Antonio Altarriba et Kim, Lydie Salvayre : Mémoires libertaires

Publié le par Henri LOURDOU

Antonio Altarriba et Kim "L'art de voler"( Denoël graphic, 2011) et Lydie Salvayre "Pas pleurer"(Seuil, et Points-Seuil, 2014 et 2015)

Si je rapproche ces deux livres, c'est qu'ils ont de nombreux points communs.

L'un comme l'autre sont un hommage à l'un des parents des auteurs (le père d'Antonio Altarriba, lui-même appelé Antonio, né en 1911, et la mère de Lydie Salvayre, Montse, née à peu près à la même date : elle avait 16 ans en 1936). Or, tous deux sont nés dans la paysannerie pauvre d'un petit village d'Aragon. Tous deux ont participé tout jeunes à la révolution de 1936 dans le milieu libertaire, et en rupture avec une partie de leur famille.

La nostalgie de ce bel été 1936 irrigue ces deux ouvrages et leur donne toute leur force.

La nostalgie de la belle idée libertaire également.

"L'art de voler" est plus noir que "Pas pleurer" : il fait état d'un sentiment irrémédiable de défaite sanctionné par le suicide final, à 90 ans, du père de l'auteur, après une longue période de dépression. Et une existence placée sous le signe du reniement et d'une forme d'expiation (rentré en Espagne en 1949, après 10 ans passés en France, Antonio reconstruit une existence qui ne lui convient pas au fond).

Alors que la mère de Lydie Salvayre évoque avec un plaisir évident son été 36 : elle ne regrette rien, au contraire. Cette année-là reste la plus belle de sa vie et elle efface en quelque sorte tous les malheurs qui ont suivi.

C'est donc l'occasion de creuser la double face de cette Histoire et son rapport avec notre présent.

Il est vrai,je l'ai souvent évoqué, que la révolution et la guerre d'Espagne ont été une période éminemment ambigüe.

A côté du plus noble idéalisme se sont déchaînés les pires instincts. La force sociale du mouvement libertaire s'est accompagné de sa débilité politique, exploitée par un stalinisme cynique, criminel et destructeur.

Ces deux aspects sont bien présents dans les deux oeuvres : il faut y ajouter le témoignage irremplaçable de Mika et Hippolyto Etchebéhère, deux militants exemplaires du POUM ("Ma guerre d'Espagne à moi" de Mika, éditions Milena/Libertalia, 2015 (avec un DVD), utilement complété par le beau roman d'Elsa Osorio "La capitana", éditions Métailié, 2014, et "1933 la tragédie du prolétariat allemand" de Rustico (alias Hippolyte Etchebéhère), éditions Spartacus, 2003).

Mais, plus profondément, la question ici posée est celle de l'avenir de l'idéal d'émancipation de l'individu porté par l'idée libertaire.

Nous voyons aujourd'hui, contre toute attente, se développer dans une partie significative de la jeunesse un intérêt renouvelé pour ces idées et donc cette Histoire longtemps occultée ou oubliée.

Je vais donc tâcher dans ce blog d'en ranimer quelques aspects, en mettant en garde contre les mythifications propres à ce genre de "revival".

Publié dans voix libertaires, Histoire

Commenter cet article