Halte au feu sur EELV !

Publié le par Henri LOURDOU

Halte au feu sur EELV !

Une contre-performance électorale, et voilà que tous les bons esprits se déchaînent sur ces écolos, "ces pelés ces galeux d'où viendrait tout le mal".

D'un obscur rédacteur en chef de journal de province à des intellectuels dans les colonnes prestigieuses du "Monde" tous les poncifs anti-écolos ressortent dans la grande lessiveuse du traumatisme FN et post-attentats.

Notre crime le plus grand, confessons-le, est de refuser le simplisme et l'amalgame auxquels tout le monde aujourd'hui sacrifie allègrement.

Pour le reste, nous plaidons non-coupable. Et nous allons encore une fois tenter de le prouver avec des arguments, non des invectives ou des anathèmes.

Mais commençons d'abord par examiner l'acte d'accusation.

1-Nous faisons fuir les électeurs :

Le constat est là : un score national divisé par deux par rapport aux régionales de 2010 (6,6 contre 12,6%)

2-Nous méprisons les classes populaires :

"Les Verts s'intéressent plus à leur panier bio qu'aux ouvriers" (Louis Maurin, "Le Monde" du 9-12)

3-Nous sommes complaisants vis-à-vis de l'islamisme armé :

En particulier est mise en cause notre dénonciation de "l'slamophobie" qui ferait la part belle au "communautarisme" musulman.

4-Nous sommes complaisants vis-à-vis de l'immigration clandestine :

Ainsi notre "xénophilie angélisante" serait "le plus efficace agent électoral de la xénophobie diabolisante"(Alexandra Laignel-Lavastine,"Le Monde" du 9-12)

5-Nous sommes complaisants avec des zadistes violents et minoritaires:

De Notre-Dame-Des-Landes à Sivens, nous aurions cautionné des modes d'action gratuitement violents contre des projets soutenus par une majorité.

6-Nous faisons de la "politique politicienne" en nous alliant avec des gens que nous critiquons :

Nos dirigeants et militants ne seraient motivés que par la course aux places : et c'est bien ce que suggèrent les aventures récentes de nos élus nationaux, avec le départ fracassant des députés et sénateurs Placé, de Rugy et Pompili, rejoints par Cavard en Languedoc,ou Lambert en PACA...pour se mettre dans la roue du parti dominant, le PS.

On pourrait allonger sans doute la liste... Mais tenons-nous en à ces 6 points.

Et passons maintenant au plaidoyer pour les écolos :

1-Nous faisons fuir les électeurs ?

Dans le journal local des Hautes-Pyrénées, le rédacteur-en-chef, qui se pique de sociologie électorale, analyse ainsi le score de la liste "Nouveau Monde", menée par Gérard Onesta (EELV) en partenariat avec le Front de Gauche :

"Mais il faut encore retenir, dans ce tableau, le joli score réalisé par la liste Nouveau Monde de Gérard Onesta, en pleine COP 21. La question étant ici posée de savoir si elle le doit davantage à sa composante écologique (sic), dont on peut penser qu'elle a essuyé de vrais rejets comme à Lourdes, voire à Ossun ou en Barousse, qu'à son influence communiste avec les bons scores enregistrés en Haute-Bigorre (17,23%) ou sur le canton de Bordères, celui de Jean Buron (16,25%)."

Cette "analyse" est un tissu d'âneries, pas toujours désintéressées (il s'agit de caresser le PCF dans le sens du poil), mais qui a le défaut d'avoir été largement diffusé.

Tout d'abord il est faux de parler de "joli score" quand notre liste ne retrouve pratiquement que la moitié des voix réalisées séparément par les listes "Front de Gauche " et "Europe Ecologie" de 2010 (10 318 voix contre respectivement 8 904 et 9 814 ).

Il est vrai que dans le même temps la liste PS-PRG de Carole Delga n'obtient que 25 612 voix contre 34 701 voix à celle de Martin Malvy en 2010...

Quant au rejet supposé de la composante écologiste de la liste, il s'agit, à Lourdes, d'un rejet de la composante Front de Gauche, qui a visiblement fait fuir les électeurs écologistes locaux :

Lourdes

2010 2015

FdG 215 Nouveau Monde 255

EE 468

A Ossun, par contre on retrouve le même tassement qu'au niveau départemental :

Canton d'Ossun

2010 2015

FdG 350 Nouveau Monde 475

EE 581

Et dans la Barousse, au contraire, nos électorats s'additionnent mieux qu'ailleurs :

Canton vallée de la Barousse

2010 2015

FdG 302 Nouveau Monde 553

EE 311

Quant aux bons scores supposés dus à la composante communiste :

En Haute-Bigorre, nous étions à un niveau plus élevé pour EE que pour le FdG en 2010 :

Canton de Haute-Bigorre

2010 2015

FdG 645 Nouveau Monde 950

EE 809

Dans le canton de Bordères, nous sommes bien sûr tributaire de l'électorat FdG, mais son apport n'empêche pas le tassement général :

Canton de Bordères

2010 2015

FdG 784 Nouveau Monde 812

EE 484

On peut d'ailleurs déduire de ces 2 derniers cas que nos électorats s'additionnent mieux quand les écolos dominaient (Haute-Bigorre) que quand c'était le Front de Gauche (Bordères).

Bref ce rédacteur-en-chef trop pressé a presque tout faux.

Il n'en demeure pas moins que le constat général d'un effondrement de l'électorat écologiste reste valable, et qu'il nous faut l'expliquer.

Premier élément de contextualisation à avoir en tête : l'électorat écologiste est un électorat volatil, dû au fait que le vote écolo n'est pas un vote "identitaire" mais un vote "stratège".

Qu'est-ce à dire ? Pour une partie sensible de notre électorat, les considérations tactiques entrent fortement en ligne de compte. Il ne s'agit pas seulement d'affirmer une "identité écolo" en votant, mais aussi d'avoir le vote le plus efficace possible. Et être efficace en démocratie, c'est avoir des élus.

D'où le différentiel important de voix entre les élections à la proportionnelle (européennes) et les élections au scrutin majoritaire (présidentielle, législatives, départementales), les municipales (dans les grosses communes) et les régionales étant entre les deux (mixage de proportionnelle et de scrutin majoritaire avec la prime accordée à la liste arrivée en tête).

C'est sans doute ce qui explique le score décevant de "Nouveau Monde" en 2015 : devant des sondages plaçant la liste PS-PRG loin derrière la Droite et l'Extrême-Droite, mais encore loin devant nous (20% et 14%), un nombre non négligeable de nos électeurs a choisi de "voter utile" dès le 1er tour en se portant sur la liste PS-PRG : d'où le score final de 24% et 10%.

Cela n'a cependant pas empêché la forte baisse de notre score aux Européennes de 2014 par rapport à celles de 2009.

Et c'est ici qu'il faut faire notre autocritique.

Les Européennes de 2009 ont marqué une rupture et un renouvellement avec l'appel à des têtes de liste extérieures au parti des Verts : Sandrine Bélier, Yannick Jadot, Michèle Rivasi, José Bové, Eva Joly, Jean-Paul Besset...

Cet "appel d'air", qui a entraîné jusqu'à Nicolas Hulot, a été malheureusement mal géré par l'appareil du parti des Verts alors contrôlé par le tandem Duflot-Placé. Nous avons alors loupé la transmutation des Verts en mouvement ouvert sur la société civile et le monde associatif. Il est vrai que la mue était difficile : on ne peut sans se poser de questions passer de procédures, certes lourdes, mais contrôlées, à une "démocratie du clic" prônée par certains, et dont on voit les effets dans le fonctionnement du parti "5 étoiles" de Beppe Grillo en Italie : un verrouillage par le haut de celui qui contôle le serveur. Dans ce cas on a échangé la lourdeur d'une démocratie représentative par la toute-puissance d'un gourou.

Par ailleurs, ouvrir la politique à de nouvelles têtes ne suffit pas à changer les règles du jeu politique, ni à les rendre transparentes.

En démocratie, les règles du jeu, c'est la pratique du compromis après débat.

Suivre le débat et y participer constitue une lourde contrainte. Et pourtant c'est la condition pour comprendre et acter le compromis.

Donc la transparence n'est pas celle de la paroi de verre où il suffit de porter le regard : c'est un travail véritable qui est demandé au citoyen pour accéder à la compréhension des décisions.

Nous n'avons pas de remède miracle : juste la volonté de partager ce que nous savons, et d'ouvrir le débat à ceux qui veulent bien y entrer.

Notre piste de progression réside (c'est du moins ce que je déduis de la comparaison de nos circulaires électorales avec celles de nos concurrents) dans l'allègement et la simplification de notre communication écrite.

Il faut arrêter de se faire dire que nos tracts et communiqués ne s'adressent qu'à des "bac+10"...

Enfin, la conjoncture politique que nous avons vécu, depuis 2012 en particulier,

pose la question de notre positionnement dans le champ politique et idéologique.

Devons-nous rester cantonnés dans ce qui reste de la Gauche, et singulièrement dans une alliance privilégiée avec le Front de Gauche ?

La droitisation indéniable de la société et du gouvernement, qui s'accélère

depuis quelques mois, nous repousse aux marges du champ politique.

On peut dire pour notre défense que nous n'avons pas changé, et que notre "gauchisation" apparente n'est qu'un effet d'optique.

Pour autant, nous devons veiller à rester audibles et à éviter de nous cantonner dans l'indignation et la vocifération impuissantes. Ce positionnement a coûté cher au Front de Gauche.

D'où le choix de joindre le PS dans une majorité de Gauche qui ne peut aujourd'hui être homogène : comment y mener le débat sans la mettre à mal ? C'est tout le problème, et il est devant nous.

2-Nous méprisons les classes populaires ?

Un premier élément de réponse est dans l'autocritique précédente : oui, nous avons trop tendance à jargonner et à tirer à la ligne (moi-même en ce moment...).

Cela étant, sur le fond on ne peut que s'inscrire en faux contre ce cliché du "bobo" qui "ne pense qu'à son panier bio".

Toutes les propositions de loi et mesures proposées par des élus écolos vont à l'encontre de ce cliché : nous avons toujours veillé à marier la préoccupation sociale avec la préoccupation environnementale, et notamment pour ne pas faire du "panier bio" un luxe de riches.

Nous savons bien que les premières victimes de la crise environnementale sont les classes populaires. Et c'est d'abord à elles que nous pensons pour faire évoluer les politiques publiques. Et c'est ici sans doute qu'il faut distinguer deux catégories d'écolos : ceux qui, comme nous, ont franchi le pas de l'écologie politique, et ceux qui prétendent faire de l'écologie apolitique, et qui de fait sont souvent sur un mode égoïste et aristocratique teinté effectivement de mépris du peuple.

3-Nous sommes complaisants vis-à-vis de l'islamisme armé ?

Nous écrivions déjà ceci en février dernier, et nous n'avons aujourd'hui rien à en retirer, au contraire, l'actualité récente ne lui donne que plus de relief :

"Désigner l'ennemi et le combattre" : oui,

mais pas comme l'extrême-droite !

Quel est l'ennemi qui s'est manifesté les 7-9 janvier, (puis le 13 novembre), et comment le combattre efficacement ?

Nous ne saurions laisser l'extrême-droite occuper seule le terrain de la réponse à ces questions cruciales.

Le Front national tient un discours qu'il va nous falloir contrer, si nous voulons éviter le naufrage moral qui a complètement décrédibilisé la riposte américaine aux attentats du 11 septembre 2001, et qui se résume en un mot :"Guantanamo".

Bien désigner l'ennemi tout d'abord est en effet crucial, si on veut le combattre efficacement.

Ce n'est pas ce que fait l'extrême-droite. En assimilant les djihadistes à l'ensemble du monde musulman, elle stigmatise inutilement et de façon contre-productive toute une catégorie de population qui est très loin d'être homogène. C'est ce qu'a montré la palette extrêmement large des réactions aux assassinats des 7,8 et 9 janvier.

Un débat s'entame au sein du monde musulman sur la nécessaire modernisation et l'ouverture intellectuelle d'une religion qui s'est trop souvent fossilisée, voire a régressé sous l'influence du modèle wahabbite des pétro-monarchies du Golfe. Ce débat doit être encouragé et non stoppé par une stigmatisation aveugle qui pousse au repli communautariste.

De la même façon, incriminer les "migrations", c'est stigmatiser l'ensemble des candidats à l'immigration en France, dont nombre des membres sont les premières victimes du djihadisme (en Syrie notamment). Que des contrôles soient opérés et des récits vérifiés est une chose, que l'on ferme totalement nos frontières en est une autre. En préconisant cela, l'extrême-droite ferme la porte à de nombreux combattants potentiels de la liberté, comme le furent ceux qui en 1933-39 avaient fui le fascisme et ont combattu pour libérer la France de l'occupation nazie.

Notre ennemi est bien le fascisme d'aujourd'hui, qui a nom "djihadisme" ou "islamisme armé", et son idéologie est le salafisme, version rétrograde de l'Islam. Non l'Islam et les musulmans en tant que tels. Et ses combattants ne sont pas tous des immigrés, mais parfois de bons Français de souche convertis et endoctrinés à la façon des sectes.

Bien combattre l'ennemi est tout aussi crucial. Le "réarmement moral" dont nous parle l'extrême-droite est le retour à une forme de communautarisme autoritaire et patriarcal, dont Mai 68 a acté le délabrement inéluctable. La peur de la liberté dont il témoigne est la même que celle des djihadistes. Or, cette nostalgie d'un modèle disparu est totalement illusoire.

Aujourd'hui, l'arme morale qui a rassemblé plus de 4 millions de Français dans la rue le 11 janvier est la croyance commune à la supériorité de la liberté d'expression, du libre-arbitre et de la prévention non-violente des conflits sur les solidarités communautaristes autoritaires.

C'est d'abord avec cette arme-là que nous vaincrons le djihadisme.

Non que nous récusions tout usage de la violence en cas de situation d'urgence et en tant qu'ultime recours. Mais il ne saurait, sans dommage pour nos valeurs, s'agir d'une pratique systématique qui serait vite incontrôlée, injuste et contre-productive. Trop d'exemples passés hélas nous le prouvent.

Contrairement à une idée répandue, les écologistes ne sont pas absents de la réflexion sur les questions de Défense, ainsi que le montre le remarquable

rapport de la sénatrice de Paris, Leila AïCHI, "Livre vert de la Défense", de février 2014.

Un usage contrôlé et intelligent de la force est la bonne réponse militaire au djihadisme, car celui-ci s'appuie sur la mise en spectacle de la violence et rebondit sur les déploiements de violence aveugle et indiscriminée, avec leur cortège de victimes collatérales et innocentes.

4-Nous sommes complaisants vis-à-vis de l'immigration clandestine ?

Ah certes, nous ne nous mêlons pas au choeur de ceux qui agitent le spectre d'une "explosion de l'immigration" et qui nous promettent bien imprudemment une "immigration zéro".

Cela veut-il pour autant dire que nous faisons preuve d'une "xénophilie angélisante"?

Soyons clairs : l'immigration existe et existera tant qu'il y aura un différentiel démographique, un différentiel de richesse et un nombre important de conflits armés et de dictatures dans le monde.

Cependant, l'ouverture totale et indiscriminée des frontières n'est pas notre position.

Simplement nous faisons le constat que plus on ferme les frontières plus on alimente le trafic "des passeurs et des mafias sans scrupules", comme on peut le voir à Calais. C'est la position de fermeture totale de ses frontières par le Royaume Uni qui a généré la fameuse "jungle" et non le supposé laxisme de l'Etat français ou de "l'Europe passoire". La solution est donc double : organiser un accueil décent pour enlever leurs marchés aux mafias; négocier une ouverture contrôlée des frontières britanniques.

Une vraie politique des migrations supposerait un accord entre pays d'Europe pour organiser un accueil commun décent en y mettant des moyens permettant de vérifier les identités et les récits des demandeurs d'asile.

C'est donc plus d'Europe et non moins d'Europe qu'il nous faut.

5-Nous sommes complaisants avec des zadistes violents et minoritaires ?

Cette 5e accusation a un air de "déjà vu" : c'était déjà la même que nous avions entendue au Larzac dans les années 70, les "gauchistes" remplaçant seulement les "zadistes".

Donc une première réponse sur le caractère "minoritaire" de ces luttes : le dernier verdict du suffrage universel le 6 décembre 2015.

Résultat dans la commune la plus proche du site de Sivens :

Tarn - commune de Saint-Beauzile

Résultats de la commune au 1er tour

Liste conduite par Nuances Voix % Inscrits % Exprimés

M. Louis ALIOT FN 16 14,81 27,59

M. Gérard ONESTA EELV-FdG 15 13,89 25,86

M. Dominique REYNIÉ LR-UDI 9 8,33 15,52

Mme Carole DELGA PS-PRG 8 7,41 13,79

M. Damien LEMPEREUR DLF 5 4,63 8,62

M. Philippe SAUREL DVG 4 3,70 6,90

M. Christophe CAVARD ECO 1 0,93 1,72

Rappel : moyenne régionale de la liste Onesta : 10,26%

Loire-Atlantique - commune de Notre-Dame-des-Landes :

Résultats de la commune au 1er tour

Liste conduite par Nuances Voix % Inscrits % Exprimés

Mme Sophie BRINGUY EELV 213 13,96 29,67

M. Pascal GANNAT FN 198 12,98 27,58

M. Bruno RETAILLEAU LR-UDI 144 9,44 20,06

M. Christophe CLERGEAU PS 91 5,96 12,67

Mme Cécile BAYLE DE JESSÉ DLF 22 1,44 3,06

M. Eddy LE BELLER EXG 15 0,98 2,09

M. Gilles DENIGOT REG 14 0,92 1,95

M. Alain PAGANO COM 12 0,79 1,67

M. Alain PARISOT DIV 9 0,59 1,25

Rappel : moyenne régionale de la liste Bringuy : 7,82%

Donc pour le caractère hyper-minoritaire de ces luttes, il me semble que c'est pour le moins à relativiser.

Quant à la question des zadistes et de la violence, il faut sans doute rappeler le déroulement exact des événements.

La montée des violences sur ces deux sites a suivi et non précédé la mise en place de dispositifs policiers très violents à l'encontre d'occupants au départ très pacifiques.

Il s'en est suivi bien sûr l'arrivée d'éléments incontrôlés désireux d'en découdre avec les forces de l'ordre, dont il est devenu dès lors très difficile de se dissocier sans cautionner des violences policières tout aussi inacceptables.

On a pu le constater nous mêmes à deux reprises : le 22 février 2014 à Nantes, où l'interdiction du centre-ville par un barrage policier a abandonné la périphérie aux casseurs; le 25 octobre 2015 à Sivens, la mise en place d'un dispositif policier sur une zone limitée, facile à encercler et sans rien à protéger, a également eu pour effet d'attirer les éléments violents et de susciter une contre-violence policière disproportionnée.

Dans ces deux cas, on peut parler de provocation délibérée de la part des pouvoirs publics, avec les conséquences tragiques que l'on sait (mort de Rémi Fraisse à Sivens), ou que l'on sait moins (manifestant énucléé à Nantes).

Sur cette "stratégie de la tension", voir le documentaire de Canal+ "Spécial investigation" du 30 novembre 2015 :

https://www.youtube.com/watch?v=4Zu8kYVPNsQ

Il est clair qu'il y a au sommet de l'Etat une double stratégie de criminalisation des combats environnementaux et de division des écologistes.

Cette double stratégie a doublement échoué pour le moment, mais il faut rester très vigilants car elle a eu tout de même des effets : radicalisation des uns (certains jeunes zadistes passés de la non-violence à l'idée d'un nécessaire affrontement violent avec l'Etat) et ralliement des autres au gouvernement (départ d'une bonne partie du groupe parlementaire d'EELV pour créer l'UDE).

6-Nous faisons de la "politique politicienne" en nous alliant avec des gens que nous critiquons ?

Le point précédent constitue une bonne transition : devons-nous abandonner le terrain des institutions et laisser la place libre aux écolos "hollando-compatibles" (les Placé, de Rugy et autres Cavard) ?

La réponse réside d'abord dans les urnes : malgré la baisse sensible de notre influence électorale, nos listes, parfois en partenariat avec tout ou partie du Front de Gauche, ont eu beaucoup plus de voix que celles de ces "dissidents" quand ils en ont fait.

En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, la liste Cavard a réuni 1,7% des voix contre 10,26% à la liste EELV-FdG d'Onesta. Ailleurs (notamment en Ile-de-France, Pays de la Loire et PACA) il n'y a même pas eu de liste UDE.

La question était la suivante : devions-nous nous maintenir au 2d tour quittes à favoriser l'arrivée en tête et donc la majorité absolue pour le FN en LRMP ? (seule région où nos avions dépassé les 10% nous autorisant à le faire).

Nous prenions alors le risque de voir une bonne partie de nos électeurs nous quitter pour faire barrage au FN en votant "utile".

Devions-nous alors carrément nous retirer et renoncer à avoir des élus ? Etait-ce bien ce que souhaitaient nos électeurs ?

Nous avons choisi de nous joindre à la liste PS-PRG en gardant notre liberté de vote au sein de cette majorité "plurielle".

Une liberté qui sera difficile à exercer : cela supposera en effet des négociations et des compromis permanents, et des explications souvent longues et compliquées à nos électeurs. Nos élus devront donc être très entourés et soutenus.

Ainsi, j'ai répondu, me semble-t-il, à ces 6 arguments anti-EELV qui courent en ce moment sur les médias et les réseaux sociaux.

Ai-je bien répondu ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est je vais rester fidèle à ce parti pour le moment, car je ne vois pas mieux pour porter les idées qui me sont chères de justice sociale, de paix et de transition écologique pour faire face à la mondialisation et à l'effondrement de notre civiisation thermo-industrielle.

Publié dans Verts et EELV

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