Charlie, Amnesty et la prostitution : bêtise et indignité

Publié le par Henri LOURDOU

Charlie, Amnesty et la prostitution : bêtise et indignité

Voici les explications fournies par Amnesty France sur son site :

Prostitution : le Conseil International d’Amnesty International a pris une décision

Texte mis à jour le 15/08/2015

Faire respecter les droits humains des personnes en situation de prostitution est une nécessité, ces personnes étant particulièrement vulnérables et discriminées partout dans le monde. L’objectif de la démarche d’Amnesty International est d’avoir une ligne de conduite pour déterminer comment défendre au mieux les droits humains de ces personnes.

Amnesty International reconnait que ce qui amène des personnes à rentrer dans la prostitution est souvent dû à une oppression, liée à leur genre, à leur situation socio-économique, ou à des violences subies préalablement. Il est donc indispensable de combattre ces causes, et de tout faire pour aider ces personnes à sortir de la prostitution si elles le souhaitent.

8. Les faits établissent que les travailleurs et travailleuses du sexe se lancent souvent dans le secteur des services sexuels en raison de leur marginalisation et de choix limités ; par conséquent, Amnesty International exhortera les États à prendre les mesures nécessaires afin que toute personne puisse exercer ses droits économiques, sociaux et culturels de manière à ce qu’aucune d’elle ne soit contrainte à faire ce travail contre sa volonté ou en dépende pour assurer sa subsistance, et veiller à ce que toute personne puisse cesser ce travail si elle le veut et quand elle le veut. Extrait de la ligne de conduite votée au CI

Amnesty International met l’accent, parmi d’autres mesures, sur la dépénalisation du « travail du sexe », ce qui recouvre bien entendu les personnes prostituées, mais aussi les clients et les tiers. Cette formulation peut prêter à confusion et fait dire par certains qu’Amnesty International a pris le parti des proxénètes et valide l’exploitation des personnes en situation de prostitution. Ce n’est bien sûr pas le cas : lorsqu’il y a abus, violences, exploitations sexuelles, ces violations des droits doivent être poursuivies. Par contre, dans de nombreux pays, le proxénétisme recouvre également des prestations de service à des personnes prostituées, comme la location d’un appartement y compris à but d’habitation, ou le fait pour un chauffeur de taxi de conduire une personne prostituée à un rendez-vous, ou pour un garde du corps d’assurer sa sécurité... Le fait que toutes ces prestations soient considérées comme délictuelles conduit souvent à des violations des droits des personnes prostituées.

6. Les États ont l’obligation de veiller à ce que les travailleurs et travailleuses du sexe soient à l’abri de l’exploitation et puissent recourir au droit pénal pour sanctionner l’exploitation. Extrait de la ligne de conduite votée au CI

En outre, la position d’AI recommande la dépénalisation uniquement pour les personnes âgées de plus de 18 ans en situation de prostitution par choix librement consenti sans coercition, exploitation ou abus. Hors de ce contexte, le cadre réaffirme les politiques déjà adoptées par Amnesty International concernant la traite des êtres humains, la violence contre les femmes et l’exploitation sexuelle des enfants, et y renvoie.

2. Amnesty International est déterminée à faire évoluer l’égalité entre les genres et les droits des femmes. 5. Les États ont l’obligation d’empêcher la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle, de lutter contre cette activité et de protéger les droits humains des victimes. 7. Tout acte entraînant l’exploitation sexuelle d’un enfant doit être érigé en infraction pénale. Extrait de la ligne de conduite votée au CI

Dans ce cadre, l’impératif de sortir les personnes prostituées de la clandestinité, qui en soi les rend plus vulnérables, conduit AI à recommander la dépénalisation à la fois des clients, et des tiers. Par contre lorsqu’il y a exploitations ou violences, elles doivent être sanctionnées.

Certes, la section française partage pleinement la conviction qu’il est nécessaire de dépénaliser les personnes en situation de prostitution, mais conserve de nombreuses interrogations sur l’efficacité et l’impact potentiel d’autres dimensions de la politique adoptée, et s’interroge notamment sur la notion de « libre choix », et la pertinence de la formulation sur la dépénalisation des tiers.

Un aspect central du débat porte sur la réelle capacité de libre choix d’une personne prostituée. Certains tiennent à ce que la capacité de libre choix de l’individu soit reconnue dans l’absolu, et d’autres pensent que la nature même du travail sexuel ne peut être le résultat d’un choix libre.

Par ailleurs, la décision fait usage des termes de « travail du sexe » et «travailleuses et travailleurs du sexe». Un choix sur lequel Amnesty International France (AIF) avait exprimé de fortes réserves car il implique que la prostitution serait un travail comme un autre, question sur laquelle AI ne s’est pas prononcée. Néanmoins ces termes ont été conservés au niveau international afin de traduire la volonté des représentants de sections d’AI dans de nombreux pays.

Après cinq jours de Conseil international marqués par d’intenses débats, la ligne de conduite définissant un cadre a été adoptée lors du vote final par une large majorité des délégués, et c’est sur cette base qu’une politique sera finalisée par le Bureau Exécutif International (BEI). Nous respectons l'issue de ce débat démocratique. Certes, la décision prise ne correspond pas totalement à notre position, et il est maintenant important de connaître la politique qui sera définie par le BEI et comment elle sera mise en œuvre.

C’est sans certitude de détenir la vérité, mais forts de quelques convictions fondamentales, que nous souhaitons poursuivre ce débat pour tenter d’améliorer la pertinence et la lisibilité de la position d’AI sur ce sujet extrêmement complexe.

Compte tenu des débats internes au sein d’AIF, de la décision de son AG de 2014 critique à l’égard d’une dépénalisation de la prostitution, du contexte français, et du fait qu’Amnesty International laisse à chaque section nationale le choix de ne pas travailler activement sur la question, à ce stade Amnesty International France, en accord avec le Secrétariat International, ne travaillera pas sur l'évolution législative en France sur le sujet.

AIF est consciente que sa position est complexe, surtout lorsqu’il s’agit de l’expliquer au public et dans les médias où le propos est parfois schématique, voire simpliste. Mais la complexité et la subtilité sont inévitables et nécessaires lorsqu’il s’agit d’élaborer une politique sur un sujet aussi sensible dans le champ des droits humains, comme AI a eu le courage de le faire.

http://www.amnesty.fr/Informez-vous/Les-actus/Prostitution-le-Conseil-International-Amnesty-InternationaI-pris-une-decision-15819

Et voici l'"analyse"(?) qu'en fournit Gérard Biard dans Charlie hebdo du 19 août :

"lors de la réunion du Conseil international d'Amnesty, qui se tenaît à Dublin mi-août, les délégué(e)s de section du monde entier ont planché sur une question d'importance : faut-il inscrire le proxénétisme parmi les droits de l'homme ? Et la réponse est tombée : c'est oui."

On savait déjà que "Charlie hebdo" ne brillait pas par son intelligence, ni par son féminisme. On a à présent la triste confirmation qu'il est incapable d'impulser un débat, et juste bon à alimenter des polémiques stériles et démagogiques.

Bêtise et indignité, oui vraiment !

Car, AIF a parfaitement raison : la question est complexe et un débat approfondi est nécessaire sur la bonne façon de combattre la prostitution sans stigmatiser les prostitué-es.

Comme, à un autre niveau , il est nécessaire de débattre sur la bonne façon de combattre le salariat sans délaisser l'amélioration du sort des salarié-es, ou de combattre la croissance capitaliste qui détruit la planète sans délaisser les exclu-es de la consommation.

Mais tout cela est sans doute trop subtil pour les grosses têtes, pétries de beaufitude, de Charlie...

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