. Chaque année, environ 1 à 12 % des films seulement sont réalisés par des femmes. On trouve un certain nombre de femmes scénaristes et productrices, mais peu de cinéastes. Et comme vous le savez, sur les huit films nommés l'an dernier aux Oscars, pas un seul n'avait une femme pour héroïne principale. Ça s'explique en partie du fait que l'industrie du cinéma est très hiérarchique et patriarcale. Le réalisateur doit diriger de nombreuses équipes et traditionnellement ces équipes étaient composées d'hommes, donc il fallait pouvoir avoir une autorité très forte sur eux. Il y a aussi une question d'horaires de travail. Comme je le dis à mes enfants, quand je suis en tournage, c'est comme si j'étais en mer. Je suis très absente. Comme dans d'autres métiers, ce n'est pas facile pour une réalisatrice de concilier ses obligations avec sa vie de famille...

Dans Les Suffragettes, en tout cas, le quota de femmes est largement supérieur à la moyenne !

Oui, on a inversé tout ça pour ce film. On avait des femmes productrices, une femme scénariste, des femmes pour la direction artistique, les costumes, etc. C'était intéressant, l'ambiance qui régnait sur le plateau de tournage était très différente du coup ! De mon point de vue, l'un des aspects importants de ce film, c'est de pouvoir donner des modèles à suivre. Moi-même, je n'ai pas osé franchir le pas et suivre mon désir d'être réalisatrice avant de voir des femmes comme Jane Campion, Kathryn Bigelow, etc. réussir dans ce domaine. Elles m'ont aidée à sentir que je pouvais le faire.

Cat and Mouse Act

Le Cat and Mouse Act est le nom qui fut donné par les journalistes au Temporary Discharge for Ill Health Act de 1913 au Royaume-Uni. Cette loi permit à l'époque de contrecarrer les grèves de la faim des suffragettes emprisonnées.


Contexte

Dans leur lutte pour l'obtention du droit de vote, les suffragettes de la Women's Social and Political Union (WSPU) avaient recours au vandalisme (bris de vitres, incendies volontaires, outrages à agent) et étaient régulièrement emprisonnées. Mais leurs passages en prison étaient encore l'occasion pour elles de s'insurger publiquement contre les méthodes gouvernementales à l'occasion de grèves de la faim. Les autorités carcérales étaient alors obligées de les libérer ce qui rendait la politique d'arrestation du gouvernement inefficace.

Ce dernier en vint donc à ordonner l'alimentation par sondes nasales des récalcitrantes. Mais cette pratique entraînait sur le long terme des maladies qui étaient à nouveau dénoncées à l'opinion publique comme un mauvais traitement des suffragettes.

Utilisation gouvernementale

La promulgation de cette loi permit de mettre fin à l'alimentation forcée des suffragettes incarcérées qui commençaient à être mal perçue par la population. Ainsi, les suffragettes en grève de la faim ne recevaient aucun soin jusqu'à ce que leur état de santé devienne préoccupant et qu'elles soient relâchées. Tout ce qui pouvait leur arriver une fois libérée n'était alors plus du ressort de l'État, et les femmes étaient ainsi mises hors d'état de nuire jusqu'à ce qu'elles aient repris des forces et que les autorités les arrêtent à nouveau pour des motifs quelconques afin qu'elles purgent leur peine initiale en entier.

Retour de flamme

La loi fut non seulement réprouvée par l'opinion publique, mais elle ne permit pas le contrôle effectif des suffragettes les plus turbulentes qui, une fois remises en liberté, étaient prises en charge par un réseau de sympathisants.

Elle finit par être perçue comme une atteinte aux droits fondamentaux non seulement des suffragettes mais de tous les prisonniers. Le surnom donné à la loi (Cat and Mouse Act ; « La loi du chat et de la souris ») reflète bien la sympathie ressentie par la population pour les suffragettes et la dénonciation de la cruauté gouvernementale. Ces décisions eurent une répercussion non négligeable sur la popularité du gouvernement de Herbert Asquith.

La loi fut finalement bénéfique au Parti travailliste qui soutenait à l'époque la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes. Le philosophe Bertrand Russell quitta ainsi le Parti libéral de Asquith et écrivit un pamphlet pour dénoncer le caractère antilibéral et anticonstitutionnel de la loi promulguée par son ancien parti. Une proportion importante des classe moyennes libérales se tournèrent à cette occasion vers le Parti travailliste.

Notes

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cat and Mouse Act »

Publié dans Histoire

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